Shein et AliExpress dans le viseur : 200 000 colis inspectés à Roissy pour lutter contre les ventes illégales en ligne
Les douanes françaises intensifient les contrôles sur les plateformes comme Shein et AliExpress, ciblant les produits illégaux. Que révèlent ces opérations à Roissy ?

Dans les entrepôts de Roissy Charles de Gaulle, les douaniers ouvrent un par un les envois estampillés Shein. Objectif affiché : vérifier ce qui se cache derrière des offres à bas prix et documenter des ventes de produits interdits. Près de 200 000 colis doivent être contrôlés en 48 heures.
Le mastodonte asiatique basé à Singapour est visé après la découverte sur sa plateforme de poupées pédopornographiques et d’armes de catégorie A. Sa marketplace a été suspendue et l’État a déclenché trois procédures, tandis que les douanes rappellent l’ampleur des non conformités relevées chez ces vendeurs à bas prix. La riposte s’organise. Ce n’est qu’un début.
Contrôles à Roissy et procédures contre Shein
En ouvrant la totalité des envois de Shein, « la plateforme ne pourra pas dire qu’on a ouvert les mauvais paquets », a déclaré Amélie de Montchalin, ministre de l’Action et des Comptes publics, selon 20 Minutes. L’opération, planifiée sur quarante huit heures, doit documenter d’éventuels manquements pour alimenter trois procédures : suspension du site, enquête judiciaire et enquête européenne.
Le message de l’État est explicite : « On veut protéger les consommateurs des produits dangereux, que ce soit pour les risques d’étouffement, les risques électriques, les risques pour la santé… Mais aussi la protection des contribuables. Les procédures qu’on applique à nos commerçants et nos artisans échappent totalement à ces flux », insiste Amélie de Montchalin. « Mais ces plateformes ne peuvent pas se réfugier derrière des vendeurs tiers en disant que ce n’est pas de leur responsabilité ». Selon les résultats et la réponse de Shein, une fermeture en France peut tomber sous quarante huit heures ; « C’est tout à fait possible et il y a déjà eu un précédent avec Wish », a expliqué Serge Papin, ministre du Commerce.
DGCCRF et plateformes visées : AliExpress, Temu, Wish, eBay, Joom, Amazon
La DGCCRF a saisi le procureur de la République après avoir « constaté la commercialisation de poupées à caractère pédopornographique par AliExpress ». Elle souligne que la « description » et la « catégorisation » de ces annonces « permettent difficilement de douter du caractère pédopornographique des contenus ». « Les annonces concernées ont été retirées dès que nous en avons eu connaissance », a réagi AliExpress dans un communiqué. Saisi par la DGCCRF, le Parquet de Paris a ouvert quatre enquêtes distinctes visant Shein, AliExpress, Temu et Wish pour « diffusion de message violent, pornographique, ou contraire à la dignité accessible à un mineur », confiées à l’Office des mineurs (Ofmin). Au sein de ces enquêtes, seules Shein et AliExpress sont visées pour « diffusion de l’image ou la représentation d’un mineur présentant un caractère pornographique ».
Quelques jours après l’affaire Shein, six autres plateformes ont été épinglées par la DGCCRF et signalées immédiatemment à la justice. « Nous avons découvert que, outre Shein, cinq plateformes AliExpress, Joom, Wish, Temu et eBay vendaient des produits illégaux », a déclaré Serge Papin. « AliExpress et Joom proposaient même des poupées pédopornographiques, et Wish, Temu et Amazon ne respectaient pas leurs obligations de filtrage des mineurs à des images pornographiques », a-t-il poursuivi. « Toutes ont été signalées au procureur de Paris », a-t-il ajouté. « Les marketplaces doivent contrôler leur offre si elles veulent continuer à vendre en France. (…) Nous n’allons rien lâcher », a insisté le ministre. De son côté, Roland Lescure a prévenu : « Si ces comportements sont répétés, nous serons en droit, et je le demanderai, qu’on interdise l’accès de la plateforme Shein au marché français ». La DGCCRF rappelle enfin : « Là encore, en l’absence de mesure de filtrage efficace visant à protéger les mineurs, la loi prévoit des peines d’amende pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 75.000 euros d’amende ». Une réunion des ministres du commerce de l’Union est programmée à Bercy le 27 novembre.








