Réforme des retraites gelée à 62 ans et 9 mois : ces générations 1964-1968 parmi 2,2 millions de Français concernés, êtes-vous dedans ?
La pause actée par la LFSS 2026 fige l’âge légal à 62 ans et 9 mois et fait gagner des mois à certains natifs de 1964 à 1968. Êtes-vous vraiment dans cette génération qui profite de la suspension de la réforme des retraites ?

À l’approche de la soixantaine, beaucoup de salariés comptent leurs trimestres comme on coche les cases d’un calendrier. Dans les conversations de bureau ou en famille, une même question revient, presque mot pour mot : « Fais-je partie des bénéficiaires ? », s’entendent poser de nombreux futurs retraités, selon Journaldesseniors.20minutes.fr. Derrière cette petite phrase se cache un enjeu très concret : gagner ou non quelques mois de liberté avant la fin de la vie professionnelle.
Depuis l’adoption de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, la suspension de la réforme des retraites a en effet mis un sérieux coup de frein à la montée de l’âge légal. Il ne s’agit pas d’un retour aux 62 ans pour tout le monde, mais d’un gel ciblé de la réforme Borne pour certains assurés, avec un âge figé à 62 ans et 9 mois sur une période donnée. La vraie question est de savoir si votre date de naissance tombe au bon moment.
Suspension de la réforme des retraites : que change vraiment le gel à 62 ans et 9 mois ?
Pour comprendre ce qui se joue, il faut rappeler la mécanique initiale. La réforme Borne de 2023 prévoyait un relèvement progressif de l’âge légal jusqu’à 64 ans, trimestre après trimestre. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 vient y introduire une pause : la réforme des retraites de 2023 connaîtra un gel en 2026 et 2027, avec un âge légal stabilisé à 62 ans et 9 mois. Concrètement, ce gel s’appliquera aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 et jusqu’au 1er janvier 2028, sans effet rétroactif pour les retraites liquidées avant cette fenêtre.
Ce palier ne ramène pas tout le monde au même âge, mais il infléchit la courbe pour les générations 1964 à 1968. Leur âge légal et, dans certains cas, la durée d’assurance requise évoluent un peu moins vite que prévu. Pour se repérer rapidement :
- Nés en 1964 : âge légal maintenu à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres à valider, au lieu de 63 ans et 171 trimestres dans la réforme initiale.
- Nés en 1965 entre le 1er janvier et le 31 mars : 62 ans et 9 mois, 170 trimestres, plutôt que 63 ans et 3 mois avec 172 trimestres.
- Nés en 1965 du 1er avril au 31 décembre : 63 ans et 171 trimestres, au lieu de 63 ans et 3 mois et 172 trimestres redoutés.
- Nés en 1966 : 63 ans et 3 mois (au lieu de 63 ans et 6 mois), pour 172 trimestres.
- Nés en 1967 : 63 ans et 6 mois (au lieu de 63 ans et 9 mois), pour 172 trimestres.
- Nés en 1968 : 63 ans et 9 mois, ce qui évite la barre des 64 ans, avec 172 trimestres exigés.
Suis-je dans la bonne génération et combien de futurs retraités profitent de la suspension ?
C’est bien votre année, voire votre trimestre de naissance, qui fait basculer dans la « bonne » génération. Le dispositif cible les personnes nées entre 1964 et 1968, qui voient leur horizon professionnel légèrement rabaissé par rapport au calendrier Borne. Selon les données reprises par l’Assurance retraite, environ 2,2 millions d’assurés nés sur cette période bénéficient de ce gel, avec un gain moyen proche de trois mois sur la date de départ. À très court terme, le directeur général de la CNAV, Renaud Villard, estime à près de 64 000 départs anticipés possibles en 2026 grâce à cette suspension, essentiellement concentrés sur les derniers mois de l’année, pour un coût d’environ 0,1 milliard d’euros, montant qui grimperait à 1,4 milliard d’euros en 2027.
À l’intérieur de ces chiffres se cachent plusieurs profils. Les carrières longues représentent à elles seules entre 10 000 et 15 000 départs anticipés dès 2026 : par exemple, pour un assuré né en 1964 ayant commencé à travailler avant 20 ans, le départ devient envisageable à 60 ans et 3 mois au lieu de 60 ans et 6 mois, tandis qu’un assuré né en 1966 voit son âge minimal passer de 61 ans à 60 ans et 9 mois. Les mères de famille profiteront, elles, d’un calcul de pension plus favorable, basé sur les 24 meilleures années pour un enfant et les 23 meilleures années à partir de deux enfants, et pourront intégrer jusqu’à deux trimestres liés aux enfants pour atteindre la durée exigée en carrière longue. Les règles de cumul emploi retraite évoluent aussi, avec un seuil d’environ 7 000 € par an entre l’âge légal et 67 ans sans réduction de pension. Reste que tout n’est pas encore opérationnel : certains textes d’application manquent, ce qui génère une vraie inquietude chez ceux qui préparent leur dossier. « J’envisage de partir en carrière longue en 2027. Mais la Carsat (caisse régionale) refuse de me confirmer une quelconque date au motif que les décrets ne sont pas encore sortis », confie ainsi un sexagénaire vivant en Ille-et-Vilaine à Ouest-France. L’Assurance retraite, de son côté, rappelle sa prudence : « Nous ne pouvons pas nous engager tant que les décrets ne sont pas publiés », tout en indiquant que ces textes doivent permettre « de délivrer les attestations carrière longue à partir d’avril ».
En bref
- Depuis la LFSS 2026, l’âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois pour certaines pensions prenant effet entre septembre 2026 et janvier 2028 en France.
- Les générations 1964 à 1968 gagnent jusqu’à un trimestre sur l’âge et parfois la durée d’assurance, tandis que 2,2 millions d’assurés voient leurs règles de départ ajustées.
- Entre carrières longues, mères de famille et catégories actives, ce guide aide à mesurer si votre profil fait partie des gagnants de cette suspension.





