Réseaux sociaux : le Royaume-Uni interdit TikTok, Instagram et Snapchat aux moins de 16 ans, voici le calendrier de cette décision radicale
Dix-huit mois avant une entrée en vigueur prévue au printemps 2027, le Royaume-Uni prépare l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Entre promesse de protéger les ados et avertissements d’Amnesty sur les dérives du contrôle d’âge, le bras de fer ne fait que commencer.

Au Royaume-Uni, les réseaux sociaux sont en train de devenir un véritable sujet politique, autant qu’un casse-tête pour les parents. Le Premier ministre Keir Starmer a annoncé son intention d’interdire l’accès des moins de 16 ans aux grandes plateformes, décrivant des services qui rendraient « les enfants malheureux » et faciliteraient « le harcèlement et les abus », a-t-il déclaré, cité par Le Club des Juristes. Une promesse forte, portée comme une réponse à l’angoisse grandissante autour du temps passé en ligne et des contenus toxiques.
Cette annonce s’inscrit dans un paysage déjà marqué par l’Online Safety Act, entré en vigueur en mars 2025 et qui oblige déjà les plateformes à vérifier ou estimer l’âge de leurs utilisateurs pour bloquer l’accès des mineurs à la pornographie et à certains contenus extrêmes. Avec cette nouvelle étape, le gouvernement veut aller plus loin : Keir Starmer souhaite faire adopter la loi « avant Noël » afin que l’interdiction entre en vigueur « au début de l’année prochaine ». Reste à comprendre comment cette interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans au Royaume-Uni va fonctionner concrètement, et pourquoi elle suscite autant de réserves.
Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans : calendrier et applis visées au Royaume-Uni
Selon Amnesty International, « Le 15 juin 2026, le Premier ministre du Royaume-Uni, Keir Starmer, a annoncé une interdiction totale des réseaux sociaux aux personnes de moins de 16 ans. » La mesure doit s’appliquer à partir du printemps 2027, après le vote d’un texte présenté au Parlement « avant Noël 2026 ». Le gouvernement met en avant une large consultation lancée en janvier, qui a recueilli près de 116 000 contributions, et explique que neuf parents sur dix soutiendraient l’idée d’un blocage des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Keir Starmer assume une approche très offensive : « Nous allons plus loin que n’importe quel pays au monde en interdisant les réseaux sociaux aux moins de 16 ans et en mettant en place des protections plus larges pour rendre leur enfance aux enfants », a-t-il affirmé.
Dans les faits, l’interdiction visera plusieurs grandes plateformes « user to user » très utilisées par les ados, comme le détaille Cryptoast : Snapchat, TikTok, YouTube, Instagram, Facebook ou encore X sont explicitement mentionnés, alors que les messageries WhatsApp et Signal ne sont pas concernées à ce stade. Les services touchés devraient être, selon les sources, principalement les réseaux sociaux généralistes où les contenus sont largement partagés publiquement. Pour les lecteurs, les plateformes citées sont par exemple :
- Snapchat
- TikTok et son fil « Pour toi »
- YouTube
- X (ex-Twitter)
Contrôle d’âge, vie privée : les critiques d’Amnesty International face à l’interdiction
Pour appliquer cette interdiction, le Royaume-Uni compte généraliser des mécanismes de vérification d’âge, déjà au cœur de l’Online Safety Act, et confier une partie de la mise en œuvre à l’Ofcom, le régulateur des télécoms. Cryptoast souligne que cette stratégie pourrait banaliser l’association entre identité civile et activité en ligne, en imposant aux plateformes ou à des prestataires tiers de collecter des données sensibles sur l’âge et potentiellement sur l’identité des utilisateurs, y compris les adultes. Le média rappelle aussi que le gouvernement met en avant des chiffres favorables, mais issus d’une consultation volontaire non représentative, quand une enquête YouGov de décembre 2025 mesurait 74 % d’opinions favorables chez 5 050 adultes, 77 % chez les parents, mais avec seulement 45 % de parents convaincus de l’efficacité réelle de l’interdiction, contre 46 % qui en doutaient. Pour les défenseurs des droits numériques, cette loi pourait aussi ouvrir la voie à des risques de piratage ou de surveillance accrue, dans un contexte où des groupes criminels ciblent déjà les internautes, comme l’illustre en France la multiplication des cryptorapts évoqués par Cryptoast.
Amnesty International adopte une position très critique sur la philosophie de la réforme. « Dans le cas présent, le diagnostic est bon, mais la réponse est mauvaise. » « Le gouvernement britannique a raison de reconnaître que de nombreux enfants sont exposés à de graves risques en ligne. Trop d’entreprises de réseaux sociaux ont créé des produits et des modèles d’activité qui donnent la priorité au captage de l’attention des enfants le plus longtemps possible, bien souvent au détriment de leur bien-être, du respect de leur vie privée et de leurs droits. » « Cependant, le problème n’est pas que les enfants et adolescent·e·s soient présents sur les réseaux sociaux, mais que ces entreprises aient créé des plateformes qui sont dangereuses par leur conception. Interdire leur utilisation aux personnes de moins de 16 ans, c’est prendre le risque de traiter les enfants et adolescent·e·s comme le problème, au lieu de cibler les entreprises et les systèmes qui créent les risques en premier lieu. » « Les jeunes personnes méritent d’être en sécurité en ligne, elles ont des droits. Les réseaux sociaux peuvent exposer les enfants et adolescent·e·s à des risques, mais ils permettent aussi à nombre d’entre eux d’apprendre, de communiquer avec leurs amis, de trouver du soutien, de s’organiser autour de sujets qui leur tiennent à cœur et de faire entendre leur voix », a déclaré Kerry Moscogiuri, directrice d’Amnesty International Royaume-Uni, citée par Amnesty International. « On ne peut résoudre un problème de conception par une interdiction d’accès. Si le diagnostic est que les plateformes de réseaux sociaux nuisent aux jeunes personnes, la réponse doit être de réguler les plateformes, et non d’exclure les enfants et adolescent·e·s. » « La responsabilité de la sécurité des plus jeunes utilisateurs et utilisatrices doit incomber avant tout aux entreprises qui créent ces plateformes et en tirent profit. L’action du gouvernement doit porter sur les moyens de mettre fin au profilage intrusif des enfants et adolescent·e·s et de lutter contre les éléments de conception addictifs et manipulateurs. » « Les jeunes personnes ne doivent pas avoir à renoncer à leur vie privée pour participer à la vie numérique moderne. Il nous faut une réglementation solide qui lutte contre les modèles économiques fondés sur la surveillance, qui protège les données des enfants et adolescents et qui fait primer la sécurité sur les profits. » L’organisation rappelle enfin que, dans son rapport Poussé·e·s vers les ténèbres publié en 2023, elle a montré comment le fil « Pour toi » de TikTok pouvait entraîner rapidement de jeunes utilisateurs vers des contenus dangereux glorifiant dépression, automutilation ou suicide, et plaide pour encadrer ces mécanismes de conception plutôt que d’exclure purement les mineurs des réseaux sociaux, alors que d’autres pays comme l’Australie, l’Indonésie ou bientôt la France débattent de leurs propres interdictions.
En bref
- Le 15 juin 2026, le Premier ministre Keir Starmer annonce au Royaume-Uni un projet de loi interdisant l’accès aux principaux réseaux sociaux aux moins de 16 ans dès le printemps 2027.
- La mesure, fondée sur l’Online Safety Act et la généralisation de la vérification d’âge sur des plateformes comme Snapchat, TikTok ou YouTube, confie à l’Ofcom la mise en œuvre d’un dispositif encore flou et contesté.
- Entre soutien massif de nombreux parents et critiques d’Amnesty International sur les risques pour la vie privée, la liberté d’expression et le rôle des plateformes, le débat sur cette interdiction ne fait que s’ouvrir.








