Hack Binance de 6,3 milliards de dollars : pourquoi le FBI, le Secret Service et même Donald Trump se lancent dans la traque

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Hack Binance de 6,3 milliards de dollars : pourquoi le FBI, le Secret Service et même Donald Trump se lancent dans la traque

En vingt minutes, le hack Binance a fait disparaître 6,3 milliards de dollars et propulsé l’affaire jusqu’aux plus hauts cercles de Washington. Entre Trump, la CFTC et le Secret Service, la bataille pour retrouver les fonds volés ne fait que commencer.

En quelques minutes, près de 6,3 milliards de dollars (un peu moins de 6 milliards d’euros) se sont évaporés des comptes de Binance, la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies du monde. Ce casse éclair, décrit par plusieurs spécialistes comme le plus important hack Binance de l’histoire des cryptos, a déclenché une onde de choc bien au-delà des forums de traders, avec des fonds détournés sur une dizaine de blockchains et morcelés à la vitesse d’Internet.

Vingt-quatre heures plus tard, le dossier a quitté les explorateurs de blocs pour atterrir à la Maison Blanche et chez les régulateurs américains. Donald Trump a été interrogé, la CFTC y voit la confirmation de son agenda réglementaire, et le Secret Service a rejoint le FBI, Circle, Chainalysis et TRM Labs dans une chasse mondiale aux fonds volés. Reste à savoir jusqu’où cette mobilisation de Washington peut rebattre les cartes pour l’écosystème crypto.

Hack Binance : Trump et la CFTC sous les projecteurs à Washington

Interrogé en conférence de presse, Donald Trump a lâché : « Mais c’est un piratage, c’est ça le problème », en évoquant le temps « où l’on signait un chèque », avant de confier qu’il avait « toujours trouvé ça un peu dangereux ». Dans le Bureau ovale, il a assuré que les États-Unis enquêtaient sur le vol de 6,3 milliards de dollars chez Binance : « Nous ne savons pas. Nous enquêtons. », a déclaré le président américain, en ajoutant que « Binance affirme travailler à la sécurisation du système et que la situation est sous contrôle », selon Bloomberg. À Mar-a-Lago, il a encore affirmé : « Je ne suis pas inquiet. Nous en apprenons davantage » tout en reconnaissant que « Nous ne savons pas si c’est la Corée du Nord. » Donald Trump a par ailleurs gracié en 2025 Changpeng Zhao, cofondateur de Binance, après avoir plaidé coupable de négligence en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, et l’exchange a aidé à développer un stablecoin pour une entreprise cofondée par Trump et ses fils.

Du côté des régulateurs, le ton est plus offensif. Sur CNBC, Michael Selig, président de la Commodity Futures Trading Commission, estime que le hack de Binance « prouve exactement » le bien-fondé des règles proposées début octobre par son agence : « Le vrai problème, ce sont des plateformes offshore non régulées, qui n’ont pas les mêmes garde-fous que nos marchés financiers aux États-Unis », a-t-il affirmé, en défendant la création d’une option fédérale permettant aux exchanges étrangers de s’enregistrer auprès de la CFTC et d’adopter les normes de cybersécurité américaines. Selig insiste aussi sur le fait que la brèche serait partie de l’ordinateur portable d’un employé, et non d’Ethereum lui-même. Au Congrès, la sénatrice Cynthia Lummis a ressorti son Clarity Act, assurant que le texte aurait offert aux entreprises crypto une base juridique pour geler une transaction suspecte « à l’instant où les forces de l’ordre appellent », même si ce projet de loi reste pour l’instant bloqué au Sénat en attendant les élections de mi-mandat.

Secret Service, FBI et Chainalysis : la traque mondiale des fonds du hack Binance

Sur le terrain, l’enquête s’est transformée en chasse à l’argent. Dans un communiqué, le FBI a relié l’attaque à une « activité cyber malveillante » menée par le groupe TraderTraitor, déjà tenu pour responsable d’un hack de 1,5 milliard de dollars chez Bybit, et a demandé aux plateformes et aux sociétés d’analyse blockchain de bloquer les transactions liées aux adresses identifiées. Chainalysis, qui attribue près de 6,4 milliards de dollars de butin à la Corée du Nord, estime qu’environ 6,36 milliards de dollars ont été transférés depuis Binance vers des portefeuilles sur dix blockchains, la majorité en une vingtaine de minutes. Dans ce laps de temps, 325 millions de dollars de stablecoins ont été convertis en 285 millions de dollars d’ether, puis 175 millions ont été envoyés vers des portefeuilles relais avant les premiers gels, jeudi à 22 h 14, heure de Paris. TRM Labs estime que les préparatifs ont commencé au moins 36 heures avant le vol, les attaquants utilisant le mixeur Tornado Cash pour approvisionner leurs portefeuilles avant l’intrusion. « En résumé, les pirates tentent de convertir les cryptomonnaies en monnaie fiduciaire. C’est tout l’enjeu, c’est une course contre la montre », a résumé Ari Redbord, directeur des politiques mondiales chez TRM Labs, à CNBC. Pour lui, « C’est un braquage de banque, dans ce cas, à la vitesse d’Internet », mais « nous pouvons aussi suivre et tracer ces fonds en temps réel afin de construire des enquêtes, de perturber et de saisir à nouveau les fonds », même si « C’est juste ce jeu du chat et de la souris ». Le FBI s’attend d’ailleurs à ce que TraderTraitor tente de recycler son butin via la finance décentralisée et des « services d’échange instantané ».

