Crypto-rapts, le fléau qui explose en France : à partir de ce montant, votre wallet devient une cible

En quelques semaines, deux crypto-rapts à Nice et Vern-sur-Seiche ont frappé une famille et des locataires, sur fond de comptes en cryptomonnaies. Alors que la DNPJ signale 41 faits en 2026, ces affaires posent une question brûlante : qui sera la prochaine cible ?
En quelques mois, les crypto-rapts se sont imposés comme un nouveau visage de la criminalité en France, où des détenteurs de cryptomonnaies deviennent la cible de séquestrations violentes. Deux nouvelles affaires, survenues dans le sud-est et près de Rennes, montrent que ces attaques ne se limitent plus aux très grandes fortunes de la tech ou de la finance.
Derrière ces faits divers se dessine une tendance lourde. Le parquet national anti-criminalité organisée, le PNACO, a recensé en avril pas moins de 135 enlèvements ou tentatives d’enlèvements liés aux cryptomonnaies depuis 2023, tandis que la DNPJ a enregistré 41 faits depuis le début de l’année 2026, contre une vingtaine seulement entre 2023 et 2025. Nice et la région de Rennes en sont les derniers exemples visibles.
À Nice, une séquestration familiale pour un compte crypto de 25 000 dollars
Dimanche 6 septembre 2026, à Nice, une mère et son fils ont été séquestrés à leur domicile par deux individus cagoulés. Les agresseurs ont dérobé un portefeuille, un passeport et deux téléphones portables. Selon les premiers éléments relayés par les enquêteurs, l’un de ces téléphones contenait les codes d’accès à un compte de cryptomonnaies d’une valeur de 25 000 dollars, soit environ 23 000 € au taux de change actuel. Le parquet de Nice a ouvert une enquête pour « extorsion avec arme » et « séquestration ».
Ce butin reste modeste parmis les affaires récentes les plus spectaculaires. En avril 2026, un couple a ainsi été ligoté, frappé et menacé à Dompierre-sur-Mer, en Charente-Maritime, l’un des deux étant investi en cryptomonnaies et forcé sous la contrainte de réaliser un virement de 8 millions d’euros. L’affaire niçoise illustre un basculement : les ravisseurs semblent désormais prêts à s’en prendre à des détenteurs de montants bien plus limités, dès lors qu’un « wallet » est repéré.
Vern-sur-Seiche, autres dossiers violents et mécanique des crypto-rapts en France
Deux semaines avant l’attaque de Nice, le 22 août, une autre séquestration a eu lieu à Vern-sur-Seiche, au sud de Rennes. Des individus se sont introduits dans une habitation isolée pour séquestrer et violenter les locataires, alors qu’ils visaient en réalité le propriétaire des lieux, détenteur de cryptomonnaies. Les agresseurs se seraient trompés de cible, ce qui montre que l’adresse associée à un investisseur crypto peut exposer aussi ceux qui y vivent sans détenir eux-mêmes d’actifs numériques.
| Date | Lieu | Victimes | Montant crypto évoqué | Particularité |
|---|---|---|---|---|
| 6 septembre 2026 | Nice | Mère et fils | 25 000 $ en cryptos | Téléphone avec codes visé |
| 22 août 2026 | Vern-sur-Seiche | Locataires d’une maison | Montant non communiqué | Propriétaire crypto visé |
| 10 avril 2026 | Anglet | Famille élargie | Codes non obtenus | Plusieurs générations ligotées |
| 13 avril 2026 | Yonne / Val-de-Marne | Mère et fils de 11 ans | 400 000 € en cryptos | Séquestration 20 heures, GIGN |
| 5 février 2026 | Isère | Magistrate et sa fille | Codes non obtenus | Retenues 30 heures |
| 23 mars 2026 | Haute-Garonne | Femme de 57 ans | 68 000 € en cryptos | Faux livreur, domicile ciblé |
Ces dossiers s’inscrivent dans une série plus large d’attaques ultra-violentes. Dans l’Yonne, le kidnapping d’une mère et de son fils de 11 ans, après l’exigence d’un virement de 400 000 euros en cryptomonnaies et leur séquestration pendant vingt heures jusqu’à l’intervention du GIGN, illustre l’escalade des moyens utilisés. En Haute-Garonne, le Colonel Quentin Petit a décrit « trois personnes cagoulées qui sortent de derrière des arbres » et qui « emmènent tout de suite la personne chez elle » afin de lui demander « ses codes de déverrouillage pour ses crypto-monnaies ». Puis, « la personne s’exécute, donne rapidement les codes et en quelques instants, l’ensemble des crypto-monnaies, 68.000 euros, sont déplacés vers un compte tiers », détaille le Colonel Quentin Petit sur RTL.
Pour les enquêteurs, la montée de ces crimes tient beaucoup au recrutement de « jobbeurs » très jeunes, parfois mineurs, attirés via les réseaux sociaux. « Ce sont des personnes qui peuvent venir d’un peu partout en France et qui sont recrutés par le biais de réseaux sociaux avec des individus qui leur demandent de commettre parfois un crypto-rapt, parfois des tirs avec des armes de guerre. Bref des missions extrêmement variées, ce qui les rend particulièrement dangereux », explique Renaud Gaudeul, procureur de Bordeaux, sur RTL. Le Colonel Quentin Petit souligne que « Ils ne maîtrisent pas totalement les codes de la criminalité, s’il devait y avoir des codes aujourd’hui encore. On se retrouve avec des gens qui peuvent facilement être dépassés ». Selon une note confidentielle du SIRASCO, les victimes sont souvent repérées à partir de signaux publics sur TikTok, YouTube ou Instagram et de fuites de données, comme celles ayant touché Ledger via son prestataire Global-e ou le service fiscal Waltio, ce qui alimente une hausse documentée par les 41 faits recensés par la DNPJ depuis le début de 2026.
En bref
- En août et septembre 2026, deux crypto-rapts à Nice et Vern-sur-Seiche visent une mère et son fils puis des locataires, sur fond de comptes en cryptomonnaies.
- Les agresseurs cagoulés séquestrent, ligotent et menacent pour obtenir l’accès à des wallets, tandis que d’autres dossiers récents montrent une violence croissante partout en France.
- Entre explosion statistique des crypto-rapts, recrutement de jeunes jobbeurs en ligne et arrivée du PNACO, l’équilibre entre risques et protection bascule en 2026.





