Bitcoin : 70 millions de dollars pour réécrire l'histoire de Satoshi, ce film qui ignore une décision de justice cruciale

Avec 70 millions de dollars, Hollywood s’empare de Bitcoin et remet Craig Wright au centre du mythe Satoshi. Mais que vaut ce récit face au jugement fracassant de la justice britannique en 2024 ?
Un thriller hollywoodien à 70 millions de dollars sur le Bitcoin, tourné dans un entrepôt vide dopé à l’intelligence artificielle, avec Gal Gadot et Casey Affleck à l’affiche. Sur le papier, le film intitulé « Bitcoin » a tout du projet calibré pour le grand public. Sauf qu’il remet au centre de l’intrigue un personnage déjà tranché par la justice britannique : Craig Wright, qui s’est longtemps présenté comme Satoshi Nakamoto.
Alors que la High Court of England and Wales a rejeté ces prétentions en 2024 pour falsification de documents et mensonges répétés, le long-métrage adopte la thèse inverse, façon récit de génie incompris pourchassé par des puissances hostiles. Pour la communauté crypto, l’enjeu dépasse le simple divertissement : c’est la version de l’histoire qui risque de s’ancrer dans la mémoire collective. Sur le papier, le choc des versions est frontal.
Un film Bitcoin de 70 millions entre stars, IA et financement polémique
Réalisé par Doug Liman, connu pour The Bourne Identity et Mr. et Mrs. Smith, « Bitcoin » met en scène Gal Gadot dans la peau d’une journaliste qui enquête sur Craig Wright, incarné par Casey Affleck. Pete Davidson joue le rôle de Calvin Ayre, homme d’affaires sulfureux et soutien financier de longue date de Wright. Le budget annoncé atteint 70 millions de dollars, soit environ 65 millions d’euros, pour un film qui s’appelait initialement *Bitcoin: Killing Satoshi*.
Le tournage s’est déroulé dans un entrepôt sans décors ni éclairage traditionnels, les environnements étant générés en post-production grâce à l’IA. Cette approche aurait permis d’économiser plus de 130 millions de dollars, le coût « classique » d’un tel projet étant estimé autour de 200 millions de dollars, soit près de 185 millions d’euros. Un détail interressant : Calvin Ayre, qui défend publiquement la thèse « Wright = Satoshi », a aussi contribué au financement du film.
| Élément | Version du film « Bitcoin » | Dossier public / justice | Source principale |
|---|---|---|---|
| Identité de Satoshi | Craig Wright présenté comme créateur du Bitcoin | Identité non établie juridiquement à ce jour | Cointribune, COPA |
| Rôle de Craig Wright | Génie incompris traqué par milliardaires et États | Prétentions rejetées, documents falsifiés retenus par le tribunal | Jugement [2024] EWHC 1198 (Ch) |
| Financement du film | Participation de Calvin Ayre, personnage du scénario | Ayre, soutien financier historique de Wright | Cointribune |
| Budget et tournage | 70 M$, environnements créés par IA en post-prod | Coût estimé à 200 M$ sans IA | Cointribune |
| Statut juridique de Wright | Figure centrale, présentée comme Satoshi | High Court : Wright n’est pas Satoshi Nakamoto | Jugement COPA v Wright |
| Distribution du film | À la recherche de distributeurs, marché international visé | Aucun distributeur américain confirmé à ce stade | Cointribune |
Le recours massif à l’IA nourrit aussi le débat dans le milieu du cinéma. Gal Gadot assume ce virage technologique : « Le train est parti. Vous travaillerez avec l’IA ou vous serez complètement hors jeu », déclare Gal Gadot, citée par Cointribune. Elle précise avoir négocié pendant six mois pour s’assurer que l’IA ne modifierait pas son jeu d’actrice : « Je ne voulais pas que l’IA ait quoi que ce soit à voir avec ma performance ». Sur le plateau, elle décrit un rythme inédit : « Ici, on tournait sans interruption puisqu’on n’avait pas à attendre l’éclairage. On filmait encore et encore, pendant dix heures. C’était incroyable ».
Craig Wright, Satoshi Nakamoto et le verdict de la High Court
Le cœur de la polémique tient en une phrase. Pour Terence Michael, producteur qui a révélé des détails du projet, « Le grand public regardera ce film et l’acceptera comme parole d’évangile, laissant la communauté Bitcoin contrainte de se défendre en permanence contre une révision hollywoodienne de l’histoire », explique Terence Michael, cité par Cointribune. Le scénario épouse la ligne défendue par Wright depuis des années : celle d’un inventeur de Bitcoin victime d’une conspiration de milliardaires de la tech, de gouvernements et d’organisations crypto qui chercheraient à le discréditer. « Comment pourrait-il ne pas être Satoshi si une coalition de milliardaires de la tech, de gouvernements et d’organisations crypto a dépensé des centaines de millions rien que pour le discréditer ? », poursuit Terence Michael.
Dans le monde réel, la bataille principale s’est jouée devant la High Court of England and Wales, dans l’affaire opposant la Crypto Open Patent Alliance (COPA) à Craig Wright, référencée [2024] EWHC 1198 (Ch). Le tribunal britannique a conclu que Wright n’était pas l’auteur du « Bitcoin White Paper », n’avait pas opéré sous le pseudonyme Satoshi Nakamoto et n’était pas le créateur du système Bitcoin, après avoir relevé une falsification de documents et rejeté l’ensemble de ses prétentions. Pour beaucoup d’observateurs, seule une preuve cryptographique publique, comme une signature avec les premières clés liées à Bitcoin, permettrait de trancher durablement la question. En attendant, c’est l’écran qui risque de s’imposer : « Je m’attends à un bon film sur le plan cinématographique. Mais ça m’attriste que le premier grand film sur le Bitcoin, avec ce titre justement, risque de brouiller l’histoire pour les nouveaux venus », confie encore Terence Michael. Le film n’ayant pas encore trouvé de distributeur aux États-Unis, l’ampleur réelle de cet impact reste à surveiller.
En bref
- En 2024, un thriller hollywoodien de 70 M$ signé Doug Liman met en scène Bitcoin, Craig Wright, Calvin Ayre et une enquête sur l’ombre de Satoshi Nakamoto.
- Le film, tourné en 20 jours sur plateau dopé à l’IA et partiellement financé par Calvin Ayre, penche vers la thèse Wright = Satoshi malgré le verdict cinglant de la High Court britannique.
- Entre storytelling hollywoodien et jugement COPA v Wright, la question reste ouverte : jusqu’où ce premier grand film sur Bitcoin peut-il déformer la mémoire collective ?