Catégorie Montant estimé Actifs / réseaux Acteurs / situation
Total volé ≈ 6,3–6,4 Md$ (plus de 5,8 Md€) Multi‑blockchains (10 réseaux) Siphonné depuis Binance en ~20 minutes
Fonds gelés on-chain ≈ 2,8–3,0 Md$ (~ 2,6–2,8 Md€) Stablecoins et autres tokens Gels techniques signalés par Binance et Chainalysis
USDC bloqué par Circle ≈ 823 M$ (~ 760 M€) Stablecoin USDC Jetons gelés par Circle à la demande des autorités
Fonds encore contrôlés par les pirates ≈ 3,3 Md$ (~ 3,1 Md€) ETH, BTC, Tron et autres Blanchiment suivi par FBI et Secret Service
Provision annoncée par Binance ≈ 6,34 Md$ (~ 6,0 Md€) Même actifs que ceux volés Promesse de couvrir 90 % et rembourser les clients

Ces gels ne signifient pourtant pas un remboursement automatique pour les victimes du hack Binance. Aux côtés du FBI, le Secret Service affirme collaborer avec Circle, émetteur de l’USDC, pour repérer, geler et tracer les fonds volés, environ 823 millions de dollars ayant déjà été bloqués rien que sur ce stablecoin. « Les stablecoins constituent une classe d’actifs plus facilement récupérable dans l’univers des cryptomonnaies, car l’émetteur contrôle les jetons. Tether et Circle peuvent bloquer les jetons concernés, les détruire et émettre un montant correspondant de nouveaux jetons pour indemniser les victimes », détaille Ari Redbord, qui rappelle que les forces de l’ordre ont besoin d’un mandat ou d’un ordre de saisie pour enclencher ces mécanismes. Pour le bitcoin et l’ether, les enquêteurs doivent suivre les flux sur la blockchain, un registre public de transactions, et compter sur la coopération des plateformes lorsqu’un pirate tente de convertir ses avoirs, ce qui implique souvent de nombreux intermediaires. « Il n’y a pas de délai fixe pour le recouvrement des actifs. Techniquement, le gel peut être rapide, mais le processus de remboursement peut prendre des mois, voire des années », souligne Eric Jardine, directeur de recherche chez Chainalysis, à CNBC. Son PDG Jonathan Levin note que des montants importants ont déjà été déplacés vers plusieurs adresses sur le réseau Tron, parfois via des mixeurs comme Tornado Cash ou des réseaux d’intermédiaires qui rachètent les cryptomonnaies volées contre une commission avant de les restituer en monnaie fiduciaire. Dans ce contexte, « C’est une chasse constante, avec des individus mal intentionnés qui tentent de dissimuler les transactions tandis que nous nous efforçons de suivre et de retracer les flux financiers », résume encore Ari Redbord, alors que Binance a suspendu les retraits le 30 octobre, vise une reprise rapide et affirme avoir mis de côté l’équivalent de 6,34 milliards de dollars, soit environ 90 % des actifs manquants, pour tenir sa promesse de rembourser intégralement ses clients.

En bref

  • Fin octobre 2026, un piratage éclair fait disparaître 6,3 milliards de dollars de Binance et propulse l’affaire jusqu’à Donald Trump, la CFTC et les agences fédérales américaines.
  • FBI, Secret Service, Chainalysis, TRM Labs et Circle mènent une traque mondiale des fonds attribués au groupe nord-coréen TraderTraitor, entre gels de stablecoins et flux dispersés sur dix blockchains.
  • Entre ambitions réglementaires de la CFTC, retour du Clarity Act au Congrès et promesse de remboursement de Binance, le casse ouvre une bataille au long cours sur le contrôle des cryptomonnaies.
À propos de l'auteur
Gary Assouline
Gary Assouline

Journaliste, je suis responsable du pôle Audience de Reworld Media. Je rédige des articles sur Bourse Inside et sur d'autres sites du groupe comme Marie France, Pleine Vie ou Aufeminin sur les sujets de la vie quotidienne : consommation, argent, finance, société...

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