Retraites : le COR double son déficit prévu pour 2070 et évoque un âge de départ proche de 68 ans, voici les générations les plus menacées
En un an, le Conseil d’orientation des retraites a doublé son estimation de déficit pour 2070, à 2,4 % du PIB, sur fond de natalité en berne. Que révèlent ces chiffres sur l’avenir du système et votre futur âge de départ ?

Le dossier des retraites françaises, déjà au coeur d’une réforme houleuse en 2023 puis d’une suspension partielle en 2026, revient sur la table avec des chiffres revus à la hausse. Dans une version quasi définitive de son rapport annuel, que ses 41 membres doivent valider mi-juin 2026, le Conseil d’orientation des retraites anticipe un déséquilibre bien plus durable du système par répartition. L’instance ne parle pas encore de faillite, mais d’un besoin de financement appelé à se maintenir pendant plusieurs décennies. De quoi relancer les interrogations sur le niveau des pensions, la durée de cotisation et l’âge de départ des générations à venir.
Selon ce projet de rapport, le besoin de financement du système à l’horizon 2070 atteindrait désormais 2,4 % du PIB, contre 1,4 % du PIB dans le baromètre 2025. À plus court terme, la trajectoire ne bouge pas : les prévisions de déficit restent stables pour 2030 et 2045. Mais au-delà, la courbe se creuse nettement, avec un système qui resterait durablement dans le rouge à la fin du siècle si rien n’était modifié. De quoi installer la question du financement des retraites au long cours au coeur des débats politiques à venir.
Déficit des retraites 2070 : ce que change la nouvelle prévision du COR
Le Conseil d’orientation des retraites distingue trois horizons pour lire ce futur déficit. À l’horizon 2030, le système resterait proche de l’équilibre, avec un manque de 0,2 % du PIB, puis de 0,9 % du PIB en 2045, des niveaux inchangés par rapport au rapport de 2025. C’est en 2070 que la révision est brutale : le déficit projeté gagne un point de PIB par rapport aux estimations précédentes. En un an, les mêmes hypothèses économiques aboutissent donc à un scénario bien plus sombre pour la fin du siècle. La suspension partielle de la réforme de 2023, qui représente un coût d’environ 1,8 milliard d’euros par an pour le système de retraites, est elle aussi prise en compte dans ces calculs.
Cette dégradation vient d’abord d’un choc démographique. Le taux de fécondité retenu pour les décennies à venir passe en effet de 1,8 à 1,45 enfant par femme, un niveau historiquement bas alors que le seuil de renouvellement des générations se situe autour de 2,1. Concrètement, moins de naissances aujourd’hui signifie moins de cotisants dans vingt ou trente ans, au moment où les classes d’âge les plus nombreuses arriveront à la retraite. Les plus de 65 ans pourraient alors représenter près d’un tiers de la population française en 2070, ce qui accroît mécaniquement la pression sur le financement des pensions.
Âge de départ, Agirc-Arrco, natalité : comment le COR imagine de combler le déficit
Pour limiter cette dérive, le Conseil d’orientation des retraites met en avant un scénario où l’équilibre serait assuré uniquement en jouant sur l’âge de départ. « Dans le scénario de référence, l’équilibre structurel annuel du système de retraite jusqu’en 2070 pourrait être assuré par le seul levier de l’âge de départ à la retraite. Cela impliquerait de porter l’âge moyen de départ à 64,4 ans en 2030, 65,8 ans en 2045 et 67,6 ans en 2070 », avance le Conseil d’orientation des retraites dans ce projet de rapport annuel, cité par Franceinfo. Dans son rapport 2025, l’instance tablait encore sur un âge moyen de départ de 66,5 ans en 2070, ce qui illustre l’ampleur de la révision en seulement douze mois. Le gouvernement, de son côté, répète qu’il ne veut pas augmenter les cotisations, de peur d’alourdir le coût du travail ou de rogner le pouvoir d’achat des actifs. Concrètement, si cette trajectoire se matérialisait, l’impact ne serait pas le même selon votre génération :
- les 20-35 ans d’aujourd’hui seraient les plus exposés à un possible âge moyen de départ autour de 67 ans et plus ;
- les 35-50 ans verraient davantage se jouer leur future retraite dans les arbitrages politiques des dix à vingt prochaines années ;
- les 50-60 ans seraient surtout concernés par les paramètres déjà votés, avec des ajustements plus limités à long terme.
Dans le même temps, d’autres paramètres pèsent sur la facture des retraites. Les partenaires sociaux qui gèrent le régime complémentaire Agirc-Arrco ont adopté un accord national interprofessionnel le 5 octobre 2023, qui prévoit à partir de 2038 des règles de revalorisation qualifiées de « plus favorables » par le Conseil d’orientation des retraites, avec des pensions mieux indexées sur l’inflation. Ces choix augmentent les dépenses du complémentaire et dégradent le solde global du système. Le Conseil d’orientation des retraites intègre aussi un solde migratoire net porté à 150 000 entrées par an et une progression de l’espérance de vie un peu moins rapide qu’anticipé, des éléments qui apportent des cotisants supplémentaires et limitent légèrement la durée de versement des pensions. L’institution rappelle toutefois que « les évolutions de la natalité au-delà de vingt ans demeurent difficiles à anticiper », soulignant que ces scénarios de long terme restent très incertains et que les trajectoires financières pourront être revue dans les prochains rapports.
En bref
- À la mi-juin 2026, le Conseil d’orientation des retraites présente un rapport où le besoin de financement atteint 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % un an plus tôt.
- Cette révision s’explique par une natalité plus faible, des pensions complémentaires Agirc-Arrco revalorisées et des hypothèses démographiques ajustées, qui creusent durablement le déficit.
- Entre scénario d’âge moyen de départ à 67,6 ans et autres leviers possibles, le COR esquisse un débat explosif sur l’avenir du système pour les générations actuelles.









