Hausse des taxes aériennes en France, recul en Allemagne : quel impact sur le secteur et les prix des billets ?

Par Paul Graph - Publié le

La France augmente la taxe sur les billets d'avion, tandis que l'Allemagne recule. Quels impacts pour le secteur aérien européen et ses acteurs clés ?

Hausse des taxes aériennes en France, recul en Allemagne : quel impact sur le secteur et les prix des billets ?

Hausse d’un côté, recul de l’autre. En quelques mois, la fiscalité appliquée au ciel européen a pris deux trajectoires opposées, sous la pression du prix des billets, des équilibres budgétaires et d’un secteur encore convalescent.

En France, la TSBA a été relevée depuis le 1er mars 2025, tandis que l’Allemagne annonce un retour en arrière dès le 1er juillet sur la taxe sur les billets d’avion décidée en 2024. Deux cap pour un même enjeu. Et des effets bien concrets à la clé.

France, TSBA en hausse ; en Allemagne, Friedrich Merz recule sur la taxe aérienne

Côté français, le relèvement du barème s’applique selon la distance et la classe de voyage. En classe économique, les montants sont désormais de 7,40 € pour un vol en France ou en Europe, 15 € vers des destinations intermédiaires et 40 € vers des destinations lointaines. Les billets avec services additionnels montent à 30 €, 80 € et 120 € selon la distance, et l’aviation d’affaires est fortement rehaussée. Suivant la politique tarifaire, certaines compagnies peuvent absorber tout ou partie de cette hausse sans la répercuter sur le prix final.

« Nous avons décidé de revenir sur l’augmentation des taxes sur le transport aérien décidée en 2024 à partir du 1er juillet », a déclaré Friedrich Merz lors d’un point presse organisé à l’issue du comité de coalition, selon BFMTV. Cette marche arrière doit soulager le secteur à hauteur d’environ 350 millions d’euros. « Nous voulons avant tout veiller à ce que l’industrie du transport aérien en Allemagne reprenne de l’élan et connaisse une reprise », a-t-il justifié. Le chancelier a aussi souligné que l’Allemagne est « le seul pays en Europe, et au-delà, à ne pas encore avoir retrouvé les chiffres de trafic que nous avions avant la pandémie », en référence à un trafic encore sous les niveaux d’avant Covid. Pour mémoire, la hausse de mai 2024 avait porté la taxe à 15,53 € sur les vols de courte distance, 39,34 € sur les distances intermédiaires et 70,83 € sur les lointaines, pour une recette d’environ 1,9 milliard d’euros en 2024. Eurowings et Ryanair avaient alors envisagé de supprimer des liaisons, jugeant la fiscalité excessive.

Prix des billets, connectivité, tourisme : l’impact pour le secteur aérien

Le relèvement français agit comme un signal-prix. « Bien qu’elle a été revue un peu à la baisse, soit 100 millions d’euros de manque à gagner par rapport à la version du gouvernement, cela reste une mesure très positive, d’un niveau inédit, qui va dans le bon sens. C’est le signe d’une ouverture d’esprit sur la possibilité d’avoir une action fiscale sur ce secteur », a indiqué Jérôme Du Boucher, responsable aviation de Transport & Environnement France. « Le design de la taxe reflète les émissions en fonction de la distance : plus on voyage loin, plus les émissions sont élevées, donc c’est normal et positif de refléter cet impact climatique sur le niveau de la taxe appliquée ». Et d’appeler à des ajustements réguliers pour neutraliser l’effet rebond lié aux avions plus économes : « A minima, il faudrait que la fiscalité s’adapte à cet effet rebond, chaque année ».

Face à cela, les organisations professionnelles alertent sur la compétitivité et la connectivité des territoires. La FNAM estime que le transport aérien français devient l’un des plus taxés d’Europe, pointe une érosion de parts de marché sur vingt ans et redoute la « disparition de pans entiers du transport aérien » si la charge fiscale s’alourdit encore, parmis d’autres mesures. Sur le front du tourisme, le ministre Serge Papin a temporisé la tentation d’un relèvement de la taxe de séjour : « A l’instar d’autres secteurs économiques, les PME/TPE du tourisme ont besoin de stabilité. Nous devons à nos entreprises, toutes nos entreprises, celles du tourisme ne font pas exception, un budget qui les sortent de l’incertitude », a-t-il déclaré, en rappelant que le gouvernement est « défavorable à toute modification anticipée » de cette taxe. La Confédération des acteurs du tourisme prévient pour sa part : « Toute nouvelle augmentation de la taxe de séjour se répercutera inéluctablement sur le coût du séjour des touristes étrangers ou domestiques, avec pour effet, soit d’encourager ces derniers à visiter des destinations moins chères à l’étranger, soit d’éloigner des vacances les Français les plus modestes ».