Réforme des retraites suspendue en 2026 : départ avancé, pension augmentée... si vous êtes né entre 1964 et 1968, voici ce que disent les chiffres officiels

Par Paul Graph - Publié le

Inscrite dans le PLFSS 2026, la suspension de la réforme des retraites rebat les cartes pour les générations 1964 à 1968. Entre départ avancé et pension légèrement augmentée, les écarts se chiffrent déjà en millions d’assurés.

Réforme des retraites suspendue en 2026 : départ avancé, pension augmentée… si vous êtes né entre 1964 et 1968, voici ce que disent les chiffres officiels

La suspension de la réforme des retraites va modifier très concrètement le calendrier de départ de millions d’assurés nés dans les années 1960. Entre l’âge légal qui bouge de quelques mois, la durée d’assurance requise pour le taux plein qui se détend légèrement et la perspective d’une pension de retraite un peu plus élevée pour certains, le paysage change à nouveau pour ceux qui s’apprêtaient à partir.

Intégrée au projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (PLFSS 2026), cette suspension de la réforme des retraites Borne corrige en partie la Loi de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023, qui avait enclenché une montée progressive vers 64 ans. Elle doit s’appliquer aux retraites prenant effet à partir du 1er septembre 2026 et vise principalement les générations 1964 à 1968, y compris en carrière longue. Les premiers chiffrages officiels permettent désormais de voir qui partira plus tôt, et qui touchera un peu plus.

Suspension de la réforme des retraites 2026 : nouveaux âges légaux et générations visées

Pour les carrières dites « classiques », la suspension rebat les cartes pour cinq générations. Nés en 1964, les assurés du régime général voient leur âge légal de départ fixé à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres exigés pour le taux plein, alors que la réforme de 2023 visait 63 ans et 171 trimestres. Les personnes nées entre janvier et mars 1965 relèvent du même barème : 62 ans et 9 mois et 170 trimestres, au lieu de 63 ans et 3 mois avec 172 trimestres.

Pour celles et ceux nés d’avril à décembre 1965, l’âge légal repasse à 63 ans, mais avec 171 trimestres requis au lieu de 172. Les générations 1966, 1967 et 1968 gardent une durée d’assurance fixée à 172 trimestres, avec un âge légal respectif de 63 ans et 3 mois, 63 ans et 6 mois, puis 63 ans et 9 mois, soit trois mois de moins que ce que prévoyait la réforme initiale pour chacune. À partir de 1969, le cap reste de 64 ans et 172 trimestres, comme prévu par la réforme Borne.

Un point de calendrier pèse lourd : « ces dispositions s’appliqueront aux retraites prenant effet à compter du 1er septembre », précise l’Assurance retraite, citée par Notre Temps. Tout départ dont la date d’effet se situe avant cette échéance reste donc régi par les règles de 2023. Sur les seuls natifs de 1964 à 1968, l’organisme public recense 2,2 millions de personnes concernées par ce gel partiel de la réforme.

Départ avancé, carrière longue et pension de retraite augmentée : les chiffres clés

La conséquence la plus visible concerne le calendrier de départ. « Près de 1,2 million d’assurés anticiperaient leur départ, d’environ trois mois en moyenne », indique l’Assurance retraite. Pour beaucoup, ces trois mois gagnés s’ajoutent au fait que la nouvelle durée d’assurance requise est un peu moins élevée pour certaines cohortes, ce qui limite la décote qui aurait frappé une retraite liquidée juste au seuil de l’âge légal.

L’impact porte aussi sur le montant des pensions. Environ 1 million de personnes auraient une pension « légèrement supérieure », en raison d’une amélioration de la proratisation (le taux plein acquis ou approché plus facilement grâce à la baisse de la durée d’assurance), d’une baisse de la surcote ou d’une augmentation de la surcote. Concrètement, trois grands profils se dessinent parmi les générations 1964 à 1968 :

  • les assurés nés en 1964 et au premier trimestre 1965, qui bénéficient d’un âge légal abaissé à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres au lieu de 171 ou 172, cumulant souvent départ avancé et accès facilité au taux plein ;
  • ceux nés d’avril à décembre 1965, pour qui l’âge légal reste un peu plus élevé (63 ans) mais avec un nombre de trimestres réduit à 171, ce qui limite les trimestres manquants par rapport au scénario de 2023 ;
  • les générations 1966, 1967 et 1968, qui gardent 172 trimestres mais gagnent trois mois sur l’âge légal, pouvant choisir entre partir plus tôt à taux plein ou prolonger pour améliorer légèrement leur pension de retraite.

Pour ces profils, la suspension offre officellement un peu plus de marge de manœuvre au moment où il faut arbitrer entre âge de départ et montant de pension. Les effets sont modestes en niveau, mais bien réels à l’échelle de ces 2,2 millions d’assurés.

La génération 1964 illustre bien ces changements. Selon les barèmes publiés sur Service-Public.fr, l’âge légal est fixé à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres à valider pour un taux plein avant 67 ans. Une personne née en janvier 1964 atteindra ce seuil en octobre 2026 et pourra voir sa retraite de base débuter au 1er novembre 2026 ; une naissance en juillet 1964 décalera cette première fenêtre au printemps 2027.

La Caisse nationale d’assurance vieillesse anticipe environ 64 000 dossiers supplémentaires de fin 2026 pour cette cohorte, soit près de 40 % d’activité en plus, ce qui l’amène à recommander de déposer sa demande de retraite 4 à 6 mois avant la date visée. Pour celles et ceux qui remplissent les critères de retraite anticipée pour carrière longue – au moins 5 trimestres validés avant 20 ans, ou 4 trimestres en cas de naissance entre le 1er octobre et le 31 décembre – un départ reste possible dès 60 ans et 3 mois pour les natifs de 1964, avec là encore 170 trimestres à réunir.

Sources

En bref

  • Intégrée au PLFSS 2026, la suspension partielle de la réforme des retraites s’appliquera aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026 pour les générations 1964 à 1968.
  • Les nouveaux barèmes abaissent l’âge légal de trois mois et parfois le nombre de trimestres requis, y compris en carrière longue, permettant à environ 1,2 million d’assurés de partir en moyenne trois mois plus tôt.
  • Près de 1 million de personnes verront leur pension de retraite légèrement augmentée, mais l’impact précis dépend de l’année de naissance, du profil de carrière et de l’arbitrage entre âge de départ et surcote.