Santé mentale dans la fonction publique : comment briser le tabou et améliorer l'accompagnement des agents en 2025 ?
En 2025, la santé mentale devient une priorité nationale, mais les agents publics font face à des tabous et un manque de ressources. Comment surmonter ces obstacles?

La santé mentale des agents publics s’impose comme un enjeu de premier plan. Entre charge de travail, exposition au public et contraintes organisationnelles, les signaux existent mais la parole hésite. L’accompagnement, lui, se heurte encore à des non‑dits. Et c’est là que les difficultés commencent.
En 2025, la santé mentale a été érigée Grande cause nationale. Dans les administrations, le constat revient souvent : les troubles se manifestent, l’accès à l’aide reste compliqué. Les risques psychosociaux, la sédentarité, les violences au travail, l’isolement pèsent sur les équipes. Une question s’impose : comment accompagner quand la parole manque ?
Santé mentale et fonction publique : tabou, déni, manque de ressources
Stigmatisation, crainte d’être jugé ou d’avoir des répercussions de carrière, services internes insuffisants, culture d’institution qui décourage parfois l’ouverture : le trio tabou, déni et manque de moyens freine l’accompagnement dans la fonction publique. Les agents redoutent d’exposer une fragilité, de se voir étiquetés ou incompris. Et quand l’aide existe, elle reste parfois peu visible, ou difficile à solliciter.
Rappeler le cadre aide à lever le doute. « Un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité », précise l’Organisation mondiale de la santé, source MNT. Dans le même esprit, l’OMS définit le bien‑être psychique comme le fait que « un état de bien-être mental permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière positive, de contribuer à la vie de la communauté ». Les risques psychosociaux constituent d’ailleurs la première cause d’absence au travail dans la fonction publique territoriale. D’où l’intérêt de campagnes ciblées comme « Derrière un sourire » mises en avant pour faire parler du sujet au sein des collectivités.
Ce que montrent les initiatives publiques et locales
Au niveau national, la DGAFP a organisé le 21 octobre 2025 une journée « Travail et santé mentale : quels défis pour la fonction publique ? ». Retransmise en direct, elle a croisé les regards de chercheurs, encadrants, médecins et décideurs publics, avec des tables rondes sur la prévention des facteurs de risques en santé mentale, l’impact des violences au travail sur la santé des agents, les actualités de la recherche sur la stigmatisation et l’impact de l’intelligence artificielle, ainsi que les conduites addictives. L’objectif affiché : valoriser les pratiques de prévention en milieu professionnel, diffuser des initiatives inspirantes et faire évoluer les politiques RH, en lien avec des partenaires européens du réseau EUPAN.
Sur le terrain, des collectivités avancent. À Montbeton, le centre de gestion de Tarn‑et‑Garonne (CDG 82) a réuni plus de 250 participants autour du « sport et santé au travail ». L’athlète olympique Asma Niang a présenté son ouvrage À bras‑le‑corps aux côtés de Sophie Caverzan, membre de l’équipe de France de para‑taekwondo, pour insister sur les vertus de l’activité physique pour le bien‑être physique et mental, mais aussi pour l’inclusion, le respect des règles collectives et l’équilibre personnel. L’après‑midi, des ateliers très concrets ont été testés : techniques de réunions « actives » pour contrer la sédentarité, exercices d’adaptation du corps au poste de travail, routines d’échauffements et d’étirements. Beaucoup de participants sont repartis avec la volonté d’intégrer d’avantage de Mouvement dans leur quotidien professionnel, et le président du CDG 82, M. Deprince, s’est félicité d’une affluence record.
Accompagner les agents publics au quotidien : quels leviers concrets ?
Trois axes se dégagent pour dépasser le tabou et structurer une réponse durable. D’abord, la sensibilisation pour autoriser la parole et clarifier le cadre de confidentialité. Ensuite, la formation des encadrants afin de repérer tôt les signaux de détresse, conduire un entretien sensible et orienter correctement. Enfin, l’accès réel aux ressources d’aide, internes et externes, avec des circuits connus et simples d’usage pour les agents.
Côté ressources, des dispositifs existent et sont opérationnels. Des formations aux premiers secours en santé mentale (PSSM) peuvent être mises en place. Des offres d’accompagnement complètes sont proposées aux collectivités et à leurs agents : ligne de soutien psychologique ouverte après des évènements traumatiques pendant trois mois via VYV Ecoute et Solutions, téléconsultation via Maiia pour accéder à des psychiatres, accompagnement psycho‑social par téléphone avec des psychologues, jusqu’à 12 séances de psychologue via le dispositif Mon Soutien Psy, et un accompagnement individuel pour préparer le retour au travail après un arrêt. Sans oublier des actions de promotion de la santé autour du sommeil, du stress, de l’alimentation et de l’activité physique, ou encore des ateliers anti‑sédentarité inspirés des retours de terrain.
- Repères utiles : 12 séances possibles avec Mon Soutien Psy ; ligne de soutien psychologique de trois mois après un évènement traumatique ; téléconsultation et accompagnement psycho‑social accessibles ; formations PSSM pour l’encadrement ; ateliers « actifs » et routines d’échauffements en collectivité.
En clair, accompagner suppose de donner des repères simples, des interlocuteurs identifiés et des gestes concrets de prévention au quotidien. Et de rendre visibles les voies d’accès à l’aide, du premier échange avec le manager jusqu’au suivi dans la durée, pour que demander de l’aide redevienne un acte ordinaire de santé au travail.







