PER : jeune actif, découvrez pourquoi votre épargne retraite contient désormais 12% de placements bien plus risqués et illiquides

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

Depuis la loi Industrie verte, un PER en gestion pilotée ouvre mécaniquement la porte aux actifs non cotés. Les jeunes profils dynamiques héritent d’une poche de 12 %, mais savent-ils vraiment ce que cela implique ?

PER : jeune actif, découvrez pourquoi votre épargne retraite contient désormais 12% de placements bien plus risqués et illiquides

Le Plan d’épargne retraite a changé de dimension en quelques années, avec 12,7 millions de titulaires et 141 milliards d’euros d’encours à fin février 2026 selon France Assureurs et la Direction générale du Trésor. Dans cette vague, les jeunes actifs s’imposent comme la cible la plus courtisée, plus de la moitié des moins de 35 ans envisageant d’ouvrir un PER d’après le baromètre Bpifrance et France Invest.

Ce succès s’accompagne pourtant d’une évolution discrète du produit lui même. Depuis le 24 octobre 2024, tout nouveau PER en gestion pilotée à horizon doit intégrer un quota minimal d’actifs non cotés, avec un niveau particulièrement élevé pour les épargnants encore loin de la retraite. Tout se joue dans la combinaison horizon retraite et profil de risque.

PER en gestion pilotée : ce que la loi Industrie verte impose au non coté

En gestion pilotée à horizon, devenue le mode de gestion par défaut du PER depuis la loi Pacte de 2019, le gestionnaire fait évoluer la part d’actifs risqués et sécurisés à mesure que l’âge de la retraite approche. La loi Industrie verte est venue se greffer sur cette mécanique en imposant un plancher d’actifs non cotés dans ces allocations, mais uniquement pour les nouveaux contrats et les nouvelles adhésions ouverts après le 24 octobre 2024.

Les anciens PER ne sont pas modifiés rétroactivement et la gestion libre reste en dehors du champ de ce dispositif. Les seuils sont fixés par arrêté et varient selon le profil d’investissement : à plus de vingt ans de l’échéance, le profil prudent embarque 6 % de non coté, le profil équilibré 8 %, tandis que le profil dynamique culmine à 12 % avant de voir cette poche décroître progressivement à l’approche de la liquidation des droits. Chez les moins de 40 ans, 81 % des répondants ont une opinion favorable du non coté et 23 % y ont déjà investis, selon le baromètre Bpifrance et France Invest publié en 2025.

Pourquoi les jeunes actifs se retrouvent avec 12 % de non coté

Pour un épargnant de 30 ans qui ouvre un PER avec un horizon de retraite situé à plus de vingt ans, le régulateur considère que la durée de placement permet d’accepter davantage d’illiquidité. Dans la grille réglementaire, un profil dynamique situé à plus de vingt ans de la date de liquidation vise désormais 12 % d’actifs non cotés dans son allocation cible, contre 8 % pour un profil équilibré et 6 % pour un profil prudent au même horizon. Ce fonctionnement explique que les plus jeunes, qui cochent souvent la case « dynamique » pour profiter du long terme, se retrouvent avec la poche de non coté la plus élevée.

Derrière cette orientation se trouve le pari de la prime d’illiquidité. « En contrepartie de cette illiquidité, on a normalement la prime d’illiquidité, qui est l’arbitrage naturel du marché et qui explique que le non-coté est systématiquement plus rentable en moyenne », explique Ariane Doutey, directrice commercial et marketing d’Entrepreneur Invest, citée par Capital. L’étude annuelle France Invest et EY mesure ainsi un TRI net annualisé de 12,4 % sur dix ans à fin 2024 pour le capital-investissement français, tout en soulignant une forte dispersion entre les meilleurs fonds et les moins bons, ce qui suppose d’accepter un risque de perte en capital supérieur à celui des supports cotés.

PER en gestion pilotée et non coté : quels réflexes pour les jeunes actifs ?

Derrière l’étiquette « non coté », Ariane Doutey rappelle que l’on retrouve la quasi totalité du tissu économique français. « Vous y trouverez aussi bien de très grandes entreprises familiales comme le groupe Mulliez que la petite start-up qui n’a encore rien prouvé », illustre Ariane Doutey. En pratique, l’univers se compose de quatre grandes familles de supports interressant pour un horizon très long : le capital-investissement, la dette privée, les infrastructures et l’immobilier non coté, avec un fléchage particulier de la loi Industrie verte vers les PME et les entreprises engagées dans la décarbonation. Les PER collectifs et obligatoires mis en place par l’employeur devront eux aussi respecter une part minimale de non coté, avec un calendrier d’entrée en vigueur décalé de six mois, du 30 juin au 31 décembre 2026. Ces seuils d’allocation restent susceptibles d’être revus par la réglementation et les performances passées du capital-investissement ne garantissent pas les performances futures, les actifs non cotés présentant un risque d’illiquidité et de perte en capital plus élevé que les supports cotés.

Reste un point de vigilance plus technique. Certaines offres logent ces poches de non coté dans des véhicules eux mêmes liquides, typiquement des unités de compte : « Il peut y avoir une incompréhension entre la liquidité du fonds et la liquidité du contrat », alerte Ariane Doutey. Pour un jeune actif qui débute sur un PER en gestion pilotée, trois réflexes simples permettent de garder la main sur ce type d’investissement longue durée :

  • vérifier le mode de gestion choisi et le profil associé, pour savoir si l’on est bien en gestion pilotée dynamique, équilibrée ou prudente ;
  • demander la liste détaillée des supports non cotés utilisés dans le contrat (FCPR, FPCI, ELTIF, fonds evergreen…) ;
  • anticiper que la valeur liquidative de ces lignes n’est calculée qu’à une fréquence trimestrielle ou semestrielle, et non au jour le jour, ce qui limite les possibilités d’arbitrage rapide.

En bref

  • Depuis le 24 octobre 2024, la loi Industrie verte impose une part minimale d’actifs non cotés dans les PER en gestion pilotée à horizon, surtout pour les épargnants loin de la retraite.
  • Les jeunes actifs qui choisissent un profil dynamique se retrouvent ainsi avec une allocation cible de 12 % de non coté, misant sur la prime d’illiquidité mais avec un risque accru de perte en capital.
  • Avant ou après l’ouverture d’un PER, il devient essentiel de vérifier son mode de gestion, la nature précise des supports non cotés et les règles de liquidité appliquées.
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