Mères de famille nées dans les années 1960 : devez-vous attendre le 1er septembre 2026 pour ne pas perdre d'argent sur votre retraite ?

Par Paul Graph - Publié le

Entre nouvelle règle des 23 ou 24 meilleures années et trimestres enfants mieux pris en compte, le 1er septembre 2026 devient une date clé pour les mères proches de la retraite. Mais ce report de départ vaut-il vraiment la peine selon votre carrière et vos projets ?

Mères de famille nées dans les années 1960 : devez-vous attendre le 1er septembre 2026 pour ne pas perdre d’argent sur votre retraite ?

À l’approche du départ, beaucoup de mères de famille nées au début des années 1960 ont les yeux rivés sur une même date : le 1er septembre 2026. Entre suspension de la réforme des retraites de 2023 et nouvelles règles de calcul qui promettent quelques euros en plus, difficile de savoir si attendre quelques mois vaut vraiment la peine.

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 ne se contente pas de geler le relèvement de l’âge légal, elle revoit aussi les droits retraite des femmes : prise en compte partielle des trimestres pour enfants dans le dispositif carrière longue et nouveau calcul de la pension de base, sur 24 meilleures années pour les mères d’un enfant et 23 meilleures années pour celles qui en ont au moins deux. Sur le papier, de quoi espérer un petit coup de pouce, mais faut-il pour autant décaler sa date de départ pour en profiter ?

Retraite des mères de famille : ce qui change avec le 1er septembre 2026

Jusqu’ici, la retraite de base des salariées était calculée sur la moyenne des 25 meilleures années de revenus. Avec le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, ce ne seront plus 25 années qui compteront, mais 24 pour les mères d’un enfant et 23 pour celles ayant eu deux enfants ou plus, ce qui permet d’effacer une ou deux années de salaires très bas. « Il faut poser les calculs, cela ne va pas augmenter drastiquement la pension des mères de familles, on parle de quelques euros ou dizaines d’euros en plus par mois », estime Marilyn Vilardebo, présidente du cabinet d’expertise retraite Origami et Co citée par Notre Temps.

Le texte doit encore être précisé par décret, mais le calendrier se dessine déjà. L’Union retraite, qui regroupe les principaux régimes de base et complémentaires, confirme que « le contenu ne fait pas de doute. La date d’entrée en vigueur de cette mesure porte sur les pensions prenant effet au 1er septembre 2026 » selon des informations rapportées par Notre Temps, ce qui signifie que seules les pensions liquidées à compter de cette date bénéficieront du nouveau calcul.

Reporter sa retraite au 1er septembre 2026 : impact d’une carrière à l’autre

L’avantage d’attendre le 1er septembre 2026 dépend très fortement du parcours professionnel. « Si vous avez eu une carrière linéaire avec des augmentations de salaire régulières, l’impact sera relativement neutre, estime Nathalie Badaire, fondatrice du cabinet spécialisé en retraite NB Consulting. Mais pour les femmes qui ont eu une carrière hachée, cette nouvelle règle permettra de gommer une ou deux mauvaises années et l’impact sur leur retraite de base sera plus important », ajoute-t-elle dans les colonnes de Notre Temps. Dans le premier cas, repousser son départ n’apporte presque rien ; dans le second, effacer une année de mi-temps ou de bas salaire peut au contraire s’avérer interressant.

Les simulations réalisées par des cabinets spécialisés montrent à quel point les écarts peuvent varier. Une mère d’un enfant née en octobre 1963, avec une carrière plutôt régulière, obtiendrait ainsi une pension de base de 2 705 euros brut par mois en partant à son âge légal, le 1er août 2026, avec le taux plein ; en attendant un mois de plus, elle ne gagnerait que 10 euros brut supplémentaires. « Dans ce scénario, le calcul de la pension du régime général sur 24 années contre 25 ne change presque rien », pointe Nathalie Badaire. À l’inverse, pour une mère de deux enfants née en mai 1963 au parcours plus heurté, partir le 1er mars 2026 lui donnerait droit à 2 245 euros brut, quand un départ le 1er septembre ferait monter sa pension à 2 365 euros brut, grâce à une surcote et à l’effacement de deux mauvaises années.

Mères de famille : qui a vraiment intérêt à attendre le 1er septembre 2026 ?

Au-delà du simple nombre d’années retenues, une autre mesure peut changer la donne pour certaines mères : la prise en compte des trimestres accordés pour la naissance, l’éducation ou l’adoption d’un enfant dans le dispositif de départ anticipé pour carrière longue. Les salariées du privé peuvent obtenir jusqu’à huit trimestres par enfant, mais ces trimestres sont dits « non cotisés », donc ils ne rentrent pas dans le calcul pour un départ anticipé qui n’intègre que les trimestres cotisés ; le PLFSS pour 2026 prévoit d’en transformer au maximum deux en trimestres cotisés. « Cela va permettre à des femmes qui étaient exclues de justesse de ce dispositif de l’intégrer », se réjouit Pascale Coton, responsable de ces dossiers à la CFTC citée par Notre Temps, même si « En limitant le nombre de trimestres cotisés à deux, forcément cela réduit l’impact de cette mesure. Si le gouvernement était allé jusqu’à huit trimestres, forcément il y aurait eu un afflux de femmes en carrière longue », observe Marilyn Vilardebo. Selon le gouvernement, cette transformation de deux trimestres pourrait permettre à 3% des femmes nées en 1970 de bénéficier d’une anticipation de départ en retraite.

Au final, les profils qui ont le plus à gagner en attendant sont les mères aux carrières hachées, avec des périodes de temps partiel ou de bas salaires, et celles qui frôlent les conditions de la carrière longue grâce à leurs trimestres pour enfants. Pour les autres, « Pour la première fois dans des réformes, les femmes ont quelque chose en plus. On rattrape un peu toutes ces réformes pour lesquelles elles ont souvent été les grandes perdantes », juge Pascale Coton, de la CFTC. L’augmentation restera alors modeste, souvent limitée à quelques dizaines d’euros par mois. Pour savoir si ces nouveautés justifient de travailler six mois de plus ou de viser précisément le 1er septembre 2026, « Pour choisir ou non de reporter son départ, il est nécessaire de faire des simulations précises avec et sans application de la mesure », conseille Valérie Batigne, présidente de la société de conseil en retraite Sapiendo citée par Notre Temps, en recommandant d’utiliser le simulateur du site public info-retraite mis à jour avec ces nouveaux paramètres.

En bref

  • La loi de financement de la Sécurité sociale 2026 introduit au 1er septembre un nouveau calcul de la retraite des mères de famille et revoit l’usage des trimestres pour enfants.
  • Entre passage aux 23 ou 24 meilleures années et transformation de deux trimestres enfants en cotisés, le gain va de quelques euros à plus de 100 euros par mois selon la carrière.
  • Pour trancher entre départ avant ou après le 1er septembre 2026, l’enjeu est de simuler plusieurs dates et de peser l’avantage financier réel face à votre situation personnelle.