Revenu universel : ces actions que veulent vous verser Elon Musk et Anthropic vont-elles vraiment remplacer votre salaire ?

En deux jours, Anthropic et Elon Musk ont promis de partager une partie de la richesse créée par l’IA, via un fonds et des actions SpaceX. Ces annonces suffisent-elles à esquisser un revenu universel ou relèvent-elles d’abord d’un nouveau récit marketing ?
En l’espace de quarante-huit heures, deux annonces venues du coeur de l’IA générative ont relancé un vieux débat : celui d’un revenu versé à tous grâce aux machines. Le 18 octobre 2026, Anthropic, la société à l’origine de Claude, a dévoilé son projet d’Anthropic Public Benefit Fund, promis à détenir une part significative de son capital. Le lendemain, Elon Musk a réagi sur X en évoquant l’idée de distribuer des actions au grand public.
Entre promesse de philanthropie à très grande échelle et espoir de « revenu universel élevé », ces prises de parole font naître autant d’espoirs que d’interrogations. Derrière les pourcentages, les valorisations en centaines de milliards de dollars et les annonces spectaculaires, une question apraît en filigrane : s’agit-il de véritables prémices de revenu universel financé par l’IA, ou de dispositifs encore très éloignés de ce modèle ?
Anthropic Public Benefit Fund : un partage de capital encore expérimental
Dans un billet intitulé « Investing in the public benefit », traduit par « Investir dans le bien public », Anthropic annonce affecter une partie de son capital à une nouvelle entité baptisée Anthropic Public Benefit Fund. « Aujourd’hui, nous engageons une partie des actions d’Anthropic au profit de l’Anthropic Public Benefit Fund, une nouvelle entité dont la part du capital augmente à mesure que l’entreprise grandit. Sous réserve de l’approbation des actionnaires, 5 % des actions d’Anthropic sont engagées dès aujourd’hui, auxquelles s’ajouteront 2 % supplémentaires, à la discrétion du conseil d’administration, pour chaque hausse de 50 % de la valeur de l’entreprise au-delà d’un seuil de référence défini. », explique Anthropic dans un communiqué, cité par Cryptoast. Lors de sa levée de fonds du 28 mai, la société a été valorisée 965 milliards de dollars, soit environ 890 milliards d’euros, ce qui donnerait théoriquement près de 48 milliards de dollars – environ 44 milliards d’euros – pour ces 5 %.
Ce fonds prendra la forme d’une LLC entièrement détenue par Anthropic, afin de pouvoir financer aussi bien des associations que, potentiellement, des aides directes. Dans sa communication, l’entreprise évoque « des dons importants à des organisations à but non lucratif traditionnelles ou des distributions directes à des populations spécifiques », et résume le principe en affirmant que, à mesure que l’entreprise se développe, « plus la part pouvant être expressément consacrée au bien commun augmente ». « Les effets sur le marché du travail en sont un exemple. L’IA pourrait générer une valeur économique considérable, mais elle pourrait aussi créer de l’instabilité pour de nombreux travailleurs. Anthropic a déjà consacré 200 millions de dollars, soit environ 178 millions d’euros, à l’étude et au traitement de cette question, mais, compte tenu du rythme des progrès de l’IA, des approches plus audacieuses pourraient être nécessaires. Le Fonds aura la polyvalence nécessaire pour les mettre en œuvre. », écrit encore Anthropic. En additionnant ce dispositif aux promesses de dons des cofondateurs et des salariés, la société dit viser environ « 20 % de ses actions consacrées au bien commun », alors que sa prochaine IPO est évoquée avec une valorisation de 2 000 milliards de dollars, soit près de 1 900 milliards d’euros.
Un rapide coup d’oeil comparatif permet de mesurer ce que recouvrent réellement ces annonces par rapport à l’idée d’un revenu garanti pour tous.
| Initiative | Actif ou versement | Bénéficiaires annoncés | Universalité | Récurrence |
|---|---|---|---|---|
| Anthropic Public Benefit Fund | Actions Anthropic, distributions possibles | Populations spécifiques fragilisées par l’IA | Non, ciblé | À définir |
| Promesse d’Elon Musk | 1 action SpaceX par enfant | Enfants vivant aux États-Unis | Non, limité à un pays | Versement unique annoncé |
| Revenu universel théorique | Somme d’argent fixe | Tous les résidents d’un territoire | Oui, sans condition | Versement régulier dans le temps |
Elon Musk, revenu universel et dilemme économique de l’IA
Assez vite, la riposte d’Elon Musk est venue donner un visage plus concret à cette idée de partage de la richesse générée par l’IA. En réponse à la publication d’Anthropic, le patron de xAI a recommandé de donner les actions « directement au public », avant d’ajouter : « C’est ce que je vais faire. », a-t-il écrit sur X, cité par Numerama. Dans un second message, il a parlé de « revenu universel élevé » et dit envisager l’an prochain de « donner une de ses actions SpaceX à chaque enfant en Amérique », présentée comme « la première étape d’une longue série ». À ce moment-là, une action SPCX valait 146 dollars, soit environ 134 euros, ce qui représente une somme ponctuelle plus qu’un revenu régulier.
Dans la définition classique, un revenu universel correspond pourtant à un versement en argent, régulier, individuel, accordé à l’ensemble de la population sans condition de ressources ni obligation de travailler. Les initiatives d’Anthropic comme la promesse d’actions SpaceX restent loin de ce schéma : l’entreprise n’a fixé ni montant par personne, ni périodicité, ni critères d’accès au fonds, et le projet de distribution de titres annoncé par Elon Musk apparaît limité dans le temps et à un public précis. Cette réflexion s’inscrit dans un contexte où, comme le rappellent les chercheurs Brett Hemenway Falk et Gerry Tsoukalas dans l’étude The AI Layoff Trap publiée sur arXiv, chaque entreprise bénéficie des économies de salaires liées à l’automatisation, tout en ne subissant qu’une fraction de la baisse de consommation qui peut en résulter. Des scénarios de « PIB fantôme« , où les gains de productivité de l’IA ne se traduiraient plus en revenus suffisants pour les ménages, jusqu’aux négociations autour du partage des bénéfices des semi-conducteurs parmis les salariés de Samsung et de Micron, en passant par l’appel de Donald Trump à « rendre quelque chose à la population », ces signaux montrent que le partage des richesses de l’IA, qu’il prenne la forme de fonds dédiés ou de dons d’actions, est devenu un sujet central bien avant l’instauration éventuelle d’un revenu universel au sens strict.
En bref
- Les 18 et 19 octobre 2026, Anthropic et Elon Musk annoncent respectivement un fonds dédié au bien public et un don massif d’actions SpaceX aux enfants américains.
- Ces mécanismes de redistribution des richesses générées par l’IA reposent sur des actions volatiles et des critères encore flous, loin d’un revenu universel garanti et régulier.
- Entre réponse au piège économique des licenciements liés à l’IA et stratégie de réputation, ces initiatives esquissent un laboratoire de futures politiques de partage de la valeur.








