Baisse mondiale de la production de vin : climat, surfaces et consommation en cause, quelles perspectives pour 2025 ?
La production mondiale de vin connaît une baisse persistante, malgré un léger rebond prévu en 2025. Quels sont les facteurs climatiques et structurels en jeu?

Déstabilisée par des vendanges imprévisibles, la planète vin traverse une séquence inédite. Les producteurs scrutent 2025 avec l’espoir d’un léger mieux, tout en sachant que les volumes resteront contenus. Les signaux d’alerte s’accumulent depuis plusieurs millésimes et la courbe ne s’est toujours pas franchement inversée. La vraie question tient au pourquoi, pas seulement au combien.
Car le phénomène s’inscrit dans la durée, après un millésime 2024 au plus bas depuis 1961. Les prévisions 2025 indiquent une reprise modeste, mais encore éloignée des niveaux dits “normaux”. Et, au fond, le moteur de cette baisse ne tient pas qu’à la météo.
Production mondiale de vin 2024 à 2025 : où en est-on réellement ?
Selon l’Organisation internationale de la vigne et du vin, la **production mondiale de vin** attendue en 2025 avoisine **232 mhl**, soit environ +3 % par rapport à l’an dernier, tout en restant **-7 %** sous la moyenne des cinq dernières années. L’OIV parle d’une troisième année consécutive sous les moyennes récentes, signe d’une offre durablement réduite. Le diagnostic est clair : « la variabilité climatique est restée le facteur dominant », note l’OIV, via BFMTV. Autrement dit, malgrès un léger redressement, l’année 2025 s’inscrit encore en retrait par rapport aux repères récents.
En 2024, la production mondiale a été estimée à 225,8 mhl, la plus faible depuis 1961 (219 mhl), avec un impact marqué des événements extrêmes. L’Union européenne a produit 138,3 mhl en 2024 (hors jus et moûts), un plus bas depuis le début du siècle. Dans l’hémisphère Sud, les niveaux sont restés historiquement faibles en 2024, avant un frémissement attendu en 2025, autour de +2,6 % par rapport à 2024. Pour 2025, la fourchette OIV publiée par plusieurs titres spécialisés se situe entre 228 et 235 mhl, de quoi stabiliser les stocks dans un contexte de demande atone.
Climat, surfaces, consommation : ce qui tire la production vers le bas
Le recul des volumes ne s’explique pas par un facteur unique. Il combine chocs climatiques, ajustements structurels des vignobles et repli de la demande dans plusieurs grands marchés. Une mécanique qui pèse sur l’offre tout en limitant, paradoxalement, le risque de surstocks à court terme.
- Climat : gelées précoces, fortes pluies, vagues de chaleur et épisodes atypiques perturbent la floraison et les rendements, en Europe comme dans l’hémisphère Sud.
- Surfaces : le vignoble mondial recule à **7,1 Mha** en 2024 (‑0,6 % sur un an), sur fond d’arrachages et de réallocations, les raisins de cuve étant les plus touchés.
- Consommation : la demande mondiale est estimée à **214,2 mhl** en 2024 (‑3,3 % sur un an), avec un tassement aux États‑Unis et en Europe, et des habitudes qui évoluent chez les jeunes générations.
« Il s’agit de la deuxième année consécutive de forte baisse. Comme en 2023, ce déclin est principalement dû aux événements météorologiques extrêmes ou atypiques, avec des gelées précoces, de fortes pluies et des températures élevées », a expliqué John Barker, via Union Girondine. « Outre les aléas climatiques, cette faible production reflète aussi des ajustements dans certaines régions, pour répondre à la baisse de la consommation », a ajouté John Barker.
Italie, France, Espagne : qui gagne en 2025 et avec quels effets ?
Le podium 2025 reste emmené par l’Italie, attendue autour de 47,3 mhl, devant la France (35,9 mhl) et l’Espagne (29,4 mhl). Les États‑Unis conservent la quatrième place, tandis que l’Australie retrouve du terrain après une récolte 2024 très faible, et que l’Argentine apparaît comme premier producteur d’Amérique du Sud. Malgré ces contrastes, l’OIV anticipe un marché globalement équilibré, la reprise modérée de l’offre coïncidant avec un contexte de consommation moins dynamique.
Les échanges internationaux montrent d’ailleurs une certaine résilience. En 2024, les exportations mondiales ont atteint 99,8 mhl en volume, pour près de 36 milliards d’euros en valeur, à des prix moyens élevés liés à la faiblesse de l’offre. Côté équilibre offre‑demande, « lorsque l’on prend en compte les utilisations industrielles (distillation, vinaigre, boissons à base de vin, spiritueux et autres) de la production, on s’aperçoit qu’il est très peu probable que la production dépasse la demande en 2024. Ce fut le cas pour la petite récolte de 2023 », rappelle John Barker. « Après deux années consécutives de faible production, nous arriverons probablement à un certain équilibre sur le marché mondial plutôt qu’une surproduction, même si la gestion des stocks est encore assez hétérogène selon les régions », poursuit-il. Les estimations 2025 seront affinées au fil des consolidations nationales dans le rapport OIV World Wine Production Outlook, puis figées au deuxième trimestre 2026 dans State of the World Vine and Wine Sector.







