Jusqu'à 5,89 % par an : ce placement agricole surprenant séduit les Français, mais faut-il vraiment s'y risquer ?

Par Paul Graph - Publié le

Promis à un rendement moyen de 5,89 % entre 2011 et 2025, l’investissement dans une vache via MyMarguerit séduit les épargnants en quête d’alternatives. Derrière cette promesse agricole, des risques bien réels imposent de sortir la calculette avant de se lancer.

Jusqu’à 5,89 % par an : ce placement agricole surprenant séduit les Français, mais faut-il vraiment s’y risquer ?

Livret A à 1,5 %, fonds en euros d’assurance‑vie à 2,60 % en 2025 : les placements sans risque rapportent peu. D’après RMC Conso, un dispositif agricole affiche pourtant une performance annualisée moyenne de 5,89 % entre 2011 et 2025. L’idée : financer des troupeaux bovins et encaisser un revenu régulier.

Ce placement, qui consiste à investir dans une vache laitière via une plateforme dédiée popularisée par MyMarguerit, intrigue autant qu’il séduit. L’épargnant n’approche jamais l’animal mais détient un actif productif loué à un éleveur, dont la valeur et les loyers peuvent évoluer. Mais un rendement proche de 6 % et la mécanique des intérêts composés suffisent‑ils à compenser les risques agricoles très concrets ?

Comment fonctionne l’investissement dans une vache laitière

Sur ce type de contrat, le prix d’une « vache » est fixé à 2 316 euros, dont 8 % de frais d’entrée, selon la plateforme. L’argent sert à financer le cheptel d’éleveurs partenaires, qui louent ensuite les bêtes et versent un loyer d’environ vingt euros par mois et par unité. L’investisseur détient une part mutualisée d’un grand troupeau de bovins plutôt qu’un animal précis. Le placement est enregistré comme bien divers auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF), sous la référence D‑21‑01.

Selon la plateforme, ce modèle a dégagé une performance annualisée globale moyenne de 5,89 % entre 2011 et 2025, avec un objectif de 5,5 % sur les dix prochaines années, non garanti. Dans sa documentation, elle prévient pourtant : « Comme tout investissement, ce placement comporte des risques, notamment un risque de perte en capital et un risque de liquidité ». L’économiste Philippe Crevel insiste lui aussi sur le fait que « comme beaucoup d’investissement la perte partielle de capital ou totale existe ».

5,89 % et intérêts composés : que peut rapporter une vache ?

Cette promesse de rendement s’apprécie sur la durée. Le site d’éducation financière La Finance pour tous rappelle que « un petit écart dans le taux annuel de placement aboutit à de grandes différences ». Avec la « règle de 70 », il montre qu’à 2 % par an un capital met environ 35 ans à doubler, contre 14 ans à 5 %. À 5,89 %, un placement dans une vache ferait théoriquement doubler la mise en une douzaine d’années, bien plus vite qu’un Livret A à 1,5 % ou des fonds en euros à 2,60 %.

Investir dans une vache : risques, profil d’épargnant et vigilance

Pour Philippe Crevel, « On n’est pas sur la même logique d’épargne » qu’avec un livret : ce type de placement doit rester une diversification de moyen ou long terme. Il recommande de conserver d’abord l’équivalent de trois à quatre mois de salaire sur des supports disponibles avant d’immobiliser de l’argent dans un cheptel. Même si les vaches sont mutualisées, assurées contre maladie et mortalité et que le produit est enregistré auprès de l’AMF comme bien divers, l’épargnant reste exposé au marché du lait, aux difficultés d’exploitations et au risque de liquidité. L’Autorité des marchés financiers invite d’ailleurs, pour ce genre de placement atypique, à vérifier le régime juridique, les conditions de sortie et à se méfier des promesses de rendements élevés avant de décider d’investir dans une vache.

En bref

  • Entre 2011 et 2025, MyMarguerit affiche 5,89 % par an en finançant des troupeaux bovins, loin des 1,5 % du Livret A.
  • Le placement consiste à investir dans une vache laitière mutualisée, générant un loyer mensuel, mais exposant l’épargnant aux aléas agricoles et à l’illiquidité.
  • Entre intérêts composés, fiscalité agricole spécifique et statut AMF de bien divers, ce placement atypique pourrait transformer une épargne dormante, à certaines conditions.