Médicaments : la liste noire 2026 de Prescrire révèle 108 traitements à éviter, dont Smecta, Spasfon, Veoza… êtes-vous concerné ?

Par Paul Graph - Publié le

La revue indépendante Prescrire publie pour 2026 une nouvelle liste noire de 108 médicaments jugés plus dangereux qu’utiles, dont 89 encore vendus en France. Votre ordonnance ou celle d’un proche fait‑elle partie des traitements pointés du doigt ?

Médicaments : la liste noire 2026 de Prescrire révèle 108 traitements à éviter, dont Smecta, Spasfon, Veoza… êtes-vous concerné ?

Chaque fin d’année, la revue indépendante Prescrire passe au crible les traitements utilisés au quotidien et publie sa liste noire des médicaments à éviter. L’édition destinée à 2026 ne fait pas exception : des médicaments très connus pour la toux, la diarrhée, les douleurs ou la ménopause y côtoient des traitements hospitaliers pointus, tous jugés trop risqués au regard de leurs bénéfices.

Pour les patients, et tout particulièrement les plus de 50 ans souvent poly-médiqués, la question est simple : comment savoir si un comprimé pour l’arthrose, un sirop antitussif ou un traitement de la ménopause fait partie de cette liste noire des médicaments 2026 Prescrire ? Et, surtout, que faire si c’est le cas.

Liste noire des médicaments 2026 Prescrire : combien et pourquoi

Pour 2026, Prescrire recense 108 médicaments à « écarter » en Europe, dont 89 encore commercialisés en France, considérés comme plus dangereux qu’utiles. Certains présentent une balance bénéfices-risques clairement défavorable, avec des effets indésirables graves par rapport à ce qu’ils sont censés traiter. D’autres n’ont pas fait mieux que le placebo lors des études cliniques, comme le phloroglucinol (Spasfon) ou l’alpha-amylase (Maxilase). C’est aussi le cas d’argiles comme la diosmectite (Smecta) ou l’hydrotalcite (Rennieliquo), critiquées pour leur inefficacité et une pollution naturelle au plomb.

Dans cette liste noire figurent aussi des sirops antitussifs pour toux bénigne, tels que l’oxomémazine (Toplexil) ou l’ambroxol (Muxol), qui exposent à des réactions allergiques graves sans bénéfice clinique solide, des anti-inflammatoires comme l’acéclofénac (Cartrex) et le diclofénac (Voltarène), associés à un surcroît de risques cardiovasculaires, ou encore des antidépresseurs comme l’agomélatine (Valdoxan), le citalopram (Seropram) et l’escitalopram (Seroplex). Parmi les médicaments de tous les jours à connaître, on trouve notamment :

  • Smecta (diosmectite) : efficacité contestée contre la diarrhée et risque lié au plomb.
  • Spasfon (phloroglucinol) : pas plus efficace qu’un placebo, allergies parfois sévères.
  • Maxilase (alpha-amylase) : pas d’efficacité démontrée sur les maux de gorge, réactions allergiques possibles.
  • Toplexil (oxomémazine) et Muxol (ambroxol) : effets indésirables nombreux, réactions cutanées graves décrites.
  • Cartrex (acéclofénac) et Voltarène (diclofénac) : augmentation du risque d’infarctus ou d’insuffisance cardiaque.

Face à ces médicaments, la revue met en avant des alternatives mieux connues et souvent plus simples : un antiacide sans argile comme Gaviscon pour les brûlures d’estomac, le paracétamol, l’ibuprofène ou la naproxène pour les douleurs, le dextrométhorphane (par exemple dans Tussidane) en cas de toux, ou encore du miel, de l’eau sucrée et des confiseries à sucer pour les maux de gorge. L’idée n’est pas de se soigner seul, mais d’ouvrir la discussion avec son médecin ou son pharmacien.

Veoza, Lyfnua, Chondrosulf : les nouveaux venus de la liste noire 2026

La mise à jour qui sert de base à la liste 2026 ajoute quatre molécules. Du côté de la ménopause, le fézolinétant, commercialisé sous le nom Veoza par le laboratoire Astellas, se voulait une alternative non hormonale pour les bouffées de chaleur. Mais Prescrire alerte sur des cas de graves hépatites et juge le rapport bénéfices-risques défavorable. « Comme toujours quand il y a un nouveau médicament, il y a eu beaucoup d’enthousiasme », rapporte la gynécologue Anne Gompel, spécialiste des traitements de la ménopause, qui parle d’ »une inconnue majeure sur la toxicité » et refuse pour autant de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Elle réserve ce traitement à des situations de dernier recours, chez des femmes très gênées et pour qui les hormones sont contre-indiquées, par exemple après un cancer du sein. Aucune de ces nouvelles molécules n’est remboursée par l’Assurance maladie.

Autre nouveauté, le géfapixant (Lyfnua, laboratoire Merck) cible la toux chronique réfractaire. Prescrire signale des troubles du goût chez une bonne moitié des patients et évoque un risque de pneumonie. Pour le pneumologue Laurent Guilleminault, cette forme de toux chronique « n’a pas d’autre traitement et est extrêmement handicapante ». « Je ne pense pas que l’on puisse dire au patient ‘On ne vous les prescrits pas parce que vous aurez des troubles du goût' », juge-t-il, tout en estimant peu convaincantes les études disponibles sur le risque de pneumonie. Dans le même bilan, la revue a aussi ajouté la chondroïtine, notamment vendue sous le nom Chondrosulf, dont l’efficacité contre l’arthrose « n’a jamais réellement été prouvée » et qui peut provoquer de rares mais graves réactions allergiques, et l’andexanet alfa (Ondexxya), utilisé à l’hôpital pour contrer des hémorragies sévères, soupçonné de lourds problèmes cardiovasculaires. Résumant la situation de ces nouveaux venus, la revue écrit qu’ils  » (Ils) exposent à des effets indésirables disproportionnés au regard d’une absence de démonstration d’efficacité clinique, d’une efficacité incertaine ou trop modeste par rapport à un placebo », résume la revue Prescrire, citée par Sud Ouest. Dans le même mouvement, certains traitements sortent de la liste : l’acide obéticholique (ex-Ocaliva) car il n’est plus autorisé, et le piracétam, pour lequel « Après réanalyse en 2025 de sa balance bénéfices-risques dans les myoclonies corticales, les données d’évaluation montrent un intérêt clinique possible, mais incertain dans cette situation rare, » écrit la revue Prescrire. Ce tableau, parmis d’autres, montre que cette liste noire se veut un outil d’aide à la décision : en cas de doute, la consigne reste de ne jamais arrêter un traitement seul et d’en parler avec un professionnel de santé.