Bitcoin : tensions entre Washington et Pékin sur fond de saisies records et accusations d'ingérence économique
La Chine accuse les États-Unis d'avoir piraté un pool minier pour s'emparer de 127 000 BTC. Ce conflit révèle des enjeux géopolitiques et économiques majeurs.

Sur fond de rivalité stratégique, le Bitcoin s’invite dans le face à face Pékin Washington. Entre saisies records, pistes on chain et soupçons d’ingérence, la crypto vedette sert désormais de terrain d’affrontement économique autant que politique.
Le 14 octobre 2025, le Department of Justice américain a annoncé la saisie de 127 272 BTC, valorisés plus de 13 milliards de dollars (≈ 12,1 milliards d’euros). Dans la foulée, le CVERC en Chine a accusé Washington d’avoir pris la main dès décembre 2020 sur des fonds issus du pool LuBian. Et ce n’est qu’un début.
127 000 BTC : DoJ, Chine et CVERC face à face
Version américaine : selon le DoJ, ces bitcoins proviennent d’escroqueries de type pig butchering, dites arnaque à la romance, menées par Chen Zhi et le Prince Group au Cambodge, avec des revenus utilisés pour le trafic de drogue, la traite d’êtres humains et le blanchiment d’argent. L’enquête a conduit à la saisie de 25 adresses associées et à la mise sous main de la justice de l’intégralité des actifs, présentés comme produits du crime. L’affaire concerne des victimes aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Europe.
Version chinoise : un rapport publié le 9 novembre 2025 par le CVERC affirme que le pool LuBian a été piraté en décembre 2020 et que les 25 adresses visées par l’acte américain correspondent aux adresses finales où ont été conservés les bitcoins du hack. Les données on chain recensées par des traqueurs comme Arkham indiquent qu’en juillet 2024, des BTC étiquetés “LuBian.com Hacker” ont transité vers un portefeuille identifié comme contrôlé par le gouvernement américain. Pékin souligne l’inactivité des fonds pendant près de quatre ans, évoque une opération pilotée par un État et demande comment les autorités américaines ont obtenu les clés privées.
PBoC, réserves en bitcoins et marchés : ce que révèle la tension
À Pékin, la ligne officielle reste ferme. Pan Gongsheng, gouverneur de la PBoC, a déclaré : « Depuis 2017, la Banque populaire de Chine et les départements concernés ont publié plusieurs documents politiques pour prévenir et traiter les risques liés aux transactions et à la spéculation sur les monnaies virtuelles nationales. Ces documents politiques restent actuellement valables. La Banque populaire de Chine continuera de coopérer avec les services répressifs pour lutter contre les opérations et la spéculation sur les monnaies virtuelles nationales, afin de maintenir l’ordre économique et financier », a déclaré Pan Gongsheng, selon finance.sina.com. Il a aussi ciblé les stablecoins : « Les stablecoins, en tant qu’activité financière, ne peuvent pas répondre efficacement aux exigences de base en matière d’identification des clients et de lutte contre le blanchiment d’argent, élargissant ainsi les lacunes de la réglementation financière mondiale, telles que le blanchiment d’argent, les transferts illégaux transfrontaliers de fonds, le financement du terrorisme, etc. » Dans le même temps, la Chine poursuit son e‑CNY et pèse encore sur le réseau, sa part de hashrate ayant atteint 14 % au quatrième trimestre 2025.
Face à cette doctrine, Washington stocke les cryptoactifs confisqués dans une réserve stratégique de bitcoins, et les avoirs publics sont proches : environ 198 000 BTC pour les États-Unis contre 194 000 BTC pour la Chine. Côté marchés, l’appétit pour le risque se lit dans les prix : vers 11 h 30, l’once d’or reculait de 1,93 % à 4 033,50 dollars (≈ 3 750 €) quand le Bitcoin progressait de 1,86 % à 115 443,44 dollars (≈ 107 400 €). « L’optimisme règne quant à l’entrée dans une période propice à l’amélioration des relations commerciales et à la baisse des taux d’intérêt », a résumé Joshua Mahony, analyste chez Scope Markets. Dans le même temps, la judiciarisation s’étend : au Royaume-Uni, la police a saisi plus de 61 000 bitcoins liés à Zhimin Qian, soit plus de 6 milliards de dollars (≈ 5,6 milliards d’euros), pendant qu’elle était jugée à Londres.









