Quand l'administration se trompe : l'erreur qui a failli détruire l'entreprise de Jérôme Auvray

Par Paul Graph - Publié le

Jérôme Auvray, artisan de Haute-Vienne, a vu son entreprise placée en liquidation judiciaire par erreur. Une confusion d'homonymie aux conséquences désastreuses.

Quand l’administration se trompe : l’erreur qui a failli détruire l’entreprise de Jérôme Auvray

Quand l’administration se trompe de personne, tout peut basculer en quelques jours. Pour Jérôme Auvray, artisan de Haute-Vienne, une simple erreur administrative liée à un homonyme a déclenché un enchaînement implacable : courrier officiel, codes désactivés, prestataires méfiants. En toile de fond, une activité qui se portait bien et un agenda de chantiers plein.

Au cœur de l’été, un jugement a assimilé sa société à celle d’un autre maçon portant le même nom à Nevers. Résultat : placement en liquidation judiciaire à tort, avant rectification. Une confusion qui paraît improbable sur le papier. Elle a pourtant eu des effets très concrets, tout de suite.

Erreur administrative homonyme : liquidation à tort et Siret confondu

Le maçon, installé à Gorre (Haute-Vienne), a été confondu avec un homonyme de la Nièvre qui, lui, avait réellement déposé le bilan. Le nœud du problème se joue sur l’identification de l’entreprise. « L’administration s’est trompée, ils ont mis mon numéro de Siret », raconte Jérôme Auvray, au micro de TF1 Info. Dans la foulée, les courriers d’un mandataire judiciaire destinés à l’autre société ont atterri chez lui, entraînant incompréhension et démarches répétés.

Si son numéro de Siret a fini par réapparaître, la machine économique n’a pas redémarré d’un claquement de doigts. Les comptes de son entreprise ont été bloqués, son assurance professionnelle radiée, et une partie des fournisseurs a exigé des règlements comptant. Les banques ont finalement rouvert les accès, mais la relation commerciale doit être retissée aujourdhui.

Conséquences en cascade : trésorerie sous pression, réputation chahutée

Privé de facilités habituelles, l’artisan a dû mobiliser sa trésorerie pour tenir ses chantiers. « J’ai été obligé de taper un peu dans ma trésorerie pour payer ce qu’on me demandait. Mais jusqu’à quand ? Je ne sais pas », s’inquiète-t-il. La confiance s’érode vite quand une entreprise apparaît, même par erreur, comme liquidée. Il le résume d’une phrase : « Ça fait sept ans que je suis installé et là, c’est tout en train de se détruire ». Les effets réels se lisent partout : conditions fournisseurs dégradées, procédures à rectifier, temps perdu chaque jour pour justifier le malentendu.

Dans ce type de dossier, le rétablissement est progressif. L’avocate en droit des affaires Delphine Binet le rappelle sans détour : « Par les conséquences sur la réputation, les conséquences que cela peut avoir dans les relations commerciales, il va perdre du temps. Mais il faut qu’il justifie qu’il y a eu une erreur, avec le jugement, la rectification qui en a été faite, et au fur et à mesure, rétablir une relation de confiance ». Porter plainte ne lui a pas été conseillé. Il n’a pas déposé plainte et compte s’appuyer sur un avocat, tout en écartant pour l’heure la création d’une nouvelle entité ou un changement de nom, des pistes jugées coûteuses et longues, en attendant une indemnisation.