Riche ou pauvre : en France, cette étude Insee révèle jusqu'à 17 ans d'écart d'espérance de vie et ce que 100 € de plus changent vraiment

Par Paul Graph - Publié le

En France, quelques milliers d’euros séparent parfois deux vies de plus de dix ans d’écart. Comment l’Insee montre‑t‑il que l’argent se traduit en années de vie gagnées pour les plus aisés ?

Riche ou pauvre : en France, cette étude Insee révèle jusqu’à 17 ans d’écart d’espérance de vie et ce que 100 € de plus changent vraiment

Faut-il vraiment être riche pour espérer souffler plus de bougies sur son gâteau d’anniversaire ? Le débat sur l’âge de départ à la retraite repose souvent sur une idée floue : tout le monde vivrait plus longtemps qu’avant, donc tout le monde pourrait travailler plus longtemps. Une nouvelle analyse statistique vient casser cette vision trop uniforme.

En France, l’espérance de vie varie fortement selon le niveau de revenu, au point que l’écart entre les plus aisés et les plus modestes se chiffre en dizaines d’années. Chez certains profils, la différence atteint même 17 ans entre la vie d’une personne riche et celle d’une personne pauvre. De quoi regarder son bulletin de salaire d’un autre oeil.

Riches, pauvres : ce que révèle l’Insee sur l’espérance de vie

Les travaux récents de l’Insee montrent qu’un homme appartenant aux 5 % les plus aisés vit en moyenne environ 13 ans de plus qu’un homme parmi les 5 % les plus modestes. Chez les femmes, l’écart d’espérance de vie atteint environ 9 ans entre les 5 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres. Si l’on compare les extrêmes – une femme très aisée et un homme très modeste – l’écart grimpe à 17 ans d’espérance de vie. À 50 ans, un homme aux revenus modestes a environ sept fois plus de risques de mourir dans l’année que s’il bénéficiait d’un niveau de vie élevé.

Derrière ces écarts, les ordres de grandeur de revenus sont très concrets. D’après l’Observatoire des inégalités, les 5 % de Français les plus aisés perçoivent en moyenne plus de 5 593 euros nets par mois, quand les 5 % les plus modestes tournent autour de 1 000 euros. L’Insee met aussi en lumière un effet spectaculaire : pour une personne proche du SMIC, 100 euros de plus par mois se traduisent en moyenne par environ neuf mois d’espérance de vie supplémentaire, alors que ces mêmes 100 euros n’apportent qu’environ trois mois de vie en plus à quelqu’un qui gagne au moins 2 000 euros nets.

Comment le niveau de vie se transforme en années de vie gagnées

Pourquoi ces courbes s’écartent-elles autant entre riches et pauvres ? Le niveau de vie influe d’abord sur les conditions de travail et l’accès aux soins : emplois plus pénibles et exposés pour les plus modestes, dépistages et suivis médicaux plus réguliers pour les plus aisés, renoncements aux soins pour raisons financières bien plus fréquents chez les premiers. À cela s’ajoutent des comportements de santé différents, comme le tabagisme ou la gestion du poids. Une vaste étude interressante publiée dans la revue The New England Journal of Medicine, menée pendant plus de trente ans auprès d’environ deux millions de personnes dans 39 pays, montre qu’à 50 ans, le fait de ne pas présenter cinq grands facteurs de risque cardiovasculaire peut faire gagner jusqu’à quatorze années de vie par rapport à une personne qui les cumule. Les facteurs en question sont :

  • l’hypertension artérielle,
  • le tabagisme,
  • l’hypercholestérolémie,
  • le diabète,
  • le surpoids.

Entre 50 et 90 ans, l’absence de ces cinq risques est associée à un gain moyen d’environ douze ans de vie chez les hommes et plus de quatorze ans chez les femmes. Même agir sur un seul facteur – arrêter de fumer, traiter une hypertension, mieux contrôler son diabète ou perdre du poids – permettrait, selon cette étude, de gagner entre quatre et six années de vie. Pour les personnes aux revenus les plus faibles, qui cumulent plus souvent emplois physiques, stress financier et renoncements aux soins, ces résultats signifient que chaque hausse de revenu, chaque dépistage accepté, chaque changement dans les habitudes de vie pèse lourd dans la balance, là où l’Insee montre que l’espérance de vie globale du pays progresse désormais très peu, de seulement trois mois entre 2014 et 2024.

En bref

  • En France, les dernières études de l’Insee et de l’Observatoire des inégalités montrent un fossé croissant d’espérance de vie entre riches et pauvres.
  • Les 5 % d’hommes les plus aisés vivent en moyenne 13 ans de plus que les 5 % les plus modestes, et 100 € de revenu mensuel peuvent se transformer en mois supplémentaires de vie.
  • L’article détaille comment conditions de travail, accès aux soins et comportements de santé expliquent ces écarts et ce qui peut encore être changé individuellement.