Fortune crypto de 107 M$ : le double jeu de cet émissaire de Trump qui embarrasse la Maison-Blanche

Envoyé spécial de Donald Trump sur les dossiers Gaza et Ukraine, Steve Witkoff a touché 107 millions de dollars en 2025 via une holding liée à World Liberty Financial. Un enchaînement de dates et de montants alimente désormais les soupçons d’apparence de conflit d’intérêts à Washington.
Négociations de cessez-le-feu à Gaza ou à Kiev en pleine journée, revenus issus d’un empire crypto le soir venu : le profil de Steve Witkoff, émissaire spécial de Donald Trump, sème le trouble à Washington. Depuis qu’il a rejoint l’administration en 2025, cet ancien magnat de l’immobilier new-yorkais navigue entre diplomatie de haut niveau et intérêts privés très lucratifs.
Les dernières déclarations financières fédérales viennent de révéler que Steve Witkoff a perçu 107 millions de dollars en 2025, soit environ 100 millions d’euros, via une holding liée à World Liberty Financial, la structure crypto cofondée avec la famille Trump. Un montant qui aurait triplé en un an par rapport aux 34 millions de dollars déclarés précédemment, et qui relance les interrogations sur les frontières entre mission publique et richesse crypto. Avec un détail clé : les dates ne coïncident pas parfaitement avec la promesse de désengagement.
Steve Witkoff, 107 millions via World Liberty Financial : ce que disent les papiers
Promoteur immobilier à la tête du Witkoff Group depuis les années 1990, ami de longue date de Donald Trump, Steve Witkoff a été propulsé en 2025 au poste d’émissaire spécial pour le Moyen-Orient puis pour l’Ukraine. Dans le même temps, ses formulaires de divulgation montrent que ses revenus 2025 issus d’une holding affiliée à World Liberty Financial atteignent 107 millions de dollars, sous forme de distributions agrégées. Selon des documents consultés par la presse américaine, ce total combinerait une large part en numéraire et une autre en crypto-actifs, sans que le détail ligne par ligne ne soit rendu public.
La holding en question ne détient pas uniquement des actifs numériques : elle regroupe aussi des complexes hôteliers, des golfs et de l’immobilier résidentiel. Impossible donc de savoir précisément quelle part de ces 107 millions provient du stablecoin USD1 de World Liberty Financial ou d’autres activités plus traditionnelles. L’entreprise, cofondée en 2024 par des membres des familles Trump et Witkoff, a présenté sur son site Steve Witkoff comme « co-founder emeritus » (cofondateur émérite), un titre qu’il partageait avec Donald Trump, tandis que la direction opérationnelle revient à Zach Witkoff, son fils, et aux trois fils du président. Trump lui-même a déclaré 526 millions de dollars de revenus liés à la vente de jetons crypto via World Liberty Financial, plus 65 millions de dollars issus de cessions de participation dans la holding, soit près de 550 millions d’euros au total au taux de change courant.
Désengagement annoncé, conflit d’intérêts et calendrier autour de World Liberty Financial
Les interrogations récurentes ne viennent pas seulement des montants mais du calendrier. En mai 2025, alors que Steve Witkoff est déjà en poste, World Liberty Financial publie un message sur X expliquant que l’émissaire est en train de se retirer du projet et précise qu’il « n’a aucun rôle opérationnel, aucun intérêt financier dans les opérations de WLFI et aucune influence sur les décisions du quotidien ». Pourtant, une déclaration déposée en août 2025 montre qu’il détient encore des actifs liés à World Liberty Financial dix mois après son entrée en fonction. À l’automne 2025, le sénateur Adam Schiff et sept autres élus démocrates écrivent pour demander des explications sur cette situation, tandis que World Liberty assure que le processus de cession suit son cours et que la Maison-Blanche affirme qu’il ne traite plus de dossiers susceptibles de l’enrichir personnellement.
Interrogée plus récemment sur l’affaire, « Steve Witkoff s’est désormais complètement désengagé de World Liberty Financial, et ses activités commerciales antérieures n’ont absolument aucun lien avec ses efforts pour mettre fin aux conflits dans le monde au nom du président », a déclaré Anna Kelly, porte-parole de la Maison-Blanche, à ABC News. Entre ces prises de position, les données publiques dessinent une chronologie où promesse de désengagement, maintien d’actifs crypto et envolée des revenus 2025 se superposent sans être formellement arbitragés par une instance éthique.
| Date | Événement / document | Ce qui est affirmé | Ce que l’on sait | Zone d’ombre |
|---|---|---|---|---|
| 23 mai 2025 | Message de World Liberty sur X | Witkoff en cours de désengagement total | Annonce publique d’une cession progressive | Calendrier précis de la vente |
| 13 août 2025 | Déclaration financière de Witkoff | Actifs liés à WLFI encore détenus | Formulaires montrent une position crypto persistante | Valeur détaillée de chaque actif |
| 22 octobre 2025 | Lettre du sénateur Adam Schiff | Demande d’explications sur la non-cession | Huit sénateurs interpellent officiellement Witkoff | Existence d’une réponse écrite détaillée |
| 17 août 2026 | Feu vert conditionnel de l’OCC | Le projet de banque World Liberty progresse | Autorisation préliminaire pour World Liberty Trust | Conditions complètes fixées par le régulateur |
| Septembre 2026 | Publication des revenus 2025 | 107 M$ via une holding liée à WLFI | Revenus agrégés mêlant cash et crypto | Part exacte venant de World Liberty Financial |
Cette chronologie résume le nœud du dossier : en 2025, année où World Liberty annonce le désengagement de l’émissaire, la holding de Steve Witkoff enregistre ses plus gros revenus liés à cette galaxie d’actifs. Les documents ne permettent pas de conclure quelle fraction vient directement de World Liberty Financial, ni si ces flux sont juridiquement incompatibles avec ses fonctions, mais ils alimentent un risque d’ »apparence de conflit d’intérêts » au moment même où la banque fédérale liée au stablecoin USD1 obtient un feu vert conditionnel de l’OCC. Reste à savoir si la cession annoncée sera documentée noir sur blanc, si la lettre des sénateurs recevra une réponse publique et si la prochaine déclaration de revenus confirmera, ou non, que 2025 était une exception dans la trajectoire financière de l’émissaire présidentiel.
En bref
- En 2025, à Washington, l’émissaire spécial de Donald Trump Steve Witkoff, ex-magnat de l’immobilier, est au cœur d’un montage mêlant diplomatie et intérêts crypto.
- Ses disclosures fédérales indiquent environ 107 millions de dollars de revenus 2025 via une holding liée à World Liberty Financial, alors même qu’un désengagement public était annoncé.
- Entre déclarations politiques, feu vert conditionnel du régulateur bancaire et questions non résolues sur l’origine exacte des fonds, le dossier ouvre une zone grise aux lourds enjeux éthiques.





