Taxe Zucman : comment l'impôt censé rapporter 20 milliards pourrait en fait coûter 20 milliards à l'État

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

À l’approche de 2027, une étude commandée par le collectif patronal « Trop c’est trop » remet en cause les 20 milliards promis par la taxe Zucman sur les ultra-riches. Ses auteurs vont jusqu’à chiffrer un risque de pertes colossales pour les finances publiques.

Taxe Zucman : comment l’impôt censé rapporter 20 milliards pourrait en fait coûter 20 milliards à l’État

Présentée comme un nouvel outil pour taxer les ultra-riches, la taxe Zucman promet sur le papier des recettes spectaculaires pour l’État. Cet impôt de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros viserait une poignée de contribuables très fortunés, avec un rendement affiché de 20 milliards d’euros par an pour financer des dépenses publiques supplémentaires.

À l’approche de la présidentielle de 2027, ce chiffre de 20 milliards d’euros s’est imposé dans le débat budgétaire, porté par l’économiste Gabriel Zucman et certains responsables politiques. Un collectif patronal baptisé « Trop c’est trop » avance pourtant un scénario radicalement différent, dans lequel la taxe ne rapporterait pas le pactole espéré mais se traduirait par des pertes fiscales nettes pour l’État. Tout se joue dans la manière de calculer le rendement et d’anticiper les réactions des contribuables concernés.

Taxe Zucman : de 20 milliards promis à 5 milliards de rendement selon l’étude

Dans sa version française, la taxe imaginée par Gabriel Zucman repose sur un mécanisme simple : chaque contribuable dont le patrimoine dépasse 100 millions d’euros paierait chaque année un impôt minimal équivalent à 2 % de la valeur totale de ce patrimoine. Le chiffre de 20 milliards d’euros de recettes annuelles découle d’une application mécanique de ce taux à l’ensemble des fortunes visées, et sert de référence aux partisans de la réforme pour chiffrer de nouvelles dépenses publiques.

L’étude commandée par le collectif patronal « Trop c’est trop », rédigée par le doctorant Pierre Andrews avec l’appui de quatre économistes, conteste ce rendement théorique. Elle rappelle que nombre de grandes fortunes françaises sont logées dans des holdings patrimoniales où s’accumulent des bénéfices non distribués déjà soumis à l’impôt sur les sociétés. Taxer ces montants via la taxe Zucman reviendrait, selon elle, à une double imposition. Une fois l’impôt sur les sociétés retranché de l’assiette, le rendement « réel » de la taxe tomberait à 5 milliards d’euros, soit quatre fois moins que les 20 milliards d’euros avancés par ses promoteurs.

Scénario Montant annuel Hypothèse clé Point sensible
Recettes attendues 20 Md€ Taux de 2 % sur patrimoines > 100 M€ Chiffrage mis en avant par Gabriel Zucman
Rendement « réel » 5 Md€ IS déjà payé déduit de l’assiette Double imposition contestée par les partisans de la taxe
Pertes fiscales indirectes 17 à 24 Md€ Exil, délocalisations, productivité plus faible Effets comportementaux dificile à quantifier
Bilan net pour l’État -10 à -20 Md€ Recettes directes – pertes indirectes Résultat très dépendant des hypothèses retenues

Exil fiscal, concentration des recettes et contestations autour des pertes de 10 à 20 milliards

Au-delà de ce rendement revu à la baisse, l’étude insiste sur les effets indirects. Elle anticipe une hausse de l’exil fiscal et des délocalisations d’entreprises, entraînant une perte de productivité et de richesse évaluée entre 1,3 % et 1,8 % du PIB, soit 36 à 50 milliards d’euros de richesse non créée. En supposant que l’État prélève environ la moitié de cette richesse sous forme d’impôts et de cotisations, le manque à gagner serait compris entre 17 et 24 milliards d’euros de recettes fiscales par an. En combinant ces pertes au rendement de 5 milliards d’euros, les auteurs aboutissent à un bilan net pour les finances publiques allant de 10 à 20 milliards d’euros de pertes fiscales. L’étude souligne aussi que 70 % des recettes attendues reposeraient sur seulement 10 familles, et 45 % sur les 3 premières : « Si ces trois familles choisissaient de réduire leur exposition à l’impôt, par expatriation, restructuration patrimoniale ou toute autre stratégie de réduction légale, les recettes chuteraient instantanément de moitié », prévient le document du collectif « Trop c’est trop ».

Les auteurs rapprochent ce scénario des enseignements tirés de quarante ans d’impôt sur la fortune en France, analysés par l’institut Rexecode. Selon ce travail, les 19 000 départs de contribuables assujettis à cet impôt auraient provoqué une perte fiscale de 2,5 milliards d’euros par an, à laquelle s’ajouteraient 6 milliards d’euros de valeur ajoutée en moins et 1,2 milliard d’euros de recettes perdues, plus environ 5 milliards d’euros liés aux entreprises créées à l’étranger plutôt qu’en France. « L’impôt sur la fortune affaiblit la croissance et diminue le niveau du revenu national de fin de période de 19 à 24 milliards d’euros, et il coûte en fin de période plus cher en pertes fiscales qu’il ne rapporte de recettes à l’Etat », résume l’étude de Rexecode. La proposition de taxe Zucman elle-même a été critiquée par d’autres économistes : « Un but largement partagé est celui d’une plus grande prospérité assortie d’une plus grande justice fiscale. La taxe Zucman n’atteint ni l’un ni l’autre », ont écrit Philippe Aghion et Xavier Jaravel dans une tribune publiée par Les Echos. Gabriel Zucman, de son côté, conteste régulièrement ces chiffrages pessimistes et maintient son estimation de 20 milliards d’euros de recettes annuelles, signe que le débat reste très débatue à l’approche de 2027.

En bref

  • À l’horizon de la présidentielle 2027, une étude commandée par le collectif patronal « Trop c’est trop » réévalue en profondeur la future taxe Zucman frappant les patrimoines de plus de 100 millions d’euros en France.
  • Les auteurs ramènent le rendement annuel de 20 à 5 milliards d’euros après déduction de l’impôt sur les sociétés, puis ajoutent des effets d’exil fiscal et de désinvestissement qui feraient basculer le bilan net entre -10 et -20 milliards.
  • En pointant une base fiscale concentrée sur quelques familles et en convoquant le précédent de l’impôt sur la fortune, l’étude alimente un vif débat entre économistes sur les risques budgétaires réels de cette taxe sur les ultra-riches.
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