Livret A 2025 : pour la première fois en 10 ans, le livret préféré des Français finit dans le rouge, voici ce que cache vraiment cette décollecte historique
En 2025, le Livret A enregistre pour la première fois en dix ans une décollecte annuelle, malgré des encours proches de 450 milliards d’euros. Que révèlent cette fuite silencieuse et la chute des taux sur la manière dont les Français gèrent leur épargne ?

Pour beaucoup de ménages, le Livret A reste ce petit compte discret où l’on range son matelas de sécurité sans trop y penser. Sauf que 2025 marque un tournant : pour la première fois depuis dix ans, ce placement chouchou a vu plus d’argent sortir qu’entrer sur une année entière. Derrière cette expression de livret qui finit dans le rouge, il ne s’agit pas de pertes au sens boursier, mais bien d’un équilibre qui s’est inversé au fil des mois. Reste à comprendre ce que cache ce coup de frein soudain.
Les chiffres publiés par la Caisse des Dépôts sont clairs : le Livret A enregistre une décollecte nette de 2,12 milliards d’euros en 2025, une première depuis 2015. Autrement dit, les retraits ont dépassé les versements sur l’année, alors que ce produit détenu par près de 57 millions de Français affichait encore des collectes record en 2023 et 2024. L’encours, lui, reste proche de 450 milliards d’euros grâce aux intérêts capitalisés. Comment ce symbole de l’épargne de précaution a-t-il pu basculer aussi vite du vert au rouge ?
Décollecte du Livret A en 2025 : un retour rare dans le rouge
Dans le langage de l’épargne, parler de décollecte signifie que les retraits dépassent les dépôts sur un produit. C’est exactement ce qui s’est passé en 2025, avec cette somme sortie en net, alors que le Livret A avait engrangé plus de 28 milliards d’euros en 2023 et près de 15 milliards en 2024. Ce basculement reste limité au regard de l’énorme encours, renforcé par 9,24 milliards d’intérêts versés sur l’année, mais il tranche avec la décennie écoulée. La dernière année noire remontait à 2015, quand les retraits cumulés du Livret A et du LDD avaient dépassé 10 milliards d’euros.
Pour autant, les spécialistes ne parlent pas d’effondrement, mais plutôt d’un cycle qui se retourne après les années de surépargne liées au Covid. Les ménages avaient beaucoup mis de côté entre 2020 et 2024, ils puisent désormais dans cette cagnotte pour faire face à la hausse du coût de la vie ou financer des projets. Les experts de la Caisse des Dépôts évoquent même « une simple normalisation du marché ou un retour de balancier », selon adcf.org. En clair, ce reflux 2025 reste spectaculaire sur le papier, mais il s’inscrit aussi dans une respiration assez logique de l’épargne réglementée.
Chute du taux et concurrence de l’assurance-vie : les vraies raisons du désamour
Le premier facteur tient au rendement. Au début de 2025, le taux du Livret A était encore de 3 %, avant d’être abaissé à 2,4 % le 1er février puis à 1,7 % au 1er août. Une nouvelle baisse à 1,5 % est déjà actée pour le 1er février 2026. En deux ans, le pouvoir d’attraction du produit a donc été sérieusement entamé aux yeux des épargnants, qui comparent ce qu’ils touchent aujourd’hui à ce qu’ils percevaient en 2023. Même si, en moyenne sur 2025, le taux réel est resté supérieur à l’inflation, c’est la dynamique à la baisse qui frappe les détenteurs.
Face à cette baisse rapide, beaucoup ont arbitré vers des investisements jugés plus intéressants. L’assurance-vie en fonds en euros a affiché en 2025 un rendement moyen autour de 2,65 %, selon les estimations reprises par les professionnels, soit un niveau supérieur à celui du Livret A, même après fiscalité. Du coup, une partie des encours a glissé du livret vers ces contrats de long terme, mais aussi vers d’autres supports réglementés. Le Livret d’épargne populaire a subi une décollecte de 840 millions d’euros quand le LDDS, lui, a enregistré une collecte positive de 1,65 milliard d’euros, signe que les Français réorganisent leur épargne plutôt qu’ils ne la désertent.
En bref
- En 2025, selon la Caisse des Dépôts, le Livret A détenu par près de 57 millions de Français affiche une décollecte nette de 2,12 milliards d’euros, malgré un encours voisin de 450 milliards.
- Cette troisième année de décollecte seulement depuis 2009 s’explique par la chute rapide du taux du Livret A, passé de 3 % à 1,7 %, et par des arbitrages vers l’assurance-vie mieux rémunérée.
- Entre normalisation après les années de surépargne Covid et recherche de meilleurs rendements, les épargnants réorganisent leur argent, une tendance qui pourrait s’amplifier avec le passage à 1,5 % en 2026.







