Livret A taxé à 31,4% : voici le seuil exact sur votre compte qui déclencherait ce nouveau prélèvement du fisc

Une note de la Cour des comptes relance la peur d’une taxe à 31,4 % sur les intérêts du Livret A au-delà du plafond. Qui serait vraiment touché, pour quels montants et que risque votre épargne à ce stade ?
L’idée d’une ponction à 31,4% sur votre Livret A a de quoi faire sursauter : certains titres laissent entendre que l’État pourrait bientôt taxer directement votre épargne, ligne après ligne, sur votre relevé de compte. En réalité, cette alerte vient d’une note technique de la Cour des comptes sur la fiscalité du patrimoine, dans un contexte où la question du capital des ménages revient en force à l’approche de la présidentielle de 2027.
Cette note, consacrée à la réforme de la fiscalité du patrimoine, ne vise pas le seul Livret A, mais l’ensemble des revenus du capital des ménages. Une piste en particulier retient l’attention : l’idée de fiscaliser les intérêts générés au-delà des plafonds de l’épargne réglementée (Livret A, LDDS, LEP, livret jeune), aujourd’hui totalement exonérée, alors que ce privilège aurait représenté en 2025 un manque à gagner de près de 5 milliards d’euros pour l’État. Reste à comprendre qui serait visé et ce que signifie concrètement ce taux de 31,4%.
Livret A et taxe à 31,4% : ce que propose réellement la Cour des comptes
Dans une note intitulée « La fiscalité du patrimoine des ménages, pour une réforme d’équité et d’efficacité », la Cour des comptes plaide pour une refonte d’ensemble : taxation modérée mais progressive de la fortune personnelle (hors actifs professionnels), réduction de l’atout fiscal du Pacte Dutreil et baisse des montants d’assurance vie exonérés en succession. Pour l’épargne réglementée, les magistrats recommandent de soumettre à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales les intérêts issus des dépôts dépassant les plafonds actuels, soit 22 950 euros pour le Livret A, 12 000 euros pour le LDDS, 10 000 euros pour le LEP et 1 600 euros pour le livret jeune. Ils estiment qu’une telle taxation des intérêts au-delà du plafond rapporterait environ 80 millions d’euros par an. Dans ce cadre, ces intérêts excédentaires seraient traités comme les autres revenus du patrimoine : « Par défaut aujourd’hui, les revenus du patrimoine sont taxés au PFU, ou flat tax, qui est de 31,4% depuis le 1er janvier 2026 (12,8% d’impôt sur le revenu et 18,6% de cotisations sociales) », précisent nos confrères de MoneyVox.
Cette idée prolonge les travaux du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), rattaché à la Cour des comptes, qui suggérait déjà de ramener le plafond du Livret A de 22 950 à 19 125 euros « et de soumettre à l’imposition de droit commun les dépôts excédant ce plafond ». Dans ce rapport, le CPO estime que « l’exonération fiscale des livrets réglementés, qui permet de constituer une épargne de précaution de premier niveau, tout en la faisant fructifier, est justifiée au vu du profil des épargnants et des fréquents mouvements qui affectent ces livrets ». L’organisme ajoute toutefois que « le cumul possible des livrets au sein d’un foyer fiscal permet d’atteindre des plafonds de dépôts s’éloignant des besoins pour une épargne de précaution » et que ces livrets deviennent de vrais produits de placement également « pour les ménages aisés ». Il chiffre à 5,6 milliards d’euros par an le manque à gagner lié à cette exonération et évalue qu’une fiscalisation au-delà des plafonds actuels pourrait rapporter environ 150 millions d’euros par an.
Qui serait vraiment touché par une taxation des intérêts du Livret A à 31,4%
Aujourd’hui, le cadre officiel reste inchangé : « Le livret A n’est pas fiscalisé. Les intérêts sont nets d’impôts et de prélèvements sociaux. » rappelle la Banque de France. Les propositions de la Cour des comptes n’ont, à ce stade, pas été traduites dans la réglementation, et aucune taxe de 31,4% n’est prélevée sur les interets versés sur les Livrets A. Dans l’hypothèse où elles seraient retenues, seuls les intérêts correspondant à la part d’épargne au-dessus des plafonds seraient concernés : en dessous de 22 950 euros pour un Livret A, le régime d’exonération resterait identique.
Pour mesurer l’ordre de grandeur de ce que représenterait une telle fiscalisation, on peut simuler l’impact d’un PFU de 31,4% sur les seuls intérêts générés au-delà du plafond du Livret A, en prenant le taux actuel de rémunération de 1,7 % (en vigueur depuis le 1er août 2026) :
| Produit | Dépassement du plafond (exemple) | Intérêts annuels sur la part excédentaire | Impôt PFU 31,4% (estimation) | Statut |
|---|---|---|---|---|
| Livret A | 500 € au-dessus de 22 950 € | ≈ 8,50 € par an | ≈ 2,70 € de PFU | Scénario de réforme, non appliqué |
| Livret A | 2 000 € au-dessus du plafond | ≈ 34,00 € par an | ≈ 10,70 € de PFU | Scénario de réforme, non appliqué |
| Livret A | 5 000 € au-dessus du plafond | ≈ 85,00 € par an | ≈ 26,70 € de PFU | Scénario de réforme, non appliqué |
| Livret A | 10 000 € au-dessus du plafond | ≈ 170,00 € par an | ≈ 53,40 € de PFU | Scénario de réforme, non appliqué |
Ces ordres de grandeur illustrent que la taxe envisagée porterait uniquement sur une petite fraction des intérêts, et seulement pour les épargnants dont les livrets dépassent déjà les plafonds réglementaires. Pour la majorité des ménages, dont le Livret A reste en deçà de 22 950 euros ou est utilisé comme épargne de précaution, les conditions actuelles d’exonération continuent de s’appliquer, tandis que le débat ouvert par la Cour des comptes vise surtout l’usage de ces livrets comme supports de placement pour les patrimoines les plus élevés.
En bref
- En septembre 2026, une note de la Cour des comptes sur la fiscalité du patrimoine relance en France le débat autour des livrets réglementés et du Livret A.
- Elle suggère de soumettre au PFU de 31,4 % les seuls intérêts générés au-delà des plafonds du Livret A, du LDDS ou du LEP, une mesure chiffrée entre 80 et 150 millions d’euros par an.
- Pour l’instant, le Livret A reste totalement exonéré, mais la question de savoir quels épargnants seraient un jour concernés et pour quels montants entretient l’inquiétude.









