Budget de la Sécu 2026 : suspension des retraites, déficit record et tensions au Sénat, quel avenir pour la réforme ?

Par Paul Graph - Publié le

Le budget de la Sécurité sociale 2026, envoyé au Sénat sans vote, s'éloigne de la cible de déficit initiale. Quelles conséquences pour les retraites et les prestations?

Budget de la Sécu 2026 : suspension des retraites, déficit record et tensions au Sénat, quel avenir pour la réforme ?

Minuit passé et rideau tombé sur l’Hémicycle. Le budget de la Sécurité sociale 2026 a filé au Sénat sans vote, avec une copie déjà remaniée par les députés et une trajectoire financière qui s’éloigne de la cible affichée par l’exécutif.

Au centre du jeu, des choix lourds : suspension de la réforme des retraites jusqu’en 2028, rejet du gel des pensions et prestations, rallonge pour l’hôpital et nouvelle recette sur le capital. Autant de décisions qui redessinent à la fois les rapports de force et les chiffres. La suite se jouera au Palais du Luxembourg.

PLFSS 2026, article 47-1 et navette au Sénat

Tout juste après minuit, le ministre des Relations avec le Parlement a refermé la séquence à l’Assemblée, en s’appuyant sur le délai de vingt jours prévu par l’article 47-1 de la Constitution. « Prolonger nos débats sur le PLFSS ne pourrait se faire qu’au détriment de la navette parlementaire et des conditions d’examen par le Sénat », a déclaré Laurent Panifous, selon LCP. Près de 200 amendements restaient encore à examiner, le texte part donc au Sénat dans sa version modifiée par les votes des députés.

Les réactions ont fusé. « Le 47-1 [de la Constitution] est un 49.3 déguisé », a lancé Mathilde Panot. Olivier Faure a salué une « victoire importante », quand la France insoumise a dénoncé un simple décalage sur les retraites. À gauche, socialistes et écologistes ont majoritairement soutenu la suspension, les insoumis et communistes s’y sont opposés. Le camp présidentiel s’est fracturé, tout comme Les Républicains. Le bras de fer institutionnel est bien engagé.

Déficit à 24,3 milliards, retraites et recettes : l’équation 2026

Sur le plan budgétaire, l’atterrissage s’éloigne de l’objectif. Après son passage à l’Assemblée, le déficit de la Sécu atteindrait environ 24,3 milliards d’euros, contre une cible initiale de 17,5 milliards d’euros en 2026. Dans le détail, les députés ont réduit de 4,8 milliards les recettes attendues et augmenté de 3,8 milliards les dépenses, soit 8,6 milliards supplémentaires à compenser, moins 1,8 milliard de transfert de l’État, pour un alourdissement net de 6,8 milliards. La suspension de la réforme des retraites alourdirait la note de 300 millions en 2026 et 1,9 milliard en 2027. Le rejet du gel des prestations et pensions prive la Sécu de 2,5 milliards supplémentaires. En parallèle, une hausse de CSG sur les revenus du capital a été votée pour apporter 2,8 milliards de recettes, tandis que l’Ondam a été relevé d’un milliard, dont 850 millions pour les hôpitaux. À noter : le doublement des franchises médicales demeure possible par décret.

Le Sénat, à majorité droite et centre, annonce une opération de « nettoyage » pour revenir vers la cible, avec la volonté de rétablir la réforme des retraites de 2023 et de remettre sur la table le gel des prestations en 2026. L’examen démarre en commission dès la fin de semaine, avant l’hémicycle. Reste une inconnue politique et financière de taille : trouver un accord d’ici le 31 décembre, sous peine de remettre en cause l’équilibre global du PLFSS 2026 dans un calendier déjà contraint par le gouvernment et la navette parlementaire.