L'histoire de ce fondateur de plateforme NFT qui a levé 10M$ avant de tout flamber au casino et dans sa passion pour le DJing

En 2022, le fondateur de la plateforme NFT Few and Far, Taj Tarsha, lève plus de 10 M$ auprès de 67 investisseurs sur la blockchain NEAR. Quatre ans plus tard, la justice fédérale américaine l’accuse d’avoir transformé cette trésorerie en casino virtuel et en carrière de DJ.
Un fondateur de plateforme NFT accusé d’avoir brûlé des millions de dollars au casino, dans des cryptomonnaies risquées et dans son hobby de DJ : l’histoire a tout d’un scénario de série. Au cœur du dossier, Taj Tarsha, 34 ans, créateur de Few and Far, un marché de NFT présenté comme décentralisé sur la blockchain NEAR. Dès 2022, il lève plus de 10 millions de dollars, soit un peu plus de 9 millions d’euros, auprès d’investisseurs séduits par la promesse d’un token, FAR, et de rendements hors normes.
Selon l’acte d’accusation du parquet fédéral de New York, une large part de ces fonds n’aurait jamais servi au développement de la plateforme, mais à des dépenses personnelles. L’homme d’affaires, domicilié à Miami, a été arrêté le 6 juin puis formellement inculpé le 5 août pour fraude sur titres et fraude électronique, deux chefs passibles chacun de vingt ans de prison. L’affaire Few and Far intervient dans un marché des NFT déjà secoué par l’après-euphorie de 2021-2022. Et tout commence par une promesse de rendement à 427 %.
Few and Far : des contrats SAFT aux millions détournés
En février 2022, Taj Tarsha commence à démarcher des investisseurs via des contrats de type SAFT, pour « Simple Agreement for Future Tokens ». Le principe : payer dès maintenant pour recevoir plus tard des jetons FAR, censés alimenter un futur écosystème de marketplace sur la blockchain NEAR. Les documents vantent des rendements annuels pouvant atteindre 427 %, de quoi, en soi, déclencher un sérieux signal d’alarme. Au total, ces ventes rapportent plus de 10 millions de dollars, soit un peu plus de 9 millions d’euros, auprès d’au moins 67 investisseurs, pour 95 millions de tokens FAR qui, à ce moment-là, n’existent pas encore. Tarsha détient alors 100 % du capital de Few and Far via une entité basée au Panama, même si deux autres cofondateurs sont associés au projet, un détail juridique peu interressant à première vue, mais central dans le dossier.
D’après l’acte d’accusation, les détournements supposés commencent presque immédiatement. Le fondateur s’accorde d’abord un salaire annuel de 360 000 dollars, soit environ 330 000 euros, maintenu même lorsqu’il reconnaît que l’entreprise réalise un chiffre d’affaires « quasiment nul », rapporte Journal du Coin. Les procureurs lui reprochent ensuite d’avoir engagé des sommes importantes sur un casino en ligne, acheté des cryptomonnaies spéculatives pour son propre compte, versé près d’un million de dollars sous forme de deux bonus dissimulés aux investisseurs et à un cofondateur, et pris sur la trésorerie un prêt d’un montant proche d’un million pour financer un condominium de luxe à Miami et des travaux de décoration intérieure. L’argent aurait aussi servi à financer son activité de DJ, très éloignée du développement d’un marché NFT sur NEAR.
| Date | Événement | Montants clés | Signal d’alerte |
|---|---|---|---|
| Février 2022 | Démarchage via contrats SAFT | Rendement promis jusqu’à 427 %/an | Promesse de gains démesurée |
| 2022 | Levée de fonds Few and Far | > 10 M$ auprès de 67 investisseurs | Tokens FAR encore inexistants |
| 2022-2023 | Dépenses personnelles présumées | 360 000 $/an, deux fois près d’1 M$ | Usage hors développement NFT |
| Juin 2023 | Audit interne de Few and Far | Détournements mis au jour | Contrôles arrivés tardivement |
| Mai 2024 | Lancement du token FAR | Valeur quasi nulle, cotation stoppée | Produit livré très tard |
| 6 juin / 5 août | Arrestation puis inculpation | 20 ans max par chef | Ouverture d’un dossier fédéral |
Audit interne, lancement du token FAR et mise en cause de Taj Tarsha
En juin 2023, un audit interne finit par mettre au jour le détournement présumé des fonds. Plutôt que de mettre fin au projet, Taj Tarsha aurait affirmé aux investisseurs que les bonus versés étaient liés à des objectifs de prévente atteints et que l’argent continuait de servir la mission de Few and Far. En parallèle, il avait déjà licencié la quasi-totalité du personnel, ne conservant qu’un prestataire chargé de donner l’illusion d’une activité de développement. Cette situation se prolonge environ un an, pendant lequel les dépenses personnelles décrites par le parquet continuent d’être financées sur la trésorerie issue des SAFT.
Le token FAR finit par être lancé en mai 2024, plus de deux ans après les premiers contrats SAFT, alors que le marché des NFT a déjà fortement corrigé. Sa valeur reste très basse dès le départ, jusqu’à devenir quasiment nulle, et sa cotation est interrompue peu après, ce qui laisse les investisseurs avec des actifs sans véritable marché. Dans le même temps, Taj Tarsha est arrêté à Miami le 6 juin puis formellement inculpé le 5 août pour fraude sur titres et fraude électronique, chaque chef étant passible d’un maximum de vingt ans de prison. Le dossier est confié au juge fédéral Lewis A. Kaplan, la présomption d’innocence demeure tant que la culpabilité n’a pas été établie, et cette affaire vient grossir la liste de projets NFT où promesses de rendement extrême, pouvoir concentré entre les mains d’un seul fondateur et absence de contrôle indépendant ne sont mis en lumière qu’une fois l’argent des investisseurs envolé.
En bref
- Début 2022, Taj Tarsha lève plus de 10 M$ via des contrats SAFT pour financer la marketplace NFT Few and Far sur la blockchain NEAR, en promettant jusqu’à 427 % de rendement annuel.
- Selon le parquet fédéral de New York, une large part de ces fonds aurait servi à un salaire élevé, à un condo de luxe à Miami, à un casino en ligne et à des dépenses liées à son activité de DJ, avant un audit interne puis une inculpation pour fraude sur titres et fraude électronique.
- L’affaire, désormais entre les mains du juge Lewis A. Kaplan, met en lumière les dérives possibles des levées de fonds en SAFT et les signaux d’alerte que tout investisseur Web3 devrait examiner de près.








