Michelin : ce don surprise de 4,3 millions d'euros à l'État pour un crédit d'impôt CICE de 2015 qui fait polémique, 10 ans après la fermeture de l'usine
En décembre 2025, Michelin a versé 4,3 millions d’euros à l’État sous forme de don pour solder un crédit d’impôt lié à son ex-usine de La Roche-sur-Yon. Derrière ce geste présenté comme volontaire, quelles pressions et quels enjeux entourent réellement ce remboursement tardif ?

Un géant du CAC 40 qui signe un chèque de plusieurs millions au Trésor public, sans décision de justice ni redressement fiscal : le scénario est inhabituel. C’est pourtant ce qui vient de se produire avec Michelin, qui a versé à l’État un don de 4,3 millions d’euros en décembre 2025. Un versement présenté comme un « geste » de la part du leader mondial du pneumatique, bien que rien, juridiquement, ne l’y contraigne. Reste à comprendre pourquoi cette somme est revenue, dix ans plus tard, dans les caisses publiques.
Selon le Journal officiel, « Est accepté le don d’une somme d’argent d’un montant de 4 300 000 euros, effectué par virement bancaire en date du 11 décembre 2025, consenti au ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique par la Manufacture française des pneumatiques Michelin ». L’opération, révélée le 26 décembre par BFM TV et détaillée par Capital, est qualifiée de « volontaire et exceptionnelle ». Ce don doit solder un crédit d’impôt accordé dix ans plus tôt à l’entreprise pour un site aujourd’hui fermé. Une histoire dont les premières lignes remontent à 2015, autour du dispositif CICE et de l’usine de La Roche-sur-Yon.
Un don de 4,3 millions d’euros de Michelin pour solder un CICE de 2015
Instauré pour alléger le coût du travail et encourager l’investissement, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi a largement profité au groupe clermontois. En 2015, Michelin a bénéficié d’un crédit d’impôt de 4,3 millions d’euros fléché vers son usine de La Roche-sur-Yon, en Vendée. D’après les documents internes présentés par le groupe, cette enveloppe a servi à financer des machines et la modernisation d’ateliers sur ce site de fabrication de pneus poids lourds. L’objectif affiché, à l’époque, était d’ancrer l’activité en France grâce à ces investissements financés en partie par l’argent public.
Dans les années qui ont suivi, le projet industriel a pourtant changé de trajectoire. Annoncée en 2019, puis effective en 2020 selon les calendriers transmis aux représentants du personnel, la fermeture du site vendéen a entraîné le transfert de plusieurs équipements vers d’autres usines du groupe. Certaines machines ont pris la direction de l’Espagne, d’autres de sites situés en Europe de l’Est, un point déjà signalé par la presse au moment de la fermeture, à partir d’équipements initialement financés par ce crédit d’impôt. Ce décalage entre l’objectif du dispositif et le sort réel de l’investissement a rapidement nourri le malaise autour de ce dossier.
Pressions autour du CICE et situation économique de Michelin
Ce malaise a trouvé un relais politique lors de la commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises, dont les travaux ont été publiés à l’été 2025. Les rapporteurs se sont penchés sur le cas de ce crédit d’impôt de 4,3 millions d’euros non restitué dix ans après, demandant à Michelin un remboursement du CICE à taux zéro. Auditionné au Palais du Luxembourg, le président de la gérance Florent Menegaux a reconnu que « ce ne serait pas anormal qu’on rembourse », d’après le compte rendu du Sénat. Le groupe se retrouvait alors clairement dans le collimateur de ceux qui contestent l’absence de contreparties strictes aux aides publiques.
Dès le mois de novembre 2025, l’entreprise avait fait savoir qu’elle souhaitait procéder à un juste retour de la somme perçue dix ans plus tôt, sans y être tenue, comme l’a rappelé Capital. Dans la foulée, l’opération a été présentée comme un « don volontaire et exceptionnel » par Yahoo Actualités, soulignant le caractère rarissime d’un versement spontané d’une entreprise au profit du Trésor public. Ce choix intervient alors que le leader mondial de fabrication de pneumatiques a revu ses objectifs à la baisse ces derniers mois, évoquant une « détérioration supplémentaire de l’environnement économique », a indiqué Michelin dans un message cité par Capital. Depuis le début de l’année 2025, le cours de son action a d’ailleurs reculé de 13,15 %, un contexte qui rend ce retour de 4,3 millions d’euros à l’État encore plus scruté par tous ceux qui s’interressent au débat sur les aides publiques aux entreprises.
En bref
- En décembre 2025, Michelin a versé 4,3 millions d’euros à l’État pour solder un crédit d’impôt CICE accordé en 2015 à son usine de La Roche-sur-Yon depuis fermée.
- Ce don volontaire et exceptionnel intervient après les critiques sur des machines financées par le CICE et transférées à l’étranger, ainsi que les auditions tendues devant le Sénat.
- Ce remboursement tardif, présenté comme un geste unilatéral, alimente désormais le débat sur l’usage des aides publiques et l’exemplarité des grands groupes.







