PER : non, votre argent n'est pas bloqué jusqu'à la retraite, ces 6 déblocages méconnus (dont l'achat de la résidence principale)

Par Paul Graph - Publié le

On entend partout que l’argent versé sur un Plan Épargne Retraite serait intouchable avant la retraite. Entre blocage réel, accidents de la vie et achat de la résidence principale, que permet vraiment la loi PACTE ?

PER : non, votre argent n’est pas bloqué jusqu’à la retraite, ces 6 déblocages méconnus (dont l’achat de la résidence principale)

Pour beaucoup d’épargnants, ouvrir un Plan Épargne Retraite revient à enfermer son argent pendant 20, 30 ou 40 ans, sans aucune possibilité d’y toucher. Une vision qui freine encore, alors même que le PER affiche déjà 150,4 milliards d’euros d’encours et 12,9 millions de titulaires fin 2025, ce qui en fait le produit d’épargne longue qui progresse le plus en France.

En réalité, le PER reste un produit de long terme dont l’épargne est bloquée par défaut jusqu’à la liquidation des droits à la retraite. Mais la loi PACTE de 2019 a prévu, dans son article L224-4 du Code monétaire et financier, six cas de déblocage anticipé, dont un, lié à l’achat de la résidence principale, est particulièrement interessante. Encore faut-il savoir précisément dans quelles situations l’administration accepte que vous piochiez dans ce capital.

PER : un argent bloqué par principe jusqu’à la retraite

Le cadre légal est simple : les sommes versées sur un PER ont vocation à être utilisées une fois la retraite liquidée, pas avant. L’article L224-4 fixe ce principe en indiquant que l’épargne reste indisponible tant que l’assuré n’a pas fait valoir ses droits à la retraite, sauf exceptions strictement listées par la loi.

Ce blocage est la contrepartie de l’avantage fiscal à l’entrée, puisque les versements peuvent être déductibles du revenu imposable, dans certaines limites. Au moment de la retraite, le titulaire choisit alors de récupérer son épargne en capital, en rente viagère (un revenu garanti à vie) ou en combinant les deux, mais ce choix intervient en principe seulement à la fin de la carrière.

Les 6 cas de déblocage anticipé du PER, dont la résidence principale

Pour éviter que ce fonctionnement ne devienne un piège en cas de coup dur, la loi PACTE a tout de même prévu six cas où un retrait anticipé est autorisé. Cinq correspondent à des accidents de la vie, le sixième à un projet patrimonial : l’acquisition de la résidence principale.

Les cas de sortie anticipée admis par la loi sont les suivants :

  • invalidité de 2e ou 3e catégorie du titulaire, de son conjoint, partenaire de PACS ou enfants ;
  • décès du conjoint ou partenaire de PACS ;
  • expiration des droits aux allocations chômage ;
  • surendettement reconnu par la commission compétente ;
  • cessation d’activité non salariée à la suite d’une liquidation judiciaire ;
  • acquisition de la résidence principale.

C’est ce dernier cas qui est le plus utilisé. « Le cas de déblocage qu’on voit le plus, en pratique, c’est celui pour l’achat de sa résidence principale », explique Benjamin Pedrini, cofondateur et directeur général d’Epsor, cité par Capital. « Car cet achat est aussi un élément qui contribue à la préparation de la retraite, souligne l’expert. Prévoir sa retraite, ce n’est pas seulement prévoir des sources de revenus additionnels, c’est aussi atténuer les charges qui pèsent sur son foyer. Le fait d’être propriétaire de sa résidence principale en fait partie. » À noter : ce motif de sortie anticipée ne s’applique pas aux PER d’entreprise obligatoires (PERO), pour lesquels seuls les accidents de la vie permettent un déblocage.

Fiscalité du déblocage anticipé : résidence principale ou accident de la vie ?

La possibilité de débloquer pour acheter sa résidence principale a un coût fiscal qu’il faut intégrer. « Le déblocage pour résidence principale est fiscalisé selon les règles classiques du PER. Il va donc dépendre de l’origine des flux », détaille Benjamin Pedrini. Quand les versements ont été déduits à l’entrée, la part correspondante du retrait est réintégrée dans le revenu imposable et taxée selon la tranche marginale d’imposition. Les plus-values, elles, sont soumises au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu plus 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026), ce qui réduit le montant effectivement récupéré.

Pour les déblocages liés aux accidents de la vie, la fiscalité est beaucoup plus clémente : le capital est exonéré d’impôt sur le revenu, qu’il ait ou non donné lieu à déduction à l’entrée, et les plus-values sont exonérées de prélèvements sociaux. L’objectif est de ne pas pénaliser davantage des épargnants déjà touchés par une invalidité, un décès ou un surendettement. En dehors de ces six situations très encadrées, l’épargne reste bloquée jusqu’à la retraite, ce qui conduit à réserver le PER à l’argent que l’on accepte réellement de ne pas utiliser avant cette échéance.

En bref

  • En France, le Plan Épargne Retraite, créé par la loi PACTE, est perçu comme un produit tunnel dont l’argent serait verrouillé jusqu’à la retraite.
  • L’article rappelle le principe de blocage, détaille les six cas légaux de déblocage anticipé et insiste sur le rôle particulier de l’achat de la résidence principale.
  • Il met aussi en lumière la différence de fiscalité entre résidence principale et accidents de la vie, pour aider à arbitrer sans briser sa stratégie retraite.