Loyer à 1100€ pour un SMIC à 920€ : cette équation impossible qui pousse des milliers de Portugais à camper dans la rue

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Loyer à 1100€ pour un SMIC à 920€ : cette équation impossible qui pousse des milliers de Portugais à camper dans la rue

Au Rossio, au cœur de Lisbonne, des tentes se dressent depuis samedi pour dénoncer une crise du logement jugée intenable. De Porto à Madrid, cette nouvelle forme de campement transfrontalier bouscule le pouvoir portugais, sans que l’issue soit encore claire.

Depuis samedi soir, la vaste place du Rossio, au coeur de Lisbonne, s’est transformée en village de fortune. Des dizaines de tentes multicolores entourent la colonne monumentale et, au pied du socle, des manifestants fabriquent affiches et banderoles sous le regard des passants. Sur ces pancartes, on lit « Génération sans logement », « Le logement est un droit, pas un luxe » ou « Je veux simplement une maison pour vivre », rapportent les militants interrogés, cités par BFMTV.

Le message est clair : dénoncer la crise du logement, les expulsions, la spéculation immobilière et la flambée des loyers, qui touchent de plein fouet les jeunes comme les ménages modestes. A quelques centaines de kilomètres de là, à Madrid, un campement similaire occupe depuis plus de trois semaines la Puerta del Sol, né après l’expulsion d’une octogénaire, Maricarmen Abascal, et qui a déjà conduit à la convocation de législatives anticipées fin novembre, avec une grève générale annoncée pour le 11 novembre. Pour beaucoup de Portugais, ce scénario espagnol résonne comme un avertissement et un possible horizon.

Au Portugal, des campements pour le droit au logement à Lisbonne et Porto

Au centre du campement pour le droit au logement de Rossio, une pancarte posée devant un banc donne le ton : « Ou vais-je trouver les moyens de payer un loyer si je ne peux même pas louer une tente? ». Assis juste derrière, Ruben Alexandre, 25 ans, employé dans une station-service de la banlieue lisboète, raconte : « Je travaille depuis l’âge de 18 ans et je n’ai toujours pas pu quitter le domicile de mes parents ». Malgré un emploi à temps plein payé au salaire minimum, il explique qu’il vit toujours chez ses parents, faute de pouvoir assumer un loyer dans la capitale. A Porto aussi, où le mouvement a commencé il y a une dizaine de jours, les militants ont refusé de lever le campement dans la nuit de dimanche à lundi malgré les avertissements des autorités, qui leur rappellent qu’ils s’exposent à des poursuites s’ils refusent de se disperser.

Plus loin, l’étudiant en théâtre Miguel Gregorio, 22 ans, résume l’arithmétique impossible d’un marché locatif en surchauffe. « Avec 920 euros, je ne peux pas payer un loyer de 1.500 euros. C’est mathématique et même un enfant de cinq ans peut le comprendre! », lance-t-il, rappelant qu’il s’agit du salaire minimum brut versé 14 fois par an, soit en moyenne 1.073 euros par mois. Selon le portail immobilier Idealista, le loyer moyen à Lisbonne atteignait fin mai 22 euros le m2, ce qui représente environ 1.100 euros pour un appartement de 50 m2. « Aujourd’hui, la santé, le logement, la nourriture, des besoins basiques deviennent un luxe », insiste-t-il, estimant que l’ensemble de la société se heurte désormais à ces difficultés d’accès au logement.

Loyers, salaires et contagion venue d’Espagne : pourquoi la mobilisation s’étend

Malgré ces mises en garde, les tentes restaient bien en place ce lundi 19 octobre 2026, aussi bien sur la place du Rossio que dans le centre de Porto. « Notre objectif est de rester ici jusqu’à ce que nos revendications soient entendues », affirme Joao Veloso, l’un des porte-parole du campement lisboète, qui plaide pour que la manisfestation reste calme et inclusive. Il insiste sur la nécessité d' »une manifestation pacifique », en référence directe aux violences survenues en France ce week-end en marge de manifestations contre le coût de la vie. Les autorités portugaises, elles, rappellent le respect de l’ordre public et de la libre circulation alors que cette forme de mobilisation par campements permanents est encore récente dans le pays.

Ville Lieu du campement Repère temporel Chiffres logement Revenus et contexte
Lisbonne Place du Rossio Campement depuis samedi soir Loyer moyen 22 €/m2 ; 1.100 €/50 m2 Salaire min. 920 € (14 fois), 1.073 €/mois
Porto Praça D. João I Campement commencé il y a dix jours Données sur loyers non précisées Hausse des loyers, expulsions, coût de la vie
Madrid Puerta del Sol Tentes depuis plus de trois semaines Non précisé pour les loyers Expulsion Maricarmen Abascal, grève générale 11 novembre

Dans les conversations qui se tiennent entre deux assemblées improvisées, le modèle espagnol revient sans cesse. Beaucoup ont en tête le campement madrilène de la Puerta del Sol, où des centaines de tentes sont installées depuis plus de trois semaines, et certains rêvent d’une coordination transfrontalière. Une date s’impose déjà comme repère commun : celle du 11 novembre, jour de la grève générale du 11 novembre appelée en Espagne. « Je trouve ça très important. On vit tous la même chose alors ce serait une forme d’union, et un moyen de faire comprendre au monde ce qui se passe ici », explique l’étudiante de 22 ans Erica Arce, pour qui la mobilisation portugaise qui s’organise à Lisbonne et Porto se nourrit directement de l’expérience espagnole.

En bref

  • Depuis le 17 octobre 2026, des campements de tentes pour le droit au logement se sont installés sur le Rossio à Lisbonne et la Praça D. João I à Porto, dans un Portugal frappé par la crise immobilière.
  • Les militants dénoncent l’écart entre des loyers pouvant atteindre 1 100 € pour 50 m2 et un salaire minimum d’environ 1 073 € par mois, et promettent de rester sur place jusqu’à ce que leurs revendications soient entendues.
  • Inspirée par le campement de la Puerta del Sol à Madrid et la grève générale annoncée le 11 novembre, cette mobilisation transfrontalière pourrait s’intensifier et placer le gouvernement portugais sous pression.
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