Impôt sur le revenu 2027 : pourquoi la quasi-totalité ne financera plus les services publics mais les créanciers

Invité de France Inter en plein examen du budget 2027, Stéphane Boujnah assure que les impôts sur le revenu filent d’abord aux créanciers de l’État. Derrière cette formule choc, des chiffres qui pourraient rebattre les cartes des choix publics.
Entendre dire que ses impôts servent d’abord à payer les créanciers de l’État a de quoi faire sursauter n’importe quel contribuable. C’est pourtant l’image utilisée ces derniers jours par Stéphane Boujnah, président du directoire d’Euronext, le groupe qui gère la Bourse de Paris, pour illustrer la montée de la charge d’intérêts de la dette publique française.
Alors que l’Assemblée nationale se penche sur le budget 2027, avec une dette qui frôle les 3 595,5 milliards d’euros fin juin 2026 selon l’Insee, le dirigeant met en scène un chiffre : la facture d’intérêts se rapproche des recettes de l’impôt sur le revenu. Derrière la formule, une réalité budgétaire qui pèse sur les choix de l’État. Et ce n’est pas qu’une question de symbole.
Pourquoi Stéphane Boujnah affirme que « vos impôts partent aux créanciers »
Invité de France Inter le 13 octobre 2026, au moment où débutait l’examen du budget à l’Assemblée nationale, le président du directoire d’Euronext a cherché à répondre à une question qui revient souvent chez les contribuables. « Quand les gens demandent : Mais qu’est-ce qu’on fait de mes impôts ?, l’année prochaine, ça sera facile. On pourra dire : Tous vos impôts sur le revenu, d’abord, ils partent aux créanciers », a résumé Stéphane Boujnah sur France Inter, cité par Capital.
Pour étayer ce diagnostic, il décrit un pays où la sphère publique occupe déjà une place centrale : « 44% du PIB est ponctionné sur la société », avance-t-il, tout en rappelant que les dépenses publiques représentent, selon lui, 57 % de la richesse nationale et que la France s’apprête à vivre une cinquième année consécutive avec un déficit supérieur à 5 % du PIB. Dans le même entretien, il évoque des taux d’intérêt français autour de 4,9 % et constate : « On n’avait jamais emprunté aussi cher depuis vingt ans ». Face au risque de voir la charge de la dette absorber une part croissante du budget, il parle d' »un risque d’étouffement » des marges de manœuvre, tout en se voulant rassurant : « Il n’y a pas de risque grec, il n’y a pas de risque de solvabilité ou de liquidité pour la France ». Et de résumer la trajectoire du pays par une formule : « Le reste du monde constate que la France est un pays riche, mais c’est un pays riche qui s’appauvrit ». Dans une tribune publiée le 30 septembre 2026 dans la revue Le Grand Continent, il appelait déjà à redresser progressivement les finances publiques.
Dette, intérêts et impôt sur le revenu : ce que disent les chiffres
Selon l’Insee, la dette publique française atteignait 3 595,5 milliards d’euros fin juin 2026, soit 119 % du PIB. Le projet de budget 2027 prévoit que la charge d’intérêts pour l’ensemble des administrations publiques passerait de 79,2 milliards d’euros en 2026 à 91,2 milliards d’euros en 2027, une somme équivalente à une fois et demie le budget de l’Éducation nationale et supérieure aux recettes de l’impôt sur le revenu. L’Agence France Trésor anticipe par ailleurs un besoin de financement de 339,7 milliards d’euros pour 2027. Les principaux repères sont résumés ci-dessous.
| Indicateur | Valeur | Année / période | Source |
|---|---|---|---|
| Dette publique | 3 595,5 Md€ (119 % du PIB) | Fin juin 2026 | Insee |
| Charge d’intérêts | 79,2 Md€ | 2026 | Projet de budget |
| Charge d’intérêts | 91,2 Md€ | 2027 (prévision) | Projet de budget |
| Recettes nettes IR | 102,5 Md€ | 2027 (prévision) | Projet de budget |
| Intérêts / IR net | ≈ 89 % | 2027 (prévision) | Calcul à partir du budget |
| Besoin de financement | 339,7 Md€ | 2027 (prévision) | Agence France Trésor |
Les recettes nettes de l’impôt sur le revenu sont attendues à 102,5 milliards d’euros en 2027, ce qui signifie que la seule charge d’interets représenterait l’équivalent d’environ 89 % de cette ressource, même si ces deux agrégats ne couvrent pas exactement le même périmètre budgétaire. Quand Stéphane Boujnah parle de créanciers, il vise les investisseurs qui prêtent de l’argent à l’État en achetant sa dette et que l’État doit rémunérer de façon prioritaire, ce qui laisse moins de marge pour financer le reste des politiques publiques.
En bref
- Le 13 octobre 2026, sur France Inter, Stéphane Boujnah, patron d’Euronext, alerte sur la dette publique française alors que l’Assemblée nationale examine le budget 2027.
- Il avance que la charge d’intérêts pourrait atteindre 91,2 milliards d’euros en 2027, soit près de 89 % des recettes nettes d’impôt sur le revenu et l’équivalent d’une fois et demie le budget de l’Éducation nationale.
- Derrière la formule « vos impôts partent aux créanciers », l’article met en perspective les chiffres, précise qui sont ces créanciers et ce que ce poids change pour les marges de manœuvre de l’État.





