"Ils nous ont ligotés pour les cryptos de l'ancien propriétaire" : le cauchemar de ce couple qui vend sa maison

À Montdidier, un jeune couple sans cryptomonnaies subit trois attaques à domicile en moins d’un mois, après une fuite de données fiscales sur le dark web. Entre vidéos Snapchat et recrutement sur Telegram, leur maison est devenue une cible qu’ils envisagent de quitter.
Ils n’ont jamais détenu la moindre cryptomonnaie, mais ont vu trois commandos défiler devant leur porte en moins d’un mois. À Montdidier, dans la Somme, un jeune agriculteur et une cadre bancaire d’une vingtaine d’années vivent depuis fin juin une série d’intrusions violentes, toutes motivées par la recherche d’un prétendu portefeuille de crypto-actifs.
À chaque fois, les intrus viennent pour récupérer un butin numérique qui ne leur appartient même pas : celui des anciens propriétaires, des retraités millionnaires en actifs digitaux dont l’adresse aurait fuité sur le dark web. De quoi transformer une simple maison de campagne en cible obsessionnelle, au point que le couple envisage de vendre sa maison pour partir. Une fuite en avant bien réelle.
Trois attaques en série pour un couple sans cryptomonnaies
Le cauchemar commence dans la nuit du 24 juin. Un premier groupe tente de forcer le domicile de ce couple de Montdidier, mais les chiens réussissent à mettre les intrus en fuite. Deux jours plus tard, le 26 juin, une nouvelle équipe revient avec une violence cette fois-ci extrême : l’un des occupants est ligoté, l’autre violement frappé. Les agresseurs filment la scène en direct via l’application Snapchat, pour accentuer la pression et exiger la remise de portefeuilles de cryptomonnaies et de clés privées que les victimes n’ont tout simplement pas.
Face à l’incompréhension du couple, incapable de donner accès à des fonds inexistants, les assaillants finissent par comprendre qu’ils se trompent de cible et prennent la fuite. Les propriétaires font alors installer un système d’alarme sophistiqué. Le 17 juillet, malgré cette mesure, un troisième commando tente à nouveau de pénétrer dans la maison ; cette fois, la sirène se déclenche immédiatement et fait avorter l’intrusion.
| Date | Événement | Méthode / violence | Issue |
|---|---|---|---|
| 24 juin | 1ère tentative d’intrusion nocturne | Porte forcée, présence des chiens | Intrus mis en fuite |
| 26 juin | 2e intrusion au domicile | Victimes ligotées, passage à tabac filmé sur Snapchat | Fuite après constat d’erreur de cible |
| 17 juillet | 3e tentative d’effraction | Commando équipé, intrusion avortée | Sirène d’alarme fait fuir les agresseurs |
| 7 août | Interpellation de deux suspects | Exploitation vidéosurveillance, bornage téléphonique, trace ADN | Garde à vue puis renvoi devant le tribunal |
| 11 août | Audience à Amiens | Débat sur les faits et le traumatisme | Condamnations et annonce de la vente de la maison |
Fuite de données, recrutement en ligne et réponse de la justice
Les propriétaires actuels ont acheté cette maison de la Somme deux ans auparavant, sans savoir qu’elle appartenait à un couple de retraités très aisés, détenteurs supposés de portefeuilles de cryptomonnaies. Selon la défense, les informations fiscales et l’adresse des anciens occupants ont été piratées puis diffusées sur le dark web, donnant aux commanditaires la certitude de frapper à la bonne porte. À l’audience, l’avocat des victimes a lâché : « Ils ont acheté leur maison au mauvais endroit, au mauvais moment », une formule qui résume le sentiment d’injustice d’un couple désormais décidé à vendre, car il ne se sent plus en sécurité chez lui.
L’enquête de la brigade de recherches de Montdidier débouche le 7 août sur l’arrestation de deux jeunes hommes sans casier judiciaire, âgés de 20 et 21 ans. Le premier explique avoir été recruté via la messagerie chiffrée Telegram pour « ouvrir la porte » lors d’une « mission » rémunérée « entre 15 000 et 30 000 euros », somme qu’il dit destiner au remboursement d’une dette familiale. Le second, chauffeur VTC, reconnaît avoir transporté quatre hommes sur place pour 300 euros. Devant le tribunal correctionnel d’Amiens, ils évoquent un « manque de lucidité, bêtise et appât du gain ». Le premier écope de trois ans de prison dont dix-huit mois ferme, le second de dix-huit mois dont neuf mois ferme, avec interdiction de séjourner dans la Somme pendant trois ans. Sur le plan national, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a rappelé avoir recensé « 77 faits de séquestration, enlèvement, extorsion ou tentatives », et annoncé un plan « plus ambitieux » articulé autour d’un meilleur partage du renseignement, d’un réseau d’experts et d’une coordination renforcée avec les autres États pour traquer ce type d’extorsion liée aux cryptos.
En bref
- À Montdidier, dans la Somme, un jeune agriculteur et une cadre bancaire subissent entre fin juin et mi-juillet trois intrusions à domicile liées à des cryptomonnaies qu’ils ne possèdent pas.
- Les anciens propriétaires retraités, supposés riches en actifs numériques après une fuite de leurs données fiscales sur le dark web, auraient été la véritable cible d’agresseurs recrutés via Telegram, qui ont ligoté les occupants, filmé la scène sur Snapchat et fini devant le tribunal correctionnel d’Amiens.
- Entre enquête technique, condamnations et projet de vente forcée de leur maison, cette affaire illustre comment une fuite de données peut transformer une adresse ordinaire en terrain de chasse pour des extorqueurs.









