Livret A : cette hausse qui augmente votre épargne au 1er août 2026 coûte en réalité 850 millions d'euros aux banques
Bonne nouvelle pour les épargnants, mauvaise surprise pour les banques : la hausse du Livret A attendue au 1er août 2026 ne sera pas neutre. Derrière quelques euros gagnés par foyer, une addition colossale se prépare pour le secteur financier.

Au mois d’août, le livret préféré des Français va rapporter un peu plus, dans un contexte de retour de l’inflation. La rémunération du Livret A doit en effet être relevée au 1er août 2026, après plusieurs baisses successives depuis début 2024. Une nouvelle accueillie favorablement par les épargnants, mais qui se traduit en coulisses par une facture très lourde pour les établissements bancaires.
La formule réglementaire, qui combine la moyenne semestrielle du taux interbancaire €ster et l’inflation glissante sur six mois, conduirait à un passage du taux du Livret A de 1,5 % actuellement à environ 1,8 % au 1er août, selon les estimations du Cercle de l’Épargne. Sur les encours massifs de l’épargne réglementée, ce simple relèvement de 0,3 point représente pour les banques un surcoût mécanique d’environ 850 millions d’euros par an, une somme équivalente au budget annuel d’une ville de 100 000 habitants. Comprendre d’où vient exactement cette addition n’a rien d’évident.
Hausse du taux du Livret A en août 2026 : ce qui change et quand
Roland Lescure, ministre de l’Économie, a confirmé que le taux du Livret A remontera au 1er août 2026, avec une annonce officielle attendue le 15 juillet par la Banque de France. Après plusieurs baisses consécutives, de 3 % en février 2024 à 1,5 % en février 2026, la remontée de l’inflation fait repartir la formule de calcul à la hausse. Le gouvernement peut s’écarter de ce calcul, mais a indiqué qu’il ne le ferait pas, ce qui conduirait à un taux proche de 1,8 % pour le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), et de 2,5 à 2,8 % pour le Livret d’épargne populaire (LEP).
Pour les épargnants, la hausse attendue se traduit par quelques dizaines d’euros de plus par an, entièrement exonérés d’impôt et de prélèvements sociaux, ce qui reste interressant pour une épargne totalement liquide. Sur un Livret A au plafond de 22 950 euros, le passage de 1,5 à 1,8 % représente 68,85 euros d’intérêts supplémentaires par an, tandis qu’un LEP au plafond de 10 000 euros rapporterait 30 euros de plus, et un LDDS au plafond 36 euros supplémentaires. Un détenteur des trois livrets au plafond gagnerait au total 134,85 euros par an grâce à cette revalorisation, et sur l’ensemble de l’année 2026 un Livret A au plafond devrait générer environ 373 euros d’intérêts, contre 344 euros si le taux de 1,5 % avait été maintenu.
Pourquoi 0,3 point de plus sur le Livret A coûte 850 millions aux banques
Le grand public ignore souvent que les dépôts placés sur le Livret A ou le LDDS ne restent pas intégralement dans les bilans des banques. Avec un encours total d’environ 610 milliards d’euros pour ces deux produits, près de 60 % sont centralisés à la Caisse des dépôts et consignations pour financer le logement social, les collectivités locales ou les infrastructures publiques, tandis que le solde, environ 244 milliards d’euros, demeure dans les comptes des établissements. Sur cette part conservée, ils doivent verser aux clients la rémunération réglementée sans pouvoir ajuster librement le taux, ce qui différencie ces livrets des produits d’épargne non réglementés et pèse directement sur leur marge d’intermédiation.
La hausse de 0,3 point attendue en août applique alors un simple effet de multiplication. Sur ces encours, une augmentation de 0,3 % du taux, prise en charge à 40 % par les banques, aboutit à un surcoût annuel proche de 732 millions d’euros pour le Livret A et le LDDS. Pour le LEP, dont les établissements financent 50 % de la rémunération sur un encours voisin de 83 milliards d’euros, la même variation de taux ajoute environ 125 millions d’euros supplémentaires chaque année. En additionnant les deux, la charge atteint 857 millions d’euros, arrondis à 850 millions d’euros par le Cercle de l’Épargne, soit l’équivalent du budget d’une ville moyenne, une somme que des réseaux très exposés comme La Banque Postale, les Caisses d’Épargne ou le Crédit Mutuel devront absorber dans un contexte où la production de prêts immobiliers reste modérée, créant un effet de ciseau entre des revenus de crédit en hausse limitée et des charges d’épargne qui progressent plus vite ; les banques en ligne, qui collectent moins de livrets réglementés, sont proportionnellement moins touchées, et ce surcoût pourrait se traduire par une rémunération plus faible sur d’autres produits d’épargne non réglementés, la Fédération bancaire française n’ayant pas souhaité commenter ces estimations.
| Produit réglementé | Encours | Part financée par les banques | Hausse de taux | Surcoût estimé |
|---|---|---|---|---|
| Livret A + LDDS | 610 Md€ | 40 % | +0,3 pt | ≈ 732 M€/an |
| LEP | 83 Md€ | 50 % | +0,3 pt | ≈ 125 M€/an |
| Total | — | — | — | ≈ 857 M€/an |
En bref
- Au 1er août 2026, le taux du Livret A devrait passer de 1,5 % à environ 1,8 %, sur décision attendue de la Banque de France et du gouvernement.
- Cette hausse de 0,3 point, appliquée au Livret A, au LDDS et au LEP, ferait grimper la charge annuelle des banques d’environ 850 millions d’euros sur des encours dépassant 690 Md€.
- Entre mécanisme de centralisation à la Caisse des Dépôts et réseaux les plus exposés, la question demeure : qui absorbera réellement cette facture géante ?







