JD.com s'invite chez Fnac Darty : comment la France compte encadrer l'influence chinoise dans la distribution
JD.com s'invite dans le secteur français de la distribution avec une participation de 22% dans Fnac Darty. Bercy active ses outils pour encadrer cette influence.

Un géant du commerce en ligne s’invite au cœur de la distribution française. En héritant d’une participation de 22 % dans Fnac Darty via le rachat de l’allemand Ceconomy, JD.com avance ses pions dans un marché sous tension, où les plateformes asiatiques bousculent déjà les équilibres. Valorisé à 159 milliards de dollars, soit environ 147 milliards d’euros, le groupe chinois accélère aussi côté offre avec Joybuy, actif aujourdhui en France.
Face à cette montée en puissance, l’État affûte ses outils. À Paris, Bercy enclenche un contrôle au titre des Investissements étrangers en France (IEF), tandis qu’à Berlin l’examen se poursuit autour de Ceconomy. Un cadre se dessine, au millimètre.
Bercy, IEF et l’arrivée de JD.com chez Fnac Darty
JD.com a annoncé avoir sécurisé 70 % du capital de Ceconomy, qui détient 22 % de Fnac Darty depuis 2017. Le premier actionnaire du distributeur reste Daniel Kretinsky, avec 29 %. En parallèle, le ministère français de l’Économie a demandé au groupe chinois de déposer une demande formelle d’IEF, procédure enclenchée pour encadrer toute influence de fait dans la gouvernance d’un acteur clef de la distribution.
Le climat interne est électrique. Son directeur général, Enrique Martinez, « n’est pas du tout ravi », de l’arrivée de JD.com, estime un de ses proches, selon BFM Business. La demande d’IEF sera déposée dans les prochains jours et durera trois mois, une fenêtre pensée pour examiner la structure capitalistique, le poids réel en assemblée générale et les intentions industrielles du nouvel entrant.
Conditions, calendrier et contrepoids : les leviers de l’État
Au-delà d’un feu vert ou d’un veto, l’IEF permet d’imposer des engagements contraignants. « Bercy veut engager un rapport de force pour les pousser à revendre leur participation à terme », explique une source proche du dossier. Dans l’immédiat, l’autorisation pourrait être assortie de conditions sur l’emploi et l’origine des produits vendus chez Fnac Darty, afin d’éviter un basculement massif vers des références importées. « Nous serons très ferme, assure-t-on à Bercy. Et extrêmement sensibles à ce que les biens électroménagers fabriqués en France continuent à être produits sur le territoire. » En dernier recours, la puissance publique pourrait mobiliser Bpifrance pour peser face au nouvel actionnaire.
Le décor concurrentiel ajoute une pression politique. Après Temu, Shein et Aliexpress, JD.com pousse Joybuy en Europe, avec une offre large pour rivaliser avec Amazon. En France, l’ouverture annoncée d’un magasin Shein au BHV et un partenariat logistique entre La Poste et Temu ont ravivé les critiques de concurrence jugée inéquitable. Côté allemand, l’examen gouvernemental suit son cours, avec un argument glissé par une source du dossier : « Nous ne sommes ni une industrie de pointe ni un distributeur stratégique avec des risques pour la souveraineté alimentaire par exemple », précise une source proche du dossier. Reste une question, très simple : jusqu’où l’État ira pour calibrer l’influence de JD.com sans fermer la porte aux capitaux étrangers.







