Faux commandant de bord sur A320 : comment un pilote sans diplôme a trompé le système de sécurité aérien

Par Paul Graph - Publié le

Un faux commandant de bord a piloté des A320 en Europe grâce à des documents falsifiés. L'enquête révèle des failles critiques dans le processus de recrutement aérien.

Faux commandant de bord sur A320 : comment un pilote sans diplôme a trompé le système de sécurité aérien

Un faux commandant de bord a réussi à prendre les commandes d’Airbus A320 à travers l’Europe. L’homme, dont l’identité n’a pas été révélée, aurait obtenu un poste de capitaine grâce à des documents falsifiés, alors qu’il n’avait que l’expérience de copilote et sans le diplome requis.

Le dossier a déclenché une enquête interne et la suspension de l’intéressé depuis l’été. Derrière l’affaire, une même question revient, nette : où la chaîne de contrôle a-t-elle cédé ?

Faux commandant de bord A320 : ce que l’enquête a déjà établi

Les premiers éléments font état d’un ex-copilote promu au siège gauche sans les certificats nécessaires. Il aurait ainsi pris les commandes d’appareils pour plusieurs compagnies, dont Eurowings, l’été dernier, via la lituanienne Avion Express, prestataire d’avions et d’équipages clé en main en période de pointe.

« Nous avons soumis la question à nos experts en sécurité pour un examen plus approfondi. Nous ne disposons actuellement d’aucune information supplémentaire », a réagi l’opérateur allemand, cité par BFMTV. De son côté, Avion Express précise : « nous pouvons confirmer que la personne en question était un ancien pilote qui travaillait pour notre entreprise. Récemment, l’entreprise a eu connaissance d’informations non vérifiées concernant son expérience professionnelle. Une enquête interne a immédiatement été ouverte et est toujours en cours », a indiqué la compagnie. Elle insiste par ailleurs sur ses standards : « La sécurité et la conformité demeurent nos priorités absolues », a ajouté la compagnie.

Recrutement aérien : où la chaîne de contrôle peut casser

Le schéma d’exploitation utilisé ici, l’ACMI (avions et équipages fournis à d’autres compagnies, souvent dans des délais très courts lors des pics saisonniers), multiplie les interfaces de contrôle : l’opérateur qui embauche, le client qui reçoit l’équipage, et l’écosystème réglementaire. Si l’homme était bien copilote, il ne possédait pas les certificats nécessaires pour être commandant de bord ; la falsification présumée interroge donc la validation des dossiers, la vérification de l’expérience déclarée et la dernière boucle d’acceptation avant affectation sur ligne.

Cette question des contrôles documentaires et des accès ne touche pas que le recrutement des pilotes. Plus tôt dans l’année, un homme de 35 ans, originaire du sud de la Floride, a été condamné pour avoir réservé frauduleusement plus de 120 vols gratuits en se faisant passer pour un agent de bord, parfois un pilote, de sept compagnies aériennes du pays. Il avait exploité des failles dans les systèmes des compagnies en fraudant la plateforme de réservations destinée au personnel, l’utilisant pour embarquer sans payer entre 2018 et 2024. Ici, comme dans l’affaire du faux commandant de bord, le maillon faible se niche dans l’authenticité des justificatifs et la robustesse des sas d’entrée. La suite dépendra des conclusions des audits lancés, et des mesures correctives promises.