Retraites et minima sociaux 2026 : ce rejet surprise à l’Assemblée nationale sauve votre pouvoir d’achat mais fait exploser le budget de la Sécu
Le 5 décembre, l’Assemblée nationale a enterré le gel des pensions de retraite et des minima sociaux prévu dans le budget de la Sécurité sociale. Vos revenus seront réindexés en 2026, mais à quel prix pour les comptes déjà fragiles de la Sécu ?

Le spectre d’une année blanche 2026 planait depuis des semaines sur les retraités et les allocataires de minima sociaux. Au cœur du budget de la Sécurité sociale, le projet de gel des pensions de retraite et des minima sociaux faisait craindre un coup de frein brutal au pouvoir d’achat, déjà malmené par la hausse des prix.
Ce scénario vient d’être balayé à l’Assemblée nationale, qui a rejeté une nouvelle fois cette mesure explosive, le 5 décembre, par 197 voix contre 84. Les pensions de base et les principales prestations resteront indexées sur l’inflation en 2026, mais ce rétropédalage politique laisse derrière lui un trou financier et beaucoup de tensions pour la suite.
Gel des pensions et minima sociaux : une « année blanche » stoppée net à l’Assemblée
Dans son texte initial de projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), le gouvernement prévoyait de geler en 2026 l’ensemble des pensions de retraite et des prestations sociales habituellement revalorisées, du RSA aux allocations familiales. Objectif affiché : environ 2,5 milliards d’euros d’économies pour la Sécurité sociale et jusqu’à 3,6 milliards pour les comptes publics. Les députés avaient déjà largement rejeté ce gel en novembre, avant que le Sénat ne tente de le rétablir en version atténuée, en épargnant seulement les pensions inférieures à 1 400 euros par mois. Vendredi soir, l’Assemblée a tranché en deuxième lecture : la suppression de la mesure a été adoptée par 197 voix contre 84, annulant la position du Sénat et fermant la porte à toute « année blanche » sur les retraites de base et la plupart des aides sociales.
Le gouvernement a essayé in extremis de sauver un gel plus ciblé, en protégeant les petites pensions sous un certain seuil, sans réussir à rallier une majorité. La cheffe des députés Rassemblement national, Marine Le Pen, a dénoncé une « La désindexation, c’est la violation de la loi », citée par La Tribune. Le chef des députés Les Républicains, Laurent Wauquiez, a enchaîné : « Les retraites ne sont pas un privilège. C’est le fruit d’une vie de travail de gens qui ont cotisé », en appelant à plutôt « faire des économies sur la dépense publique ». Pour la députée socialiste Sandrine Runel, une « année blanche » n’est « blanche que pour les puissants et les fortunés », mais elle est « noire pour les familles, pour les jeunes, les retraités et tous nos concitoyens les plus précaires ». Face à cette fronde, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’était pourtant dit « favorable à regarder l’ensemble des amendements qui viendront dégeler les pensions de retraite » et des « minima sociaux » fin octobre, sans parvenir à éviter la défaite parlementaire.
Ce que le dégel change pour vos revenus… et pour le budget de la Sécu
Le rejet du gel signifie que le principe d’indexation des pensions de base et des minima sociaux sur l’inflation reste en vigueur pour 2026. Les experts cités dans le débat évoquent une revalorisaion technique autour de 1 % en janvier 2026. Pour une retraite moyenne de 1 692 euros nets, cela représenterait environ 11 euros de hausse par mois. Ce maintien de la revalorisation concerne les pensions de base versées par la Sécurité sociale et les principaux minima sociaux comme le RSA ou l’allocation adulte handicapé. En revanche, les retraites complémentaires Agirc-Arrco ont leurs propres règles : leur éventuelle hausse dépendra d’accords entre partenaires sociaux, l’État n’ayant pas la main sur ce levier. Selon les chiffres mis en avant par l’opposition, 17 millions de retraités et 13,8 millions de foyers percevant des prestations sociales évitent ainsi une perte sèche de pouvoir d’achat, alors que 34 % des retraités touchent moins de 1 000 euros par mois et auraient pu perdre autour de 300 euros dès 2026.
Ce répit pour les ménages a un coût pour les finances publiques. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, estime que le déficit de la Sécurité sociale pour 2026 est désormais virtuellement porté à 22,5 milliards d’euros, alors que la cible fixée par l’exécutif était de 20 milliards. Les milliards d’économies espérés à moyen terme s’évaporent aussi : le gouvernement comptait sur une sous-indexation prolongée pour réduire la facture en 2027, 2028 et 2029, avec des montants d’économies de 3,8 milliards, 4,9 milliards puis 6,1 milliards d’euros. Dans le même temps, les députés ont rétabli la suspension de la réforme des retraites, repoussant à janvier 2028 l’application de l’âge légal de départ à 64 ans. Le groupe Horizons s’inquiète déjà que « le grand perdant de ce jeu politique » soit le budget de la Sécu, et le vote final du PLFSS, attendu mardi, s’annonce comme une nouvelle étape d’un bras de fer où retraites, minima sociaux et équilibre des comptes resteront au cœur des discussions.
En bref
- Le 5 décembre, l’Assemblée nationale a rejeté par 197 voix contre 84 le gel des pensions de retraite et des minima sociaux prévu dans le budget 2026 de la Sécurité sociale.
- Les pensions de base et principales prestations sociales resteront indexées sur l’inflation en 2026, quand les retraites complémentaires Agirc-Arrco demeurent sous incertitude.
- Ce dégel soulage 17 millions de retraités mais creuse le déficit de la Sécu à 22,5 milliards d’euros, ouvrant la voie à de futurs arbitrages sensibles sur retraites et fiscalité.








