Polymarket : 160 M$ misés sur la France, pourquoi ce chiffre astronomique est trompeur sur ce site interdit

Interdit d’accès depuis juillet 2026, Polymarket affiche pourtant plus de 160 millions de dollars de volume sur des paris liés à la France. Derrière ce chiffre record, un fossé se creuse entre volume affiché, argent réellement exposé et zones grises juridiques.
Interdit d’accès en France depuis l’été, la plateforme de paris en cryptomonnaies Polymarket continue de faire de la politique française l’un de ses terrains de jeu favoris. Derrière un simple mot-clef « France », ce site de marchés de prédiction basé sur la blockchain affiche des dizaines de contrats en USDC sur l’élection présidentielle, l’état d’urgence ou encore la dette souveraine, alors même que l’Autorité nationale des jeux a ordonné son blocage.
Au 23 octobre 2026, un relevé réalisé via l’API publique de Polymarket additionne 30 marchés consacrés à la vie politique, économique et sociale française, pour un volume cumulé de 161,2 millions de dollars, soit un peu plus de 150 millions d’euros. Selon ces données, la seule présidentielle 2027 concentre 96 % des montants échangés sur la France. Le tout sur un site que les résidents français ne sont plus censés pouvoir ouvrir officilement. Une contradiction qui éclaire la zone grise de ces nouveaux paris en crypto.
Polymarket interdit en France : ce que l’ANJ reproche au site
Le 16 juillet 2026, l’Autorité nationale des jeux a demandé aux fournisseurs d’accès à internet de bloquer purement et simplement Polymarket en France, après avoir déjà constaté la coupure des transactions financières depuis novembre 2024. L’ANJ estime que la plateforme propose une offre illégale de jeux d’argent et de hasard, sans contrôle suffisant de l’identité des joueurs ni garantie sur l’intégrité des marchés. Dans son communiqué, l’autorité rappelait qu’en juin 2026 le site avait encore recensé 578 751 visites en provenance de France, malgré le géoblocage mis en place par l’opérateur.
Polymarket a répliqué le 21 août 2026 en déposant un recours devant la justice française, tandis que, depuis une connexion hexagonale classique, le site renvoie désormais une simple erreur de confidentialité. Dans ses conditions d’utilisation, la plateforme dit exclure les résidents français, et les médias soulignent qu’un éventuel contournement via VPN expose à un gel du compte et des fonds, sans recours auprès d’un régulateur national. Aux États-Unis, un marché portant sur d’éventuelles poursuites criminelles contre sept étudiants de l’université de Cornell accusés de viol a ainsi attiré plus de 450 000 dollars de paris avant d’être supprimé. Dans un communiqué, la plateforme affirme vouloir « apporter un éclairage objectif, appuyé sur des données, sur les questions les plus importantes de notre époque », expliquait-elle, citée par Franceinfo. Face à ce que Polymarket appelle « la sagesse collective », ce type de pari finit parfois par disparaître, mais les critiques des régulateurs n’en sont que renforcées.
160 millions de dollars “misés” sur la France : ce que disent vraiment les chiffres
Quand on additionne les chiffres, le fameux 160 millions de dollars cache en réalité plusieurs niveaux de lecture. Le volume de 161,2 millions de dollars correspond au total des échanges effectués depuis l’ouverture des 30 marchés liés à la France, hors sport, météo et homonymes. Chaque achat et chaque revente de contrat gonfle ce compteur, sans dire combien d’argent reste réellement exposé. L’open interest, c’est-à-dire les mises encore bloquées dans des positions ouvertes, ne représente qu’environ 4,3 millions de dollars, soit près de 4 millions d’euros. Sur les sept derniers jours, 4,8 millions de dollars ont changé de mains sur ces marchés, essentiellement libellés en USDC, le stablecoin indexé sur le dollar.
| Indicateur | Valeur | Signification | Source / méthode |
|---|---|---|---|
| Nombre de marchés France inclus | 30 | Contrats politiques, économiques et sociaux | Addition via API publique Polymarket (23/10/2026) |
| Volume cumulé total | 161,2 M$ (~150 M€) | Somme de tous les échanges depuis l’ouverture | Données agrégées à partir de l’API publique |
| Part de la présidentielle 2027 | 96 % du volume France | Montants liés au scrutin présidentiel | Analyse des marchés libellés France |
| Volume marché principal présidentielle | 155,6 M$ (~145 M€) | Contrat gagnant du candidat élu | Même relevé via API publique |
| Open interest total | 4,3 M$ (~4 M€) | Mises encore bloquées dans les contrats | Estimation issue des données Polymarket |
| Volume échangé sur 7 jours | 4,8 M$ | Liquidité récente des marchés France | Volumes hebdomadaires affichés par Polymarket |
La présidentielle 2027 écrase tout le reste : le marché principal cumule 155,6 millions de dollars, et la présidentielle représente 96 % des montants associés à la France. Marine Le Pen y était récemment affichée autour de 46,4 % de probabilité, loin devant Édouard Philippe à 18 %, David Lisnard à 13,6 % et Jean-Luc Mélenchon à 11 %. D’autres contrats s’intéressent aux couvre-feux, à un éventuel état d’urgence, au départ de certains ministres, à un défaut de paiement de la France avant 2027 ou encore à une dégradation de la note souveraine. Sur ce dernier point, Polymarket donnait 90,5 % de chances à une sanction par Moody’s ou S et P avant fin octobre, alors même que l’agence new-yorkaise écrivait que « La notation Aa3 repose sur l’hypothèse qu’un budget réduisant le déficit sera adopté pour 2027 », citée par Reuters.
En bref
- Depuis le 16 juillet 2026, l’ANJ a ordonné le blocage de Polymarket en France, alors que 30 marchés liés à l’Hexagone cumulent 161,2 M$ de volume, dont 96 % sur la présidentielle 2027.
- Derrière ce total spectaculaire, l’open interest ne s’élève qu’à 4,3 M$, avec 4,8 M$ échangés en sept jours sur des contrats majoritairement libellés en USDC.
- Entre accès théoriquement interdit, paris mondiaux sur la politique française et critiques des régulateurs sur les risques éthiques et juridiques, le paradoxe Polymarket soulève de nombreuses questions.





