Nés entre 1964 et 1968 : allez-vous vraiment faire partie des 3,5 millions qui profiteront de la suspension de la réforme des retraites ?

Par Paul Graph - Publié le

Entre 2026 et 2028, la suspension de la réforme des retraites pourrait changer la vie de millions de Français. Combien de futurs retraités verront réellement leur départ avancé, et faites-vous partie des profils gagnants ?

Nés entre 1964 et 1968 : allez-vous vraiment faire partie des 3,5 millions qui profiteront de la suspension de la réforme des retraites ?

Depuis des mois, les salariés nés au milieu des années 1960 jonglent avec les simulateurs de retraite, craignant de devoir travailler toujours plus longtemps. Au fil des annonces et contre-annonces, l’âge légal fixé par la réforme Borne semblait s’éloigner, avec en ligne de mire les fameux 64 ans.

La donne a changé avec la décision de suspendre temporairement une partie de cette réforme. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a instauré une suspension de la réforme des retraites : entre le 1er septembre 2026 et le 1er janvier 2028, l’âge légal est figé à 62 ans et 9 mois et la durée d’assurance à 170 trimestres pour le taux plein. Derrière ces paramètres techniques, une question très concrète : combien de futurs retraités vont réellement en profiter ?

Suspension de la réforme : quelles générations et quels gains ?

En pratique, cette parenthèse cible d’abord les Français nés entre 1964 et 1968. Sans suspension, ces générations auraient vu l’âge légal reculer progressivement entre 63 et 64 ans, avec un nombre de trimestres requis grimpant jusqu’à 172. Le gel adopté pour la période 2026-2027 maintient la borne à 62 ans et 9 mois et bloque la durée d’assurance à 170 trimestres pour une partie d’entre eux. Selon les données officielles, environ 2,2 millions d’assurés nés entre 1964 et 1968 voient ainsi leurs règles de départ améliorées, avec un départ possible avancé de trois mois en moyenne par rapport au calendrier issu de la réforme Borne.

Parmis ces 2,2 millions, un sous-groupe de l’ordre de 1,2 million de personnes pourra effectivement partir plus tôt, toujours en moyenne de trois mois, certains nés au début de 1965 gagnant jusqu’à six mois sur leur date initialement prévue. Politiquement, l’exécutif met en avant un volume encore plus large : le Premier ministre Sébastien Lecornu évoque jusqu’à 3,5 millions de Français qui bénéficieront à terme de la suspension, en intégrant les assurés du droit commun, les carrières longues, les départs pour invalidité ou inaptitude et d’autres profils spécifiques. Sur le très court terme, l’Assurance retraite anticipe environ 64 000 départs réellement avancés en 2026, sur 854 000 retraites attribuées cette année-là, dont entre 10 000 et 15 000 situations liées à des assurés qui sortent du dispositif carrières longues.

Combien de départs anticipés chaque année et comment savoir si vous en profitez ?

Au-delà de 2026, plusieurs estimations évoquent entre 400 000 et 800 000 futurs retraités par an susceptibles d’être touchés par au moins un effet de la suspension, selon la durée exacte du gel et la façon dont chacun choisit sa date de départ. L’impact ne se limite pas à l’âge : l’amélioration des règles de proratisation pour les carrières complètes fait que la pension de base peut être légèrement plus élevée que ce qu’elle aurait été avec un nombre de trimestres requis supérieur. Ceux qui décident malgré tout de travailler au-delà de l’âge légal continuent en parallèle à accumuler des trimestres de surcote, chaque trimestre supplémentaire venant augmenter la pension finale. L’ensemble représente un coût pour les finances publiques évalué autour de 400 à 500 millions d’euros en 2026, puis jusqu’à près de 1,9 milliard d’euros en 2027, en lien direct avec le nombre de bénéficiaires.

Pour les assurés, l’enjeu est de vérifier concrètement s’ils font partie des gagnants de cette fenêtre 2026-2027. Les nouvelles règles s’appliquent aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 : un départ fixé avant cette date reste régi par l’ancien calendrier, un départ postérieur bénéficie du gel à 62 ans et 9 mois et, selon les cas, des 170 trimestres. Les services en ligne comme le portail public info-retraite.fr ont été mis à jour pour tenir compte de la suspension et permettent de visualiser la nouvelle date théorique de départ et le nombre de trimestres validés. Les caisses rappellent qu’une liquidation se prépare plusieurs mois à l’avance, parfois jusqu’à cinq mois pour intégrer les changements informatiques. Les personnes nées à partir de 1969, elles, demeurent pour l’instant soumises au schéma classique de la réforme Borne, avec un âge légal qui monte progressivement vers 64 ans, sauf nouvelle intervention du législateur dans les prochaines années.

En bref

  • Entre le 1er septembre 2026 et le 1er janvier 2028, la suspension partielle de la réforme Borne gèle l’âge légal à 62 ans et 9 mois et la durée d’assurance à 170 trimestres.
  • Environ 2,2 millions de futurs retraités nés entre 1964 et 1968 voient leurs règles de départ améliorées, dont 1,2 million avec un départ avancé en moyenne de trois mois, et 64 000 dossiers réellement accélérés dès 2026.
  • Au total, jusqu’à 3,5 millions de Français pourraient bénéficier de cette parenthèse, mais seuls ceux qui caleront finement leur date de départ et leurs trimestres validés en tireront pleinement avantage.