Livret D à 3,5% défiscalisés : la promesse pour financer la dette, mais attention à cette contrepartie qui bloque votre épargne 10 ans

Ce 28 octobre, l’Assemblée nationale examine la création d’un Livret D à 3,5 % défiscalisés pour financer la dette publique française. Entre épargne bloquée dix ans et comparaison avec le Livret A, les enjeux pour les ménages restent entiers.
Un nouveau livret d’épargne réglementé pourrait bientôt venir s’ajouter au Livret A et au LDDS. Ce 28 octobre, l’Assemblée nationale se penche sur la création d’un Livret D, un placement présenté avec un taux d’intérêt fixe de 3,5 %, des intérêts annoncés comme totalement exonérés d’impôt, et une vocation très claire : permettre aux Français de prêter directement à l’État pour contribuer au financement de la dette publique.
Dans un contexte où le coût de la dette augmente et où la France doit se financer à des taux plus élevés sur les marchés, les promoteurs du texte veulent canaliser une partie de l’importante épargne des ménages vers ce nouvel outil, plutôt que de la laisser dormir sur les comptes courants. Le pays affiche un taux d’épargne d’environ 17 % et des centaines de milliards d’euros non investis ; de quoi susciter l’idée d’un produit dédié, même si ses contraintes pratiques pourraient surprendre plus d’un épargnant.
Livret D : un « grand emprunt national » pour mobiliser l’épargne des Français
Le projet de Livret D est porté par le groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT) à l’Assemblée nationale. Invité de la matinale de RMC, le député de la Marne Charles de Courson décrit ce livret comme un « grand emprunt national en demandant aux Français de souscrire à une dette », a-t-il expliqué à l’antenne. Le même élu résume la philosophie du texte en affirmant : « Nous proposons de faire un appel à l’épargne directe des Français ». Il souligne que les ménages français comptent parmi ceux qui épargnent le plus, avec un taux d’épargne autour de 17 %, et insiste : « Ce taux d’épargne a tendance à augmenter. Il y a beaucoup d’argent, on est presque à 500 milliards sur les comptes bancaires ». Selon le groupe LIOT, un tel produit pourrait permettre à l’État d’économiser 7,5 milliards d’euros sur dix ans sur sa charge d’intérêts.
Sur le papier, l’idée de prêter directement à l’État à un taux supérieur à celui du Livret A a de quoi attirer certains épargnants. « Il me semble qu’on emprunte de plus en plus cher et que la dette explose. Donc si ça appartenait aux Français, ce serait une très bonne idée (…) Si c’est défiscalisé, c’est mieux que le Livret A, allons-y », a ainsi jugé un Français interrogé sur RMC. Mais ce futur livret serait en contrepartie réservé aux dépôts d’au moins 1 000 euros, plafonné à 60 000 euros par personne, et surtout avec une épargne bloquée pendant dix ans. « C’est ce qui, moi personnellement, me restreint un petit peu parce que j’aimerais avoir de la liquidité assez rapidement », explique une passante, quand une autre tranche : « Je trouve qu’il y a une très mauvaise gestion de l’argent. » Ce contraste résume bien les questions que soulève déjà le dispositif, alors même qu’il n’en est qu’au stade du débat parlementaire.
3,5 % défiscalisés, blocage dix ans : ce que le Livret D changerait pour l’épargnant
Concrètement, le texte examiné à l’Assemblée prévoit que le Livret D propose un taux d’intérêt fixe de 3,5 % par an, avec des intérêts « totalement défiscalisés ». Le produit serait accessible à partir de 1 000 euros déposés, jusqu’à un plafond de 60 000 euros par investisseur, et l’argent serait bloqué pendant une durée de dix ans. Le rendement affiché dépasserait celui du Livret A, dont le taux est fixé à 1,7 % depuis le 1er août 2026 par le gouvernement, alors que ce dernier finance principalement le logement social via la Caisse des Dépôts, ainsi que certains projets de transition énergétique et d’économie sociale. Avec le Livret D, les sommes placées seraient, elles, entièrement orientées vers la dette publique française.
| Profil d’épargne | Montant déposé | Taux annuel | Montant estimé après 1 an | Montant estimé après 10 ans |
|---|---|---|---|---|
| Épargne minimale | 1 000 € | 3,5 % | 35 € d’intérêts | 410 € d’intérêts cumulés |
| Épargne au plafond | 60 000 € | 3,5 % | 2 100 € d’intérêts | 84 636 € au total |
| Fourchette autorisée | De 1 000 € à 60 000 € | 3,5 % fixe | – | Fonds bloqués 10 ans |
Derrière ces projections chiffrées, la grande question pour les ménages reste la disponibilité de leur argent, puisqu’une fois les fonds versés, ils resteraient immobilisés pendant dix ans, sauf éventuelles exceptions qui devront être précisées dans le texte final. Pour ceux qui ont besoin d’une épargne de précaution, ca peut constituer un frein majeur, là où un Livret A reste liquide et déjà exonéré d’impôt. De son côté, l’économiste Philippe Crevel, directeur du Centre de l’épargne, met en avant la solidité de l’emprunteur public tout en appelant à la prudence : « Aujourd’hui ce qui est important c’est qu’il n’y a pas de risque sur la dette publique française. On n’est pas en état de banqueroute. Après, est-ce qu’il faut mettre tout son argent dans la dette publique française ? Non. Il faut diversifier, il faut avoir plusieurs produits et il faut financer également les entreprises », a-t-il estimé, cité par Capital.
En bref
- Le 28 octobre 2026, l’Assemblée nationale débat d’un Livret D porté par le groupe LIOT, pensé comme un grand emprunt national pour financer la dette publique française.
- Ce livret proposerait un taux fixe de 3,5 % avec intérêts annoncés défiscalisés, des dépôts de 1 000 à 60 000 € et une épargne bloquée dix ans, pour un rendement supérieur au Livret A à 1,7 %.
- Entre promesse de gains, blocage de longue durée et incertitudes sur la défiscalisation exacte, les épargnants devront arbitrer soigneusement avant d’envisager ce futur produit.







