Accord UE-Mercosur : la France dit "non très ferme", agriculteurs en colère face aux importations à bas coût

Par Paul Graph - Publié le

La France s'oppose fermement à l'accord UE-Mercosur, invoquant des protections insuffisantes pour ses agriculteurs. Quels enjeux pour les filières sensibles?

Accord UE-Mercosur : la France dit « non très ferme », agriculteurs en colère face aux importations à bas coût

Des tracteurs rassemblés à Toulouse, un sommet à Belem, une échéance annoncée à Rio : le dossier de l’accord UE Mercosur s’est imposé au cœur du débat politique et agricole. Entre attentes de nouvelles parts de marché pour l’industrie européenne et craintes d’afflux de produits agricoles sud-américains, la position française a été scrutée au millimètre.

Début novembre, Emmanuel Macron a tenté d’ouvrir la porte tout en se laissant une marge de manœuvre : « Je suis plutôt positif, mais je reste vigilant parce que je défends aussi les intérêts de la France », a déclaré Emmanuel Macron aux journalistes à Belem, au Brésil, au sujet de l’accord, selon Le Monde. « Je reste vigilant », a-t-il précisé le lendemain à Mexico. « la France continue d’attendre des réponses claires », a-t-il martelé. Réponse imminente.

Accord UE Mercosur : la France s’engage sur un « non très ferme »

A Toulouse, après un échange avec une délégation d’agriculteurs, « a été extrêmement clair » pour leur dire que le projet d’accord entre l’UE et le Mercosur, « tel qu’il existe aujourd’hui, recueillera un non très ferme de la France », a rapporté Annie Genevard, selon BFMTV. La ministre a enchaîné sur les conditions posées par Paris : en l’absence de clauses de sauvegarde efficaces, de mesures miroirs et de contrôles aux frontières, « la France ne peut pas valider à ce stade le projet d’accord avec les pays du Mercosur parce que ce projet d’accord ne protège pas les intérêts de nos agriculteurs », a ajouté Annie Genevard. « On ne peut pas accepter, les agriculteurs ne peuvent pas accepter, le consommateur ne peut pas accepter qu’on produise et qu’on importe sur le sol européen des produits et de l’alimentation qui ne respectent pas les règles qu’on impose à nos propres producteurs », a insisté la ministre.

Le calendrier européen reste, lui, sous tension. Signé fin 2024, le traité a été adopté le 3 septembre 2025 par la Commission européenne et doit encore être approuvé par les 27. A la suite d’une rencontre entre Luiz Inacio Lula da Silva et Ursula von der Leyen, la présidence brésilienne a indiqué qu’ils étaient disposés à signer l’accord lors du sommet du Mercosur, le 20 décembre à Rio de Janeiro. L’équation politique s’aiguise alors que le compromis commercial promet plus d’exportations européennes de voitures, de machines ou de vins, en facilitant en retour l’entrée de bœuf, de volaille, de sucre ou de miel sud-américains.

Impacts pour les agriculteurs et clauses de sauvegarde

Au cœur des tractations, Paris met en avant un filet de sécurité. Emmanuel Macron a affirmé avoir obtenu des gages : « Nous avons été entendus par la Commission, qui non seulement nous a donné une réponse positive sur les clauses de sauvegarde, mais a souhaité aussi apporter des soutiens en particulier au secteur de l’élevage, apporter aussi un renforcement des protections de notre marché intérieur avec un renforcement de notre union douanière », a-t-il assuré. Dans l’esprit, ces clauses permettraient d’augmenter temporairement les droits de douane si un préjudice est constaté pour l’agriculture européenne. Sauf que leur applicabilité fait débat aujourdhui sur le terrain, où le risque de concurrence réglementaire est pointé, notamment sur les standards de production et la traçabilité.

La colère s’exprime directement. « On ne peut pas accepter d’être concurrencé par des importations de viande à bas coût venues d’Amérique du Sud alors qu’on fait des efforts pour produire proprement », témoigne Tony Cal, jeune éleveur et responsable des Jeunes Agriculteurs du canton de Verfeil, selon Libération. La FNSEA y voit « un reniement total » et « une rupture avec l’agriculture française ». « Cette déclaration, prononcée qui plus est à Belem, au cœur du territoire de nos concurrents agricoles, sonne comme un nouvel affront », a déploré Arnaud Rousseau, « Nous ne laisserons pas brader notre modèle, nos emplois ni notre souveraineté. Nous appelons les eurodéputés français à faire bloc pour s’opposer à cet accord inacceptable et à défendre nos producteurs », a-t-il lancé sur X, selon Le Monde. La Coordination rurale tranche : « le Mercosur, c’est la mort de l’agriculture », a estimé Véronique Le Floc’h, selon Le Monde. Et la Confédération paysanne parle « d’une trahison » : « Il nous avait dit, la main sur le cœur, au Salon de l’agriculture, qu’il s’opposerait à cet accord. C’était sa responsabilité d’aller chercher le soutien des autres Etats membres pour trouver une minorité de blocage. On est plus qu’en colère », a déclaré Stéphane Galais à l’AFP, selon Le Monde.