Retraite des mères : elles ont tous leurs trimestres mais un décret manquant bloque leur pension et leur départ
À deux mois de la suspension de la réforme, des mères nées en 1964 voient leur retraite basculer à cause de décrets manquants. Entre carrière longue, trimestres enfants et bonus envolés, elles racontent une attente qu’elles jugent intenable.

Depuis des mois, des mères de famille aux portes de la retraite alignent leurs relevés de carrière, comptent et recomptent leurs trimestres. Elles ont parfois commencé à travailler très jeunes, élevé un ou plusieurs enfants en jonglant avec des temps partiels, et ajusté toute leur fin de carrière sur des règles de calcul bien précises. Au moment de transformer tout cela en droit à pension, elles se heurtent pourtant à un mur inattendu : l’absence de certains décrets retraite mères de famille 2026.
Car la suspension de la réforme des retraites, inscrite dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, doit entrer en vigueur le 1er septembre 2026, mais plusieurs textes d’application font encore défaut. Tant que ces décrets ne sont pas publiés au Journal officiel, les caisses ne peuvent pas sécuriser certaines situations, en particulier celles des mères qui comptent sur la carrière longue ou les droits liés aux enfants. Dans les coulisses des services de retraite, des milliers de dossiers restent ainsi en attente. Une attente lourde de conséquences.
Décrets retraite 2026 : pourquoi les mères de famille voient leurs dossiers bloqués
Dans le cas de cette sexagénaire habitante du Gard, tout semblait pourtant calé. Elle a commencé à travailler jeune, relève du dispositif « carrière longue » et atteindra les 170 trimestres requis au 1er avril 2027. Mère de deux enfants, elle peut aussi bénéficier de deux trimestres enfants supplémentaires pris en compte pour la carrière longue, ce qui lui ouvrirait la voie à un départ au 1er octobre 2026 au lieu d’attendre 2027.
Pour elle, l’enjeu n’est pas seulement de gagner quelques mois, mais de savoir à quoi s’en tenir pour organiser sa vie et prévenir son employeur. « Nous ressentons une impression d’abandon, voire de discrimination », confie-t-elle à Ouest-France. Tant que le décret qui doit intégrer ces deux trimestres liés aux enfants dans la durée cotisée pour la carrière longue n’est pas paru, son dossier reste bloqué, comme celui d’environ 15 000 personnes dans la même situation. Pour y voir plus clair, voici un récapitulatif des textes déjà publiés et de ceux qui manquent encore.
| Mesure | Public concerné | Effet sur la retraite | Texte nécessaire | Statut au 8 juillet 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Décret carrière longue (départ anticipé) | Assurés carrière longue, y compris mères | Dossiers départ 1er sept / 1er oct 2026 traitables | Décret n°2026-345 (JO 8 mai 2026) | Publié, appliqué aux demandes en cours |
| 2 trimestres enfants comptés en durée cotisée | Mères (et certains pères) avec enfants | Peut avancer la date de départ en carrière longue | Décret d’application LFSS 2026 | En attente, dossiers instruits mais non finalisés |
| Calcul sur 23 ou 24 meilleures années | Mères avec 1 enfant (24) ou 2+ enfants (23) | Pension de base potentiellement plus élevée | Décret d’application LFSS 2026 | En attente, pas encore appliqué dans les calculs |
Carrière longue, surcote parentale : une génération de mères en zone grise
Une autre mère de famille, qui a déposé sa demande de retraite le 10 février pour un départ au 1er septembre, dit son exaspération. « C’est indécent et irrespectueux », estime-t-elle face à cette incertitude prolongée. Au-delà des décrets manquants sur la carrière longue, d’autres textes ont déjà produit des effets de seuil douloureux, comme la mise en place de la surcote parentale de 5 %. La suspension de la réforme par la LFSS 2026 a fixé l’âge légal de départ à 62 ans et 9 mois pour les personnes nées en 1964, alors que la surcote parentale exige d’avoir au moins 63 ans : les mères nées avant le 1er avril 1965 se voient ainsi exclues de ce bonus promis.
Pour ces femmes, les montants en jeu ne sont pas symboliques. Pour une assurée percevant 1 600 euros de pension de base, le taux maximal de 5 % représente 80 euros supplémentaires chaque mois, sans compter la majoration de 10 % pour trois enfants. Sur une espérance de vie de vingt-cinq ans, ces bonus manquants pèsent lourd, tout comme un trimestre de carrière longue qui permettrait de partir plus tôt. En attendant les décrets définitifs, les futures retraitées sont invitées à se connecter à leur espace en ligne, à verifier que chaque trimestre lié à la maternité, à l’adoption, à l’éducation ou au congé parental figure bien sur leur relevé de carrière, et à demander une simulation personnalisée à leur caisse pour mesurer les différents scénarios possibles.
Sources
En bref
- Au 8 juillet 2026, la suspension de la réforme des retraites et plusieurs décrets manquants laissent des mères de famille proches du départ dans l’incertitude.
- Deux textes clés sur les trimestres enfants et le calcul sur 23 ou 24 meilleures années bloquent des milliers de dossiers de carrière longue, malgré un premier décret déjà publié.
- Entre dates floues, risques de perte de droits et échanges tendus avec les caisses et les employeurs, ces futures retraitées cherchent comment agir sans se mettre en danger.









