Salaires des prêtres en danger : cette campagne de dons au denier de l'Église pour payer 10 000 curés alors que les donateurs disparaissent
En lançant une campagne de dons nationale, l’Église alerte sur la fragilité du denier de l’Église, qui sert à payer le salaire des prêtres. Entre chute des donateurs et patrimoine sous pression, son modèle économique vacille.

Voir l’Eglise catholique lancer une vaste campagne de dons pour payer le salaire des prêtres peut surprendre. Affiches, messages en ligne, relances dans les paroisses : le « denier de l’Eglise », ce don annuel souvent méconnu, se retrouve soudain en première ligne alors que les caisses diocésaines se tendent.
Depuis la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, l’Etat ne finance pas les cultes en France : ni les prêtres, ni les salariés des diocèses ne sont donc payés par l’argent public. Leur rémunération repose sur les fidèles, via le denier de l’Eglise, complété par les quêtes, le « casuel » (mariages, enterrements) et les legs. Sauf que le nombre de donateurs recule année après année, tandis que la base des donateurs vieillit dangereusement. Le compte à rebours est enclenché.
Denier de l’Eglise : une campagne pour financer le salaire des prêtres
Au coeur de cette campagne, le denier est présenté par la Conférence des évêques de France comme la ressource vitale qui permet de verser chaque mois un traitement à quelque 10 000 prêtres diocésains et à plus de 9 000 salariés de l’Eglise en France. Selon les chiffres communiqués par l’épiscopat, le denier a rapporté environ 212 millions d’euros en 2024, sur un total de 622 millions d’euros de ressources courantes (denier, quêtes, offrandes, casuel), l’ensemble des dons – ressources exceptionnelles comprises, comme les legs ou ventes immobilières – atteignant environ 825 millions d’euros. « Le denier, c’est ce qui paye mon salaire, ainsi que celui de 150 personnes qui travaillent dans le diocèse », explique le prêtre Xavier Marcory, cité par Capital.
Sur le terrain, ce traitement reste modeste : autour de 1 000 à 1 200 euros nets par mois pour un prêtre, selon les diocèses, un ordre de grandeur confirmé par l’article de Capital. Xavier Marcory rappelle aussi le profil très âgé des donateurs : « La moyenne d’âge dans mon diocèse est de 76 ans. En clair, ceux qui nous financent meurent ». La quête du dimanche n’apporte pas de miracle financier : « cela représente 150 euros par dimanche dans une église comme la mienne », assure le père, qui dit se faire parfois « piller les troncs ». Résultat, il affirme devoir faire « des efforts de gestion à tous les niveaux », qu’il s’agisse des hosties annuelles, des cierges ou du vin de messe, allant jusqu’à traquer les économies sur le matériel : « On réussit à avoir la ramette de papier à 4 euros l’unité, au lieu de 6 euros », se réjouit-il.
Moins de donateurs, patrimoine immobilier et casuel : les autres leviers de l’Eglise
Derrière la campagne actuelle, il y a surtout une baisse des donateurs continue : selon Capital, le nombre de personnes donnant au denier a reculé de 2 % cette année, après une chute de 3,5 % en 2023 et de 6,2 % en 2022. Sur dix ans, la Conférence des évêques de France évoque une diminution d’environ 35 % du nombre de donateurs, même si le don moyen progresse pour atteindre autour de 400 euros par an. L’âge moyen des donateurs se situe entre 65 et 75 ans, avec des diocèses où il atteint 76 ans, ce qui interroge directement l’avenir du système pour les fidèles les plus interressés par ces questions.
Pour équilibrer ses comptes, l’Eglise peut compter sur d’autres sources : quêtes dominicales, offrandes de messe, casuel versé lors des funérailles ou mariages, mais aussi legs et ventes ponctuelles de biens. Au total, ces ressources ont permis de collecter environ 825 millions d’euros de dons en 2024. L’institution dispose en outre d’un important patrimoine immobilier, évalué à 6,5 milliards d’euros par Capital. La vente de certains biens a notamment servi à alimenter une caisse dédiée aux victimes d’abus dans l’Eglise. Pour autant, ce patrimoine ne peut pas être mobilisé à l’infini pour payer les salaires : « L’institution ne peut pas mélanger tous ses budgets, ceux qui servent à payer les prêtres et les autres », nuance un connaisseur des finances catholiques. Reste à voir si la nouvelle campagne de dons suffira à enrayer durablement l’érosion des donateurs.
En bref
- En France, la loi de 1905 empêche tout financement public du culte, ce qui oblige l’Église catholique à lancer une campagne de dons pour son denier afin de rémunérer prêtres et salariés.
- Avec plus de 10 000 prêtres payés autour de 1 000 à 1 200 € par mois, un nombre de donateurs en recul de 35 % en dix ans et un patrimoine immobilier peu liquide, les comptes diocésains se tendent malgré 825 millions d’euros collectés en 2024.
- Entre campagne nationale, modernisation des dons et interrogations sur l’avenir d’un système porté par des donateurs âgés, la question se pose désormais : jusqu’où le denier de l’Église pourra-t-il suivre ?







