Paris voulait freiner Airbnb, c'est l'échec : les locations bondissent de 24% et une catégorie de biens explose

Alors que Paris resserre la vis sur les meublés touristiques, les locations Airbnb à l’année explosent en Île-de-France entre 2023 et 2025. Derrière un +24 % d’annonces, l’étude de l’Institut Paris Région révèle un paradoxe qui pourrait peser sur le logement.
Paris a abaissé le plafond des locations touristiques, renforcé les contrôles et soutenu la loi Le Meur pour reprendre la main sur les meublés de tourisme. Sur le papier, l’objectif est clair : freiner l’essor des locations de courte durée et remettre des logements sur le marché classique.
Les chiffres 2025 racontent pourtant une autre histoire. Selon l’Institut Paris Région, qui s’appuie sur les données de la société AirDNA, on compte 139.400 annonces actives sur Airbnb en Île-de-France, dont plus de 71.500 à Paris intra-muros, un niveau proche du pic atteint pendant l’année des Jeux olympiques. Malgré un recul de 17% par rapport à 2024, le volume d’annonces franciliennes a bondi de +24% en deux ans, par rapport à 2023, avec 16,7 millions de nuitées réalisées dans des meublés en 2025. Et au coeur de cette montée en puissance, les locations « à l’année » prennent une place grandissante.
En Île-de-France, les locations Airbnb à l’année battent des records
Le coeur de l’étude porte sur les locations Airbnb à l’année en Île-de-France, c’est-à-dire des meublés loués plus de 90 ou 120 jours par an selon les communes. AirDNA repère les « annonces actives » grâce à une extraction automatique des grandes plateformes de location de courte durée, puis l’Institut Paris Région affine ces données. L’organisme explique avoir choisi de se « focaliser uniquement sur les annonces Airbnb, pour exclure tout problème relatif à d’éventuels doublons », cité par BFMTV, en écartant les annonces de type hôtelier ou les logements qui ne relèvent pas du meublé de tourisme.
Sur ce socle, l’étude recense 52.900 logements loués plus de 120 jours par an en 2025, soit 38% des annonces franciliennes. Ce volume de meublés de tourisme « à l’année » a doublé depuis 2019 et son poids s’est renforcé « depuis la sortie de la crise sanitaire », souligne l’Institut. Dans le même temps, les loyers médians par personne atteignent 39 € la nuit en Île-de-France et 56,50 € à Paris. D’autres acteurs, comme le Collectif national des habitants permanents, aboutissent à des totaux différents pour la capitale (37.200 annonces en 2025, 40.750 « réservables » aujourd’hui), ces écarts tenant aux définitions retenues entre annonces actives et offres simplement disponibles.
| Zone | Annonces actives 2025 | Annonces >120 jours | Part >120 jours | Part des nuitées |
|---|---|---|---|---|
| Île-de-France | 139.400 | 52.900 | 38% | non communiqué |
| Paris intra-muros | >71.500 | 29.000 locations à l’année à Paris | 41% des annonces parisiennes | 72% des nuitées réservées |
Paris durcit la règle des 90 jours, mais les sanctions arrivent tard
C’est à Paris que le contraste est le plus marqué. Le nombre de meublés de tourisme loués « à l’année » y a augmenté de 10.000 en deux ans pour atteindre 29.000 biens en 2025, « le plus haut niveau observé jusqu’ici » selon l’Institut Paris Région. « Ils représentent désormais près de 41% du total des annonces parisiennes proposées sur Airbnb et 72% des nuitées réservées dans la capitale ». Autrement dit, une minorité d’annonces concentre désormais l’essentiel de l’activité, alors même que la Ville a abaissé à 90 jours par an le seuil de location autorisé pour une résidence principale depuis le 1er janvier 2025, contre 120 jours auparavant.
Ce durcissement s’inscrit dans la loi Le Meur, entrée en vigueur en novembre 2024, qui permet aux communes de réduire la durée maximale de location des résidences principales et de mieux encadrer les meublés de tourisme. Pour louer une résidence secondaire en zone tendue, les propriétaires doivent obtenir une autorisation préalable de la mairie et, à Paris, cette autorisation n’est accordée qu’en cas de changement d’usage assorti d’une compensation : acheter et transformer en logement une surface commerciale équivalente, voire double. Les amendes, pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, se multiplient déja depuis 2026, avec des condamnations à plus de 80.000 € et 150.000 € pour des propriétaires parisiens et jusqu’à 440.000 euros d’amende pour un « influenceur immobilier » marseillais. Les prochaines années diront si cet arsenal suffira à infléchir durablement la courbe des locations Airbnb à l’année en Île-de-France.
En bref
- Entre 2023 et 2025, l’Institut Paris Région recense 139 400 annonces Airbnb actives en Île-de-France, dont plus de 71 500 à Paris intra-muros.
- Les locations à l’année louées plus de 120 jours grimpent à 52 900 logements (38 % des annonces), avec 29 000 biens à Paris qui concentrent 72 % des nuitées.
- Alors que Paris impose depuis 2025 un plafond de 90 jours et brandit des sanctions lourdes, la question reste entière sur l’efficacité réelle de cet arsenal.









