Accord Mercosur : la France résiste face aux menaces sur l'agriculture, Macron sous pression des syndicats agricoles
La France s'oppose fermement à l'accord Mercosur sans garanties pour l'agriculture. À Toulouse, Emmanuel Macron exige des clauses de sauvegarde et des contrôles renforcés.

Bras de fer autour d’un traité commercial qui ravive les craintes du monde paysan. Entre ouverture commerciale et protection des filières sensibles, la France marche sur une ligne de crête face à l’accord UE‑Mercosur, sous l’œil des syndicats agricoles qui scrutent chaque mot.
Début novembre, depuis le Brésil, Emmanuel Macron s’est dit « plutôt positif » sur la possibilité d’accepter l’accord, déclenchant une volée de critiques. L’enjeu est lourd pour l’agriculture française : l’UE espère exporter davantage de voitures, machines et vins, mais l’accord faciliterait aussi l’entrée de bœuf, volaille, sucre et miel via des droits de douane réduits. La Commission européenne a d’ailleurs lancé le processus de ratification. La ligne rouge se précise.
Mercosur : ce que la France exige pour l’agriculture
A Toulouse, l’exécutif a clarifié sa position. « Le président de la République a été extrêmement clair » pour dire aux agriculteurs que le projet d’accord entre l’UE et le Mercosur, « tel qu’il existe aujourd’hui, recueillera un non très ferme de la France », a rapporté Annie Genevard, selon BFMTV. La ministre de l’Agriculture a détaillé les conditions posées : une clause de sauvegarde réellement opérationnelle, des mesures miroirs imposant aux produits importés des normes équivalentes à celles de l’UE, et des contrôles aux frontières renforcés.
Le message est sans détour. « On ne peut pas accepter, les agriculteurs ne peuvent pas accepter, le consommateur ne peut pas accepter qu’on produise et qu’on importe sur le sol européen des produits et de l’alimentation qui ne respectent pas les règles qu’on impose à nos propres producteurs », a ajouté Annie Genevard. En toile de fond, un calendrier qui s’accélère : dans les tiroirs depuis l’an 2000 et finalisé fin 2024, l’accord est poussé pour adoption d’ici la fin 2025, rappelle CNews. Et au Parlement européen, environ 150 élus appellent à saisir la justice européenne contre le texte, indiquent plusieurs eurodéputés cités par 20 Minutes.
FNSEA, clauses et contrôles : réactions à Toulouse
La base agricole a grondé ces derniers jours. « Importer des produits qui ne sont pas produits dans les mêmes conditions que les nôtres, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », a déclaré Jérôme Despey, premier vice‑président de la FNSEA, qui dénonce des « crises successives » et l’absence de garanties tangibles sur les contrôles. « On n’a aucun élément qui nous permet de dire comment ces contrôles vont être réalisés », a réagi le responsable, en demandant « une position qui soit ferme » au sommet de l’Etat. A Toulouse, environ 250 agriculteurs, avec une cinquantaine d’engins, ont réclamé une réponse claire sur le traité, selon 20 Minutes. Et sur le terrain, la prudence reste de mise.
La colère s’est exprimée plus frontalement parmis les syndicats. « C’est un reniement total », a lancé Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, après les propos « plutôt positifs » tenus par Emmanuel Macron depuis le Brésil. « En choisissant ce moment et ce lieu pour tendre la main au Mercosur, le Président de la République signe sa rupture avec l’agriculture française », a‑t‑il averti, avant de prévenir : « Nous ne laisserons pas brader notre modèle, nos emplois ni notre souveraineté. Nous serons combatifs, avec le soutien des Français, pour refuser un accord qui sacrifierait notre agriculture sur l’autel d’une mondialisation sans règles ». De son côté, Véronique Le Floc’h, à la tête de la Coordination rurale, a jugé que le chef de l’Etat « décide de sacrifier l’agriculture, il valide un plan social qui ne sera pas qu’agricole, mais qui ira bien au‑delà. Et demain, je ne sais pas qui entretiendra nos territoires ». Elle met aussi en garde : « Le Mercosur, c’est la mort de l’agriculture. On a déjà une balance commerciale déficitaire […]. Nous faire croire qu’il y aura des gagnants et que la viticulture serait gagnante… Elle va trop mal pour demain pouvoir espérer s’en sortir face à des pays comme ceux de l’Amérique du Sud qui peuvent aussi produire du vin ». Entre conditions exigées par Paris et inquiétudes des filières bœuf, volaille, sucre, miel et vin, la suite dépendra de garanties concrètes et vérifiables.







