Pétrole en baisse mais gazole à +51% : voici le mécanisme qui fait exploser le prix de votre plein

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Pétrole en baisse mais gazole à +51% : voici le mécanisme qui fait exploser le prix de votre plein

En un an, le litre de gazole a bondi de 51,3 % en France alors que le baril recule, creusant l'écart avec l'E10 et le budget des automobilistes. Entre mécaniques du marché du diesel raffiné et décret du 1er novembre, ce qui va vraiment peser sur le prix reste flou.

Le baril recule, mais pas votre plein de diesel. Entre le 17 octobre 2025 et le 23 octobre 2026, le litre de gazole a bondi de 51,3 % en France, passant de 1,5544 € à environ 2,35 € en moyenne, selon la note de conjoncture pétrolière de la DGEC. Sur un an, l’essence E10 n’a progressé « que » de 28,9 %, alors que le Brent daté, référence du brut en Europe, a récemment reculé de 127,73 à 119,23 dollars le baril, soit d’environ 120 à 110 €.

Sur la seule période du 14 au 26 octobre 2026, le litre d’E10 est passé de 2,146 € à 2,095 € en moyenne nationale, soit 5 centimes de moins, quand le gazole montait de 2,344 € à 2,353 €, d’après le fichier officiel prix-carburants.gouv.fr exploité par Selectra. L’écart entre les deux carburants atteint désormais 26 à 28 centimes par litre, soit environ 13 à 14 € de plus sur un plein de 50 litres. Même sur une semaine, la DGEC mesure encore 1,5 % de baisse pour l’E10, contre 0,2 % de hausse pour le gazole. Pourquoi ce décalage persiste-t-il malgré la baisse du pétrole ?

Pourquoi le gazole ne suit pas la baisse du pétrole

En pratique, le prix du gazole à la pompe ne suit pas directement le baril de brut, mais la cotation du gazole raffiné sur les marchés européens. Sur la semaine du 16 au 23 octobre, le Brent daté a perdu 8,51 dollars par baril (environ 8 €), quand la tonne d’essence (Eurosuper) à Rotterdam chutait de 1 330 à 1 203 dollars, soit près de 10 % de moins. Dans le même temps, la cotation du gazole n’a quasiment pas bougé, passant de 1 477 à 1 470 dollars la tonne, soit à peine 0,5 % de recul.

Indicateur Semaine du 16/10 Semaine du 23/10 Variation Lecture
Brent daté ($/baril) 127,73 119,23 -8,51 $ Brut en net recul
Essence Rotterdam ($/t) 1 330 1 203 -128 $ Essence raffiné en baisse
Gazole Rotterdam ($/t) 1 477 1 470 -8 $ Diesel raffiné quasi stable
E10 à la pompe (€/L) 2,1489 2,1161 -1,5 % Litre d’E10 en recul
Gazole à la pompe (€/L) 2,3458 2,3515 +0,2 % Litre de gazole en hausse

Le résultat se lit dans les prix moyens relevés par la DGEC : entre ces deux semaines, l’E10 à la pompe est passé de 2,1489 € à 2,1161 € le litre, tandis que le gazole grimpait de 2,3458 € à 2,3515 €. Le gazole hors taxes valait alors 135,2 centimes le litre, dont 110,6 centimes de cotation internationale et 24,6 centimes de transport et de distribution, contre 80,9 centimes de cotation sur 109,3 pour l’E10. Autrement dit, tant que le diesel raffiné reste cher, le litre à la pompe résiste, même quand le brut se détend.

Stocks stratégiques et décret du 1er novembre : une baisse encore incertaine

Pour tenter de desserrer l’étau, plusieurs pays européens ont choisi de puiser dans leurs réserves. À l’issue d’une réunion des ministres de l’Énergie de l’UE à Luxembourg, le commissaire Dan Jorgensen a résumé la décision : « Des États membres de l’UE ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une mise à disposition accélérée de 42,6 millions de barils provenant des réserves stratégiques au cours des prochains mois, et environ la moitié de ces volumes sera constituée de gazole », a-t-il déclaré, cité par BFMTV. Les prix du pétrole restent pourtant jugés historiquement élevés, autour de 114 dollars le baril de brut de mer du Nord (environ 107 €), contre moins de 70 dollars (près de 66 €) avant la guerre au Moyen-Orient. En France, le gouvernement va libérer 10 millions de barils de diesel, vendus aux distributeurs à 0,28 € le litre, bien en dessous d’un prix de marché qui atteignait mi-octobre environ 1,10 € le litre selon Matignon, dans l’espoir d’obtenir « une baisse visible » de 12 à 18 centimes par litre.

Cette stratégie s’appuie aussi sur la pression politique mise sur les grands groupes. La députée Maud Bregeon a ainsi demandé à TotalEnergies d’être « exemplaire » et de « répercuter encore une fois à la baisse l’avantage de la libération des barils, de poursuivre son plafonnement autant que nécessaire, tant que cette crise perdure ». Mi-octobre, le PDG Patrick Pouyanné avait averti que TotalEnergies baisserait les prix de l’ordre de « 8 à 12 » centimes et maintiendrait un plafonnement. « On aurait tort de sombrer dans le Total bashing », estimait encore Maud Bregeon, en appelant le géant pétrolier à « être exemplaire ». Concrètement, le décret n° 2026-981 du 23 octobre 2026 impose aux entreprises qui ont acheté ce gazole stratégique de répercuter l’avantage accordé à partir du 1er novembre 2026 : le texte demande de reverser l’avantage « dans les meilleurs délais » et en totalité au plus tard le 31 mars 2027, ce qui signifie que la baisse pourra arriver plus ou moins vite selon les réseaux.

Seules les stations approvisionnées via ces stocks sont concernées, le gazole étant visé alors que l’essence reste en dehors du dispositif. Sur autoroute, le litre de gazole se vendait en moyenne 2,457 € contre 2,380 € sur route dans le flux du 29 octobre, soit près de 8 centimes d’écart, ce qui montre qu’un changement de station peut parfois peser autant qu’un geste public. L’arrêté du 26 octobre 2026 impose en outre un affichage visible en station, indiquant la baisse toutes taxes comprises en centimes par litre, avec une décimale, avant la vente. Vérifier le prix de votre station sur prix-carburants.gouv.fr le vendredi 30 octobre, puis le lundi 2 novembre, un jour ouvré, reste un bon reflexe pour mesurer concrètement l’effet de la libération des stocks et distinguer la promesse d’une baisse de 12 à 18 centimes de ce qui se voit réellement sur le ticket de caisse.

En bref

  • Entre octobre 2025 et octobre 2026, en France, le litre de gazole a grimpé de 51,3 % tandis que l'E10 progressait moins vite malgré un Brent daté en recul.
  • Le prix à la pompe suit la cotation du gazole raffiné à Rotterdam et des marges de raffinage tendues, ce qui maintient le diesel élevé même quand le pétrole se détend.
  • Entre libération de stocks stratégiques, décret du 1er novembre et affichage obligatoire en station, les prochains mois diront qui répercute réellement la baisse promise.
À propos de l'auteur
Gary Assouline
Gary Assouline

Journaliste, je suis responsable du pôle Audience de Reworld Media. Je rédige des articles sur Bourse Inside et sur d'autres sites du groupe comme Marie France, Pleine Vie ou Aufeminin sur les sujets de la vie quotidienne : consommation, argent, finance, société...

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