Produits structurés : ce que votre banquier ne vous dit jamais sur le “rendement garanti”, les pertes possibles et les frais cachés de ces placements

Par Paul Graph - Publié le

Encensés pour leur rendement et leur protection du capital, les produits structurés ont séduit des milliards d’euros d’épargne française en 2023. Mais derrière les coupons à 5 % ou 7 %, quelles clauses oubliées peuvent transformer ce placement prudent en pari risqué ?

Produits structurés : ce que votre banquier ne vous dit jamais sur le “rendement garanti”, les pertes possibles et les frais cachés de ces placements

Protection du capital, coupons affichés à 5 %, 7 % ou plus : sur le papier, les produits structurés semblent cocher toutes les cases pour les épargnants en quête de rendement sans frisson. Baptisés « Évolution Prudent », « Sécurité Plus » ou « Rendement Garanti 5 % », ils sont massivement mis en avant dans les réseaux bancaires et de conseils en gestion de patrimoine, au point que les Français y ont investi plus de 40 milliards d’euros en 2023.

Le revers de la médaille, lui, est souvent relégué en petits caractères au dos de la brochure : mécanismes complexes, clauses de perte en capital, durée de blocage de six à dix ans, coupons conditionnels indexés sur un indice. « Un produit structuré n’est pas un placement qu’on choisit pour son coupon affiché. Avant de regarder le rendement promis, il faut se demander ce qui se passe si le scénario défavorable se réalise », prévient Thaïs Castang, associée de L&A Finance, citée par Capital. La promesse de rendement garanti mérite donc d’être décortiquée.

Produits structurés : comment fonctionne vraiment ce rendement garanti ?

Dans la définition donnée par les banques, un produit structuré, aussi appelé fonds structuré ou fonds à formule, est un placement qui combine plusieurs actifs sous-jacents – actions, obligations, indices boursiers, parfois matières premières ou taux d’intérêt – pour offrir un compromis entre protection du capital et potentiel de rendement. Sa performance finale est déterminée par une formule fixée dès la souscription, basée sur l’évolution de ce sous-jacent pendant une durée généralement comprise entre cinq et dix ans.

Cette formule peut prévoir trois grandes configurations. Certains produits promettent un capital garanti à l’échéance : à la date prévue, l’investisseur récupère intégralement la somme investie, hors frais et fiscalité liés à l’enveloppe de placement. D’autres n’offrent qu’un capital protégé, par exemple 90 % à l’échéance lorsque l’évolution du sous-jacent a été défavorable. Enfin, une large famille de produits à capital non garanti expose totalement l’investisseur aux variations, à la hausse comme à la baisse, des actifs choisis, avec un objectif de gain annuel clairement présenté comme non garanti. Pour aider à s’y retrouver, la réglementation impose pour chaque produit un Document d’Informations Clés qui détaille avantages, inconvénients, mécanisme de remboursement et scénarios de gains ou de pertes, sous le contrôle de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Protection du capital, frais cachés : ce que les produits structurés ne disent pas

Sur les brochures, la mention « protection du capital à 100 % » ressemble à une assurance tous risques. Dans la réalité, cette protection ne joue qu’à l’échéance, à condition de conserver le produit jusqu’au terme prévu, souvent entre six et dix ans. En cas de besoin d’argent avant, l’épargnant revend son produit au prix du marché du moment, avec un risque bien réel de perte en capital. « Beaucoup pensent pouvoir revendre leur produit structuré à tout moment, mais dans la pratique la sortie anticipée peut coûter cher. C’est un placement qui ne devrait concerner que l’argent dont on est certain de ne pas avoir besoin avant l’échéance », souligne Thaïs Castang.

Autre angle rarement mis en avant : les frais. Les produits structurés intègrent des frais d’entrée pouvant aller jusqu’à 3 %, des frais de gestion au fil des ans, et une marge prélevée dès la construction par la banque émettrice, parfois comprise entre 2 et 5 %, sans que l’épargnant en ait conscience. Une fois tous ces coûts additionnés, un produit affiché à 6 % peut in fine délivrer un rendement réel nettement inférieur à ce que pourrait offrir un simple fonds en euros. S’ajoute un risque souvent oublié parmis les épargnants, celui de la contrepartie : « On oublie souvent qu’un produit structuré est avant tout une créance sur une banque. La qualité de l’émetteur est aussi importante que celle du sous-jacent. Même une protection du capital ne vaut plus grand-chose si l’établissement qui porte le produit rencontre des difficultés », rappelle Thaïs Castang.

Produits structurés : gains réels, pertes possibles, quelles questions avant de signer ?

Les historiques publiés par certains courtiers en ligne montrent ce décalage entre promesse commerciale et résultat final. Sur une longue liste de produits, on retrouve par exemple « Horizon Rendement Octobre 2017 », adossé à un indice actions, qui affichait un objectif de gain annuel de 8 % et a atteint une performance globale de 32 %, ou « Target Action Orange Octobre 2015 », proposé avec un objectif de 8 % ou 4 % et qui a terminé à 32 %. D’autres opérations, comme « Adequity Target Action GDF Suez Décembre 2014 » annoncé avec un objectif de 4,25 % ou 8,50 %, se sont soldées par une performance globale de 34 %. A l’inverse, « EDF Sélection », basé sur l’action EDF, mentionne une sortie des clients autour de -10 % quelques semaines avant l’échéance alors que la performance aurait été de -40,80 % en cas de conservation jusqu’au terme, et « Action EDF Rendement » affiche une performance de -42,10 % à l’échéance pour un objectif de 3,875 % ou 7,75 % par an.

Avant de souscrire, l’Autorité des marchés financiers impose à tout conseiller de démontrer que le produit proposé correspond bien à votre profil de risque, en s’appuyant par exemple sur le Document d’Informations Clés remis avant la signature : ce contrôle n’est pas un bonus mais une obligation légale. Concrètement, quelques questions simples permettent déjà de tester la transparence de votre interlocuteur :

  • Quel est le scénario de perte maximale sur ce produit et que se passe-t-il si l’indice ou l’action de référence chute fortement ?
  • Quels sont tous les frais au total : frais d’entrée, frais de gestion, marge de structuration de la banque, coûts liés à l’enveloppe fiscale ?
  • Dans quelles conditions précises le coupon est-il versé, et dans quels cas vous ne toucherez rien même si les marchés progressent modérément ?
  • Puis-je sortir avant l’échéance, à quel prix et avec quel risque de perte en capital à la date de rachat ?
  • Qui est l’émetteur du produit, quelle est sa solidité financière et que se passerait-il en cas de difficultés de cette banque ou de cet assureur ?

En bref

  • En 2023, plus de 40 milliards d’euros ont été placés dans des produits structurés promettant protection du capital et rendement attractif.
  • Derrière les coupons conditionnels indexés sur des indices ou actions, se cachent durée de blocage, frais élevés, risque de perte en capital et de contrepartie.
  • Avant de signer, des questions clés sur scénarios défavorables, frais totaux, conditions de sortie et solidité de l’émetteur s’imposent pour éviter les mauvaises surprises.