Retraite à 62 ans : ce vote surprise qui permettrait d'arrêter de travailler plus tôt sous une condition très stricte

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Retraite à 62 ans : ce vote surprise qui permettrait d’arrêter de travailler plus tôt sous une condition très stricte

Jeudi 22 octobre, l’Assemblée nationale a voté dans le PLFSS 2027 un congé anticipatoire permettant d’arrêter de travailler dès 62 ans sous strictes conditions. Entre promesse pour certains seniors et casse-tête budgétaire, le bras de fer ne fait que commencer.

Un retour surprise de la retraite à 62 ans s’est invité dans l’hémicycle. En plein examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, l’Assemblée nationale a adopté un amendement porté par les députés écologistes qui remet en jeu l’âge de départ, dans un pays où la réforme de 2023 a relevé l’âge légal à 64 ans.

Ce vote intervient dans un budget où l’exécutif veut ramener le déficit de la Sécurité sociale de 21,8 milliards d’euros en 2026 à 12,7 milliards en 2027, en freinant la progression des dépenses de retraite et de santé. Au milieu de ce cadre de rigueur, les élus verts proposent un nouveau congé anticipatoire de départ en retraite qui permettrait d’arrêter de travailler dès 62 ans sans toucher immédiatement sa pension ; un mécanisme qui soulève déjà de nombreuses questions.

Retraite à 62 ans : comment fonctionnerait le congé anticipatoire

Dans le détail, l’amendement crée un « congé anticipatoire de départ en retraite » destiné aux salariés en fin de carrière. L’idée n’est pas d’abroger la réforme de 2023, mais de contourner l’âge légal de 64 ans en ouvrant un sas pouvant aller jusqu’à deux ans pour ceux qui ont déjà beaucoup cotisé. Pendant ce congé, le contrat de travail serait suspendu : le salarié ne travaillerait plus mais resterait lié à son entreprise jusqu’à l’âge d’ouverture de son droit à pension, fixé par la loi.

La mesure serait réservée à un public restreint : pour en bénéficier, il faudrait avoir au moins 62 ans et justifier d’« une durée d’assurance d’au moins 168 trimestres », soit 42 années de cotisation au régime général. Durant toute cette période, l’employeur verserait au salarié une fraction de rémunération égale au montant de la pension de retraite au taux plein, en échange de réductions de cotisations sociales appliquées aux rémunérations des autres salariés. En cas de refus jugé injustifié, le salarié pourrait saisir rapidement le conseil de prud’hommes en procédure accélérée, tandis que la perte de recettes pour les caisses serait compensée par une majoration de l’accise sur les tabacs.

Critère Réponse rapide Période concernée Remarque
Âge minimum 62 ans Avant 64 ans Fin de carrière ciblée
Durée d’assurance 168 trimestres (42 ans) Carrière complète Régime général visé
Période de congé Du départ à 62 ans Jusqu’à l’âge légal Contrat suspendu
Revenu versé Aligné sur pension taux plein Chaque mois À la charge de l’employeur
Compensation entreprises Réductions de cotisations Sur autres rémunérations Allègement ciblé
Recours salarié Conseil de prud’hommes Procédure accélérée En cas de refus

Une mesure contestée et très incertaine dans un budget de rigueur

Pas de quoi rassurer le gouvernement ni une partie de la majorité. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, craint qu’une telle charge financière n’incite des employeurs à licencier préventivement leurs salariés les plus âgés, selon BFMTV. Le rapporteur général du budget de la Sécurité sociale, Thibault Bazin, s’est lui aussi inquiété de la solidité du montage : « Qu’est-ce qui se passe si l’employeur est en défaut et qu’il disparaît ? », a interrogé Thibault Bazin, cité par Presse-citron. La crainte d’effets pervers sur l’emploi des seniors figure parmis les principaux arguments des opposants.

La trajectoire budgétaire dessinée par le PLFSS 2027 explique en partie cette hostilité. Sans mesures nouvelles, le déficit de la Sécurité sociale grimperait à 22,6 milliards d’euros ; l’exécutif veut le ramener à 12,7 milliards en 2027, contre 21,8 milliards en 2026, en limitant par exemple la hausse des dépenses d’assurance maladie à 2 % et en jouant sur la revalorisation des pensions, dont certaines pourraient être gelées au-dessus de 1 260 euros. Dans ce contexte d’économies, un dispositif financé en partie par une hausse de l’accise sur les tabacs a très peu de chances de devenir effectif : son sort dépendra du vote final sur l’ensemble du budget de la Sécurité sociale, dans une Assemblée fragmentée, et le gouvernement peut encore l’écarter en recourant à l’article 49.3.

Sources

En bref

  • Le 22 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté un amendement écologiste au PLFSS 2027 instaurant un congé anticipatoire de départ en retraite.
  • Ce dispositif permettrait à certains salariés de cesser de travailler dès 62 ans, avec 168 trimestres au compteur, grâce à une rémunération versée par l’employeur et compensée par des exonérations et une hausse de l’accise sur les tabacs.
  • Contestée par le gouvernement pour ses risques sur l’emploi des seniors et l’équilibre des comptes sociaux, cette mesure reste très incertaine et pourrait être écartée lors du vote final ou via l’article 49.3.
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