Amiante à Dunkerque : les conséquences sanitaires et légales après l'incendie chez ArcelorMittal, 393 personnes exposées

Par Paul Graph - Publié le

L'amiante, interdit depuis 1997, continue de poser des risques sanitaires et légaux. Le cas ArcelorMittal à Dunkerque illustre les enjeux pour les travailleurs exposés.

Amiante à Dunkerque : les conséquences sanitaires et légales après l’incendie chez ArcelorMittal, 393 personnes exposées

Un incendie, des chantiers en urgence, puis la découverte d’une pollution aux fibres qui font trembler les tribunaux. L’ombre de l’amiante plane encore sur des sites industriels et des bâtiments anciens, avec des impacts qui ne se limitent pas à la santé.

Le cas récent de Dunkerque relance une question centrale pour les salariés et les donneurs d’ordre : que se passe t‑il quand une exposition survient, et quelles en sont les conséquences sanitaires et légales pour les années à venir. Les effets ne se lisent jamais qu’à court terme. Ils s’étirent.

Dunkerque, ArcelorMittal et amiante : les faits et les suites

Au printemps 2023, après l’incendie du haut fourneau numéro 4 sur le site d’ArcelorMittal à Dunkerque, l’inspection du travail a recensé 393 personnes exposées, dont 85 travailleurs d’entreprises externes en exposition directe et 308 salariés d’ArcelorMittal en exposition indirecte. Selon ses conclusions, « le risque d’exposition des travailleurs à l’amiante était avéré et connu du donneur d’ordre, qui connaissait ses obligations et ses installations », a indiqué l’Inspection du travail, citée par Le Figaro.

Un procès verbal clos le 19 juin a été transmis au parquet de Dunkerque « en vue d’éventuelles poursuites pénales ». Le groupe a expliqué que dès le lendemain de l’incendie, « des travaux très importants ont démarré » dans un contexte « de risques majeurs » : risque d’explosion, d’écroulement, et émissions persistantes de monoxyde de carbone. « Dans l’urgence, il a été procédé à des travaux de démontage sur des structures métalliques endommagées par l’incendie. Certaines de ces structures étaient revêtues de peintures très anciennes ». Après analyse, ces peintures comprenaient « 2% d’amiante ». À cette occasion, « certains des salariés d’entreprises intervenantes ont pu être exposés à des poussières contenant potentiellement de l’amiante présent dans les peintures », reconnaît ArcelorMittal. Le sidérurgiste affirme avoir « immédiatement arrêté le chantier », puis repris les travaux dans « les conditions réglementaires requises ».

Santé : les effets de l’exposition à l’amiante

Toutes les variétés d’amiante sont classées cancérogènes pour l’Homme. L’inhalation de fibres peut provoquer un cancer du poumon et un mésothéliome de la plèvre, avec un temps de latence long, souvent de 20 à 40 ans. Le CIRC a aussi établi un lien avec des cancers du larynx et de l’ovaire. En France, environ 1 100 mésothéliomes sont déclarés chaque année, majoritairement d’origine professionnelle, avec un âge moyen au diagnostic de 73 ans et une latence de 40 à 50 ans. Pour le poumon, 10 à 15 % des cas seraient liés à une exposition professionnelle à l’amiante, selon Santé publique France.

D’autres pathologies non cancéreuses existent : asbestose en cas d’exposition prolongée, plaques pleurales, pleurésies et épaississements pleuraux avec toux, douleurs thoraciques et gêne respiratoire. Les travailleurs restent la population la plus exposée, compte tenu des interventions sur matériaux amiantés encore présents dans de nombreux bâtiments construits avant 1997. L’Anses rappelle que l’exposition peut aussi survenir par ingestion via de l’eau contaminée, même si l’inhalation demeure la voie principale.

RAT, VLEP et recours après exposition : que prévoit la loi ?

En France, l’usage de l’amiante est interdit depuis 1997. Pour le travail, le décret 2012 639 encadre la prévention et fixe la VLEP 10 f/L sur 8 heures, impose les mesurages en META, la notion de processus, la certification des entreprises de retrait sous section 3 et des exigences renforcées en protections collectives et individuelles. Le repérage amiante avant travaux, le repérage amiante avant travaux (RAT), est imposé par le décret 2017 899 pour les opérations sur ouvrages construits avant 1997. Un arrêté du 4 juin 2024 étend ce dispositif aux ouvrages autres que bâtis avec une entrée en vigueur au 1er juillet 2026. Pour les jeunes et les travailleurs temporaires, les activités susceptibles d’émettre des fibres sont interdites.

Après une exposition, des démarches existent pour la santé et les droits sociaux. Le ministère de la Santé prévoit un suivi post professionnel pris en charge, la reconnaissance en maladie professionnelle via l’assurance maladie et, le cas échéant, une indemnisation par le FIVA. Pour s’orienter rapidement, voici les gestes clés à enclencher sans tarder :

  • Consulter le médecin traitant et faire mentionner l’exposition au dossier ; demander un suivi post professionnel.
  • Déclarer l’événement à l’employeur et au service de santé au travail, conserver tout justificatif de chantier et de tâches réalisées.
  • Vérifier qu’un repérage amiante avant travaux a été effectué et demander les mesures d’empoussièrement disponibles.
  • Engager, si nécessaire, une demande de reconnaissance en maladie professionnelle auprès de la caisse d’assurance maladie.
  • Constituer un dossier d’indemnisation auprès du FIVA en cas de pathologie liée à l’amiante.
  • Se rapprocher des représentants du personnel ou d’un conseil pour examiner d’éventuels manquements règlementaires.

Selon l’Anses, entre 1 et 2 millions de travailleurs ont pu être potentiellement exposés parmis les activités d’entretien et de maintenance. Les obligations de prévention incombent au donneur d’ordre comme à l’employeur, avec des contrôles de l’inspection du travail et des suites pénales possibles en cas de manquements, dans le respect des textes en vigueur.