Pensions de retraite : le Sénat veut plafonner l'abattement de 10 % à 2 500 € – êtes-vous parmi les retraités qui paieront plus dès 2027 ?
En votant la baisse du plafond de l’abattement de 10 % sur les pensions, le Sénat vise les retraités aux revenus les plus élevés. Mais combien votre impôt pourrait-il grimper si ce rabot fiscal est confirmé ?

L’un des avantages fiscaux les plus connus des retraités français est dans le viseur : l’abattement de 10 % appliqué à leurs pensions au moment du calcul de l’impôt sur le revenu. Dans le Budget 2026, le gouvernement et le Parlement cherchent à faire contribuer davantage les seniors aux efforts de redressement des comptes publics, au risque de susciter d’importantes inquietudes. Entre gel des pensions, revalorisations sous-indexées jusqu’en 2030 et réforme de la fiscalité des retraites, le climat est déjà très tendu pour les plus de 60 ans. Et un nouveau vote du Sénat vient ajouter une couche d’incertitude.
Fin novembre 2025, la chambre haute, dominée par la droite, a adopté dans le cadre du Projet de loi de finances (PLF) pour 2026 un amendement qui rabote fortement l’avantage fiscal lié à cet abattement spécifique sur les pensions. Le texte fait passer le plafond de l’abattement de 4 399 € actuellement à seulement 2 500 € par foyer fiscal, tout en maintenant le principe d’un abattement de 10 % sur le montant des retraites. À l’origine, l’exécutif voulait aller plus loin en supprimant purement et simplement ce mécanisme pour le remplacer par un forfait fixe de 2 000 € par retraité, soit 4 000 € pour un couple, ce qui risquait « de créer des gagnants et des perdants », a averti Jean-François Husson, rapporteur général du budget au Sénat, cité par Planet.fr. Ce coup de rabot s’inscrit aussi dans la volonté de la majorité sénatoriale de réécrire le budget pour y imprimer sa propre marque en matière de fiscalité. Reste une question, très concrète : qui est vraiment visé par un plafond ramené à 2 500 € ?
Pensions de retraite : comment fonctionne l’abattement fiscal de 10 % aujourd’hui
Pour comprendre l’enjeu du vote sénatorial, il faut rappeler comment fonctionne aujourd’hui ce dispositif. En vertu de l’article 158 du Code général des impôts, tous les retraités bénéficient automatiquement d’un abattement de 10 % sur le montant de leurs pensions imposables. Cette déduction ne peut pas être inférieure à 450 € par personne retraitée et ne peut pas dépasser 4 399 € par foyer fiscal, montants en vigueur pour les revenus 2024 déclarés en 2025, détaillent les différentes analyses financières. Concrètement, l’avantage maximal profite aux couples dont les pensions annuelles brutes dépassent 43 990 € : au-delà, l’abattement reste bloqué au plafond de 4 399 €.
En abaissant ce plafond à 2 500 €, l’amendement adopté au Sénat vise explicitement ces foyers aux pensions confortables. La perte maximale d’abattement atteindrait 1 899 € par an pour un couple qui profitait jusqu’ici du plafond de 4 399 €, ce qui se traduira par une hausse d’impôt d’autant plus marquée que le foyer se situe dans une tranche de revenu élevée. L’impact moyen serait de « environ 8 euros par mois » pour un foyer médian, a estimé un sénateur lors des débats. Au-delà de l’impôt sur le revenu lui-même, toute diminution de l’abattement gonfle mécaniquement le revenu imposable, donc le revenu fiscal de référence (RFR), avec à la clé un risque de perdre certaines exonérations ou aides conditionnées à ce seuil.
Plafond abaissé à 2 500 € : qui va payer plus d’impôt sur sa retraite ?
Les retraités aux pensions modestes, en dessous des seuils actuels de plafonnement, devraient être peu ou pas touchés par ce rabotage, puisque leurs 10 % d’abattement resteraient en pratique inférieurs au nouveau plafond de 2 500 €. En revanche, les couples dont les pensions brutes dépassent 43 990 € par an, ainsi que les célibataires disposant de revenus de retraite élevés, verront leur base imposable augmenter et, avec elle, leur impôt sur le revenu. Cette perspective s’ajoute au gel des pensions prévu en 2026 et aux revalorisations sous-indexées jusqu’en 2030 détaillées dans le Budget 2026, ce qui nourrit un fort sentiment d’injustice. Pour beaucoup, « ce sont les mêmes qui payent », rapporte le site Courir en Charente Maritime.
Sur le plan politique, le vote du Sénat n’est qu’une étape de la navette parlementaire : le Projet de loi de finances 2026 doit désormais revenir devant l’Assemblée nationale, qui pourra confirmer ce choix, l’amender ou l’écarter. L’exécutif avait de son côté défendu un autre scénario, la suppression de l’abattement proportionnel de 10 % au profit d’un forfait fixe de 2 000 € par retraité, qui aurait fait environ 1,5 million de gagnants parmi les retraités modestes mais aussi plus de 1,4 million de foyers perdants, avec parfois 500 à 800 € d’impôt en plus par an. Si le plafonnement à 2 500 € était finalement retenu, la mesure s’appliquerait aux revenus 2026 déclarés au printemps 2027. D’ici là, les retraités soucieux de leur facture fiscale peuvent au minimum se tenir informés de l’issue des débats et, au besoin, simuler dès maintenant l’effet d’un abattement réduit sur leur impôt et sur leur revenu fiscal de référence.







