Loi spéciale 2025 adoptée en urgence : ce gel du barème qui fera payer plus d'impôts à 200 000 foyers modestes et classes moyennes, êtes-vous concerné ?

Par Paul Graph - Publié le

Faute de budget 2026 adopté à temps, une loi spéciale gèle le barème de l’impôt sur le revenu pour tous les Français. Salariés modestes et classes moyennes seront les premiers touchés : 200 000 foyers pourraient voir leur note grimper, êtes-vous concerné ?

Loi spéciale 2025 adoptée en urgence : ce gel du barème qui fera payer plus d’impôts à 200 000 foyers modestes et classes moyennes, êtes-vous concerné ?

Une loi adoptée en urgence, quelques jours avant la fin de l’année, pour éviter que l’État ne se retrouve sans budget au 1er janvier et d’écarter le spectre d’un « shutdown » à l’américaine : la loi spéciale validée par les députés et sénateurs le 23 décembre 2025 s’applique désormais à tous les contribuables français. Issue d’une impasse sur le projet de loi de finances 2026, elle permet à l’administration de continuer à lever les impôts et à payer les fonctionnaires, les retraites et les dépenses courantes, dans le cadre exceptionnel prévu par l’article 47 de la Constitution.

Concrètement, ce texte de « service minimum » reconduit temporairement le budget 2025, sans y toucher. Pas de nouvelles dépenses, pas de nouvelles baisses d’impôt, mais un effet secondaire bien réel : le barème de l’impôt sur le revenu reste figé, alors même que les salaires ont augmenté avec l’inflation. « La loi spéciale n’est pas un budget, c’est un service minimum qui ne peut pas durer sans conséquences lourdes sur la vie du pays et des Français », a déclaré Amélie de Montchalin sur BFMTV. Derrière cette mécanique technique, ce sont près de 200 000 foyers qui vont payer plus, ou entrer dans l’impôt pour la première fois. Reste à savoir quels profils seront les plus touchés.

Gel du barème : comment la loi spéciale fait grimper l’impôt sur le revenu

En temps normal, le barème de l’impôt sur le revenu est revalorisé chaque année pour suivre l’inflation : les seuils d’entrée dans chaque tranche montent à peu près au même rythme que les prix. Avec la loi spéciale, rien ne bouge : les tranches de 2025 s’appliquent aux revenus 2026, alors même que beaucoup de salariés ont obtenu une hausse pour compenser la vie plus chère. « Le barème de l’impôt ne pourra pas être ajusté en fonction de l’inflation donc, mécaniquement, certains ménages vont entrer dans l’impôt ou vont connaître une augmentation de leur imposition », confirme à TF1 Stéphanie Villers, économiste PWC France. Pour l’État, cette hausse silencieuse représente environ 1,9 milliard d’euros de recettes supplémentaires d’impôt sur le revenu, et près de 2,2 milliards d’euros en incluant la CSG, selon les estimations de Bercy.

Au total, près de 200 000 foyers fiscaux sont concernés par ce « glissement de tranche » : des ménages jusque-là non imposables qui franchissent le seuil d’entrée, et d’autres qui changent de tranche ou voient simplement leur note grimper alors que leur pouvoir d’achat n’a pas vraiment augmenté. Le texte « permet au fond de limiter le bon gras, mais elle laisse prospérer le mauvais gras et le risque de dégradation du déficit », a résumé Roland Lescure, ministre de l’Économie, cité par Boursorama. Derrière la formule, ce sont surtout les salariés aux revenus modestes et les classes moyennes dont le salaire a suivi l’inflation qui se retrouvent ciblés. Concrètement, plusieurs profils se retrouvent exposés :

  • Les foyers jusqu’ici non imposables dont le revenu a légèrement dépassé le seuil d’entrée dans l’impôt grâce à une hausse de salaire liée à l’inflation.
  • Les ménages déjà imposés qui, à revenu réel quasi stable, passent dans la tranche supérieure ou voient leur impôt augmenter au sein de la même tranche.
  • Les salariés proches du SMIC ou des revenus moyens, célibataires ou en couple, dont la rémunération a été revalorisée sans que le barème suive.

Perdants, épargnés : quels Français face à la loi spéciale ?

Si cette hausse touche en priorité ces contribuables, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.  » Les retraités, mécaniquement, auront leur pension qui sera intégralement indexée », confie Nicolas Doze, éditorialiste économie sur LCI. « Tous les riches aussi, ces grandes entreprises qui auraient dû être visées par des taxes », précise-t-il, avant de mentionner les patients qui « n’auront pas de doublement de franchise médicale ». Les retraités voient donc leurs pensions suivre l’inflation, quand certaines grandes entreprises échappent à de nouveaux prélèvements qui auraient pu être décidés dans un budget classique.

Pour savoir si vous risquez de faire partie des 200 000 foyers concernés, il faut surtout regarder l’évolution de vos revenus entre 2024 et 2025 puis 2026 : si votre salaire a été revalorisé et que vous étiez proche d’un seuil de tranche, votre impôt sur le revenu pourrait grimper, voire apparaître pour la première fois lors de la déclaration du printemps 2026. L’exécutif espère faire voter un véritable budget en janvier 2026 pour rétablir une trajectoire plus claire, mais en attendant, cette loi spéciale s’applique pleinement et chaque avis d’imposition permettra d’interroger concrètement son effet sur votre foyer, quitte à l’interoger de très près.

En bref

  • Adoptée le 23 décembre 2025, la loi de finances spéciale 2026 prolonge le budget 2025 pour assurer la continuité des services publics et du prélèvement de l’impôt sur le revenu.
  • En figeant le barème de l’impôt sur le revenu alors que les salaires suivent l’inflation, le dispositif fait entrer environ 200 000 foyers dans l’impôt ou augmente leur note fiscale.
  • Salariés modestes et classes moyennes, particulièrement ceux proches d’un seuil de tranche, doivent désormais examiner l’évolution de leurs revenus et de leur avis d’imposition pour mesurer l’impact réel de cette loi spéciale.