Rejet du budget 2026 : tensions politiques à l'Assemblée, quelles conséquences économiques à prévoir ?

Par Paul Graph - Publié le

Le rejet du budget 2026 à l'Assemblée nationale pourrait bouleverser l'équilibre politique et économique. Quels sont les impacts sur la trajectoire budgétaire et les mesures fiscales?

Rejet du budget 2026 : tensions politiques à l’Assemblée, quelles conséquences économiques à prévoir ?

Le rejet du budget 2026 se profile à l’Assemblée nationale, où aucun groupe ne s’est déclaré prêt à soutenir la première partie du projet de loi de finances. Le texte, remanié par une pluie d’amendements, cristallise désormais des lignes rouges politiques autant qu’un débat sur la crédibilité de la trajectoire des comptes publics.

Les députés ont jusqu’au dimanche 23 novembre, à minuit, pour achever l’examen de la partie recettes. S’il y a un vote, sauf énorme surprise, la première lecture tournerait au rejet, et le sort du texte dépendra alors de la navette parlementaire avec le Sénat. Tout se joue aujourdhui.

Rejet du budget 2026 à l’Assemblée : qui bloque et pourquoi

« Nous voterons contre le budget quoi qu’il arrive », a déclaré le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, selon LCP. Même ligne à gauche de l’hémicycle : « nous voterions contre, » a aussi déclaré le député communiste Stéphane Peu. Le président de la commission des finances, Eric Coquerel, a résumé un état d’esprit partagé jusqu’au sein de l’ex-majorité : « Il est peut-être possible que nous finissions par voter sur ce texte, dont on peut se demander s’il aura une seule voix pour, ».

Côté socialiste, Mélanie Thomin a posé les jalons d’une opposition qui se veut encore active sur les recettes : « à ce stade, le compte n’y est toujours pas, » mais « le combat continue, dans les jours à venir, pour poursuivre cette recherche de recettes nouvelles » et « nettoyer le musée des horreurs des coupes budgétaires ». Dans le camp présidentiel et ses alliés, la perspective d’un vote favorable est écartée « en raison de l’insincérité de certaines mesures adoptées », d’après l’entourage du Premier ministre. Sur la droite, Laurent Wauquiez a annoncé un rejet au vu de « toutes les horreurs fiscales » que contient le texte, tandis que Marc Fesneau constate un patchwork d’amendements éloigné d’un compromis partagé : « Ce n’est pas la somme du compromis, c’est la somme de toutes nos envies, ».

Déficit, dépenses et suites au Sénat : ce que change un rejet

Le bras de fer politique s’appuie aussi sur des chiffres. Après 75 heures de débats en commission sur la seconde partie, Paul Midy a lâché : « Cette copie passe complètement à côté du sujet, il faut qu’on maîtrise la dépense publique ». Selon lui, près de « 32 milliards » de dépenses supplémentaires ont été proposés. Le chiffrage d’Eric Coquerel va dans le même sens sur les votes déjà intervenus en commission : « ce sont au total près de 29 milliards d’euros de dépenses nouvelles et de 2 milliards d’économies qui ont été approuvées, soit un montant de dépenses supplémentaires de 27 milliards d’euros ». Et le rapporteur général du budget, Philippe Juvin, a assumé son constat d’impasse : « Honnêtement, je ne vois pas qui peut voter ce texte ».

En miroir, le gouvernement affiche un cap budgétaire pour 2026 : 31 milliards d’euros d’effort afin de ramener le déficit à 4,7 % du PIB, avec environ 14 milliards tirés de recettes et 17 milliards d’économies. La suite se joue désormais aussi au Sénat : si l’Assemblée ne va pas au vote d’ici dimanche minuit, la chambre haute recevra le texte initial accompagné des amendements adoptés par les députés ; s’il y a vote et rejet, les sénateurs examineront la copie initiale. L’examen au Luxembourg doit démarrer mercredi 26 novembre. « Je ne doute pas que le Sénat, fidèle à sa tradition de travail exigeant et constructif, saura enrichir ce texte », a lancé la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Et, sur l’autre versant du marathon budgétaire, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a fixé une borne pour la Sécu qui éclaire le climat général d’austérité ciblée : « Le déficit de la sécurité sociale ne peut pas dépasser 20 milliards d’euros ».

Concrètement, un rejet en première lecture prolongerait l’incertitude pour les ménages et les entreprises sur ce qui entrera, ou non, en vigueur au 1er janvier. Des mesures fiscales discutées à l’Assemblée resteraient suspendues à la navette, tout comme des pistes mises sur la table dans le débat public pour 2026, par exemple une hausse des taxes sur les carburants, un malus CO2 renforcé ou de nouvelles taxes visant les véhicules lourds et puissants. Reste à voir quelle version du budget franchira la porte du Palais du Luxembourg, et avec quelles concessions.