Guerre au Moyen-Orient : ce que la hausse attendue du taux du Livret A dès le 1er août risque de bouleverser pour votre épargne et le logement social

Par Paul Graph - Publié le

Sous l'effet de la guerre au Moyen-Orient, la hausse des prix de l'énergie relance l'inflation et bouscule le taux du Livret A. Bonne nouvelle pour votre épargne, mais quels risques pour le logement social et les grands projets publics ?

Guerre au Moyen-Orient : ce que la hausse attendue du taux du Livret A dès le 1er août risque de bouleverser pour votre épargne et le logement social

Entre les pleins d’essence plus chers et les inquiétudes sur les factures de chauffage, beaucoup de Français découvrent qu’un conflit lointain peut se répercuter très vite sur leur portefeuille. Le Livret A, ce placement fétiche de près de 55 millions d’épargnants, n’échappe plus à cette chaîne invisible qui relie la guerre au Moyen-Orient au rendement de l’épargne.

Car la flambée des prix de l’énergie, alimentée par les tensions dans la région et les attaques israélo-américaines contre l’Iran fin février, fait remonter l’inflation en France. Or le taux du Livret A est lié, au moins en partie, à cette hausse des prix. La Caisse des dépôts, qui gère près de 60 % de l’encours du petit livret rouge, anticipe même une remontée d’ici fin 2026. Reste à comprendre ce que cela change vraiment, pour votre interet comme pour le logement social.

Guerre au Moyen-Orient, énergie et inflation : ce qui se cache derrière le Livret A

Selon l’Insee, l’inflation a atteint 1,7 % sur un an en mars, après 0,9 % en février. Cette accélération vient en grande partie de « l’explosion des prix de l’énergie », en particulier des produits pétroliers qui ont bondi de 7,3 % sur un an dans le sillage des tensions au Moyen-Orient et des premières frappes contre l’Iran. Pour les ménages, cela se voit d’abord à la pompe et sur les factures, mais cette même hausse des prix est aussi au cœur de la mécanique qui sert à ajuster le taux du Livret A.

Actuellement fixé à 1,5 %, le taux du Livret A doit être révisé à la mi-juillet par la Banque de France et Bercy, pour une application à partir du 1er août. Plus l’inflation remonte, plus le taux théorique calculé a vocation à suivre le mouvement. Antoine Saintoyant, directeur adjoint de la Caisse des dépôts, résume la situation de façon très directe : avec « une inflation qui a tendance à remonter », la Caisse des dépôts « s’attend quand même plutôt à ce que le taux du Livret A remonte » d’ici la fin de l’année, selon ses propos rapportés par La Voix du Nord. Une perspective qui peut sembler rassurante pour les épargnants, mais qui n’est pas neutre pour ceux qui construisent et financent les logements.

Hausse du taux du Livret A : épargnants avantagés, logement social sous pression

Pour les détenteurs d’un Livret A, une hausse du taux signifie tout simplement davantage d’intérêts versés, à placement inchangé. Dans un contexte où l’inflation mesurée à 1,7 % dépasse encore légèrement le taux actuel de 1,5 %, un relèvement rapprocherait un peu mieux la rémunération du livret de l’augmentation générale des prix. L’épargne garderait tout de même un rendement réel modeste, mais la perte de pouvoir d’achat serait moins marquée. En toile de fond, la Caisse des dépôts doit cependant rémunérer davantage cette épargne, ce qui renchérit le coût de la ressource qu’elle réutilise pour prêter à long terme.

C’est là que le logement social entre en jeu. Selon Antoine Saintoyant, tant que le taux du Livret A reste inférieur à 2 %, les conditions de crédit demeurent favorables pour les bailleurs sociaux ; au-delà, le coût des prêts pourrait augmenter. En 2025, la Banque des territoires, filiale de la Caisse des dépôts, a financé près de la moitié des logements neufs créés en France, avec 108 000 logements sociaux et 14 000 logements intermédiaires. Pour les loyers les plus bas, les PLAI, 3,6 milliards d’euros ont été mobilisés, alors même que l’Agence nationale de contrôle du logement social juge cette production insuffisante depuis 2014 et estime que le financement des logements locatifs intermédiaires ne couvre pas la demande. Dans le même temps, l’épargne du Livret A est appelée à contribuer à des projets de grande ampleur comme la construction de six réacteurs nucléaires EPR2, pour lesquels la Caisse des dépôts prévoit une enveloppe de près de 50 milliards d’euros à injecter entre fin 2026 et début 2027.

En bref

  • Depuis fin février 2026, la guerre au Moyen-Orient fait bondir les prix de l’énergie, ravivant l’inflation en France et mettant le Livret A sous les projecteurs.
  • Cette hausse des prix, intégrée dans la formule officielle, pourrait entraîner un relèvement du taux du Livret A dès le 1er août, améliorant un peu le rendement mais renchérissant le crédit pour le logement social.
  • Entre promesse de meilleurs intérêts, pression sur la construction de logements sociaux et financement massif des futurs réacteurs EPR2, l’épargne du Livret A se retrouve au cœur d’arbitrages explosifs.